Le Grand Silence : la critique du film (1969)

Western | 1h46min
Note de la rédaction :
9/10
9
Le Grand Silence, l'affiche

  • Réalisateur : Sergio Corbucci
  • Acteurs : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Luigi Pistilli, Frank Wolff, Mario Brega, Raf Baldassarre, Benito Pacifico, Mauro Mannatrizio, Spartaco Conversi, Carlo D’Angelo, Adriana Giuffrè, Jacques Dorfmann, Vonetta McGee
  • Date de sortie: 27 Jan 1969
  • Année de production : 1968
  • Nationalités : Italien, Français
  • Titre original : Il grande silenzio
  • Titres alternatifs : The Great Silence (titre international) / Leichen pflastern seinen Weg (Allemagne) / Den tyste hämnaren (Suède) / El gran silencio (Espagne) / Marea tacere (Roumanie) / O Grande Silêncio (Portugal) / Człowiek zwany Ciszą (Pologne) / Levend of dood (Pays-Bas) / A halál csöndje (Hongrie) / Den stumme hævner (Danemark) / Velké ticho (Tchèque) / O Vingador Silencioso (Brésil)
  • Casting : Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Mario Brega, Carlo D'Angelo, Marisa Merlini, Maria Mizar, Marisa Sally, Raf Baldassarre, Spartaco Conversi, Remo De Angelis, Mirella Pamphili, Vonetta McGee, Fortunato Arena, Giulio Baraghini, Gino Barbacane, Lino Coletta, Bruno Corazzari, Gianni Di Segni, Jacques Dorfmann, Paolo Figlia, Adriana Giuffrè, Rocco Lerro, Loris Loddi, William Major, Mauro Mannatrizio, Benito Pacifico, Fulvio Pellegrino, Mimmo Poli, Virgilio Ponti, Aldo Ralli, Claudio Ruffini, Giulia Salvatori, Pupita Lea Scuderoni, Lorenzo Terzon, Bruno Ukmar, Clemente Ukmar, Franco Ukmar, Giancarlo Ukmar, Giovanni Ukmar, Sergio Ukmar
  • Scénaristes : Sergio Corbucci, Mario Amendola, Bruno Corbucci, Vittoriano Petrilli
  • Monteur : Amedeo Salfa
  • Directeur de la photographie : Silvano Ippoliti
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Chef Maquilleur : Lamberto Marini
  • Chef décorateur : Riccardo Domenici
  • Directeur artistique : Riccardo Domenici
  • Producteur : Attilio Riccio
  • Co-producteur : Robert Dorfmann
  • Sociétés de production : Adelphia Compagnia Cinematografica, Les Films Corona
  • Distributeur : Les Films Corona
  • Distributeur reprise : Les Acacias
  • Date de sortie reprise : 30 mars 2022
  • Editeurs vidéo : Carrère Vidéo (VHS) / Cinéthèque – RCA Vidéo (VHS) / Canal + Vidéo (DVD, 2003) / Studio Canal (DVD, 2008) / StudioCanal (4K UHD, 2022) / StudioCanal (DVD, blu-ray et 4K UHD, 2024)
  • Dates de sortie vidéo : 28 avril 2003 (DVD) / 22 juillet 2008 (DVD) / 24 mars 2022 (4K UHD) / 2 mai 2024 (DVD, blu-ray, 4K UHD)
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 570 486 entrées / 215 247 entrées
  • Box-office nord-américain : 53 074 $
  • Rentabilité :
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (à l’époque) ; 12 ans (de nos jours)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur/Création graphique : © René Ferracci (affiche, 1969) ; Vladimir Thoret (affiche, 2022). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attaché de presse de la reprise : Michel Burstein
Note des spectateurs :

Western crépusculaire à la lisière du fantastique, Le Grand Silence s’affirme comme un chef d’œuvre intégral par sa radicalité formelle et thématique. Du très grand cinéma.

Synopsis : Dans la province de l’Utah, aux Etats-Unis. Le froid extrême de cet hiver 1898 pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé “Silence”, s’oppose bientôt à eux…

Un western initialement opportuniste

Critique : Alors qu’il vient de rencontrer un succès international grâce à son Django (1966), magnifique chant funèbre prenant un malin plaisir à détourner toutes les règles du western en l’invitant sur les terres du fantastique, le cinéaste Sergio Corbucci récidive avec ce Grand Silence qui parvient haut la main à surpasser son prédécesseur.

Le Grand Silence, photo 1

© 1969 StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. Tous droits réservés.

Pourtant, le long métrage a été mis en chantier par Jean-Louis Trintignant par amitié pour Robert Dorfmann (patron des Films Corona) car ce dernier venait de connaître un échec cinglant avec le giallo complètement dingue La Mort a pondu un œuf (Giulio Questi, 1968). Pour Trintignant, il s’agissait donc d’aider son ami à renflouer les caisses à l’aide d’un film susceptible de casser la baraque au box-office international. Et quoi de mieux qu’un western à l’italienne à un moment où le genre est à son apogée ?

Un décor enneigé plutôt original

Pour la création du Grand Silence, plusieurs sources divergentes existent. Certains affirment que Trintignant aurait exigé un rôle sans dialogues pour éviter d’avoir trop de travail pour honorer cette besogne alimentaire. Lui-même a affirmé qu’il trouvait les dialogues médiocres et qu’il aurait donc suggéré de faire de son personnage un muet. De son côté, Sergio Corbucci affirme que la plupart des idées sont venues lors de l’écriture du scénario ou durant le tournage. Difficile donc de trancher !

En tout cas, pour le choix de faire se dérouler le film dans un paysage enneigé, l’idée était déjà présente chez Corbucci pour son Django (1966), mais n’avait pas pu être menée à bien. On peut penser que le cinéaste se souvenait du chef d’œuvre américain La Chevauchée des bannis (André de Toth, 1959) dont la noirceur se rapproche d’ailleurs de celle du Grand Silence. On notera au passage la polysémie du titre qui peut être interprété de manière littérale comme l’absence de bruit dans un paysage enneigé, mais aussi comme la désignation du héros qui s’appelle Silence (Silenzio en VO).

Le grand silence, vhs, dvd, blu-ray

© 1969 StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. Tous droits réservés.

Klaus Kinski, impérial en salaud intégral

Le tournage, fort court, a été majoritairement réalisé dans les Dolomites, mais aussi dans les studios Elios de Rome où des tonnes de mousse à raser ont été utilisées pour simuler la neige. L’ensemble s’est plutôt bien passé, même si Klaus Kinski a une fois de plus été détesté par l’intégralité de l’équipe, et notamment par l’acteur Frank Wolff qui l’a réellement frappé lors de leur affrontement, le tout sous les applaudissements des techniciens présents. Pourtant, Sergio Corbucci est parvenu à obtenir du comédien une prestation nuancée et épurée qui rend son personnage de Tigrero encore plus glaçant.

Le Grand Silence, l'affiche de la reprise 2022

© 1969 StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. / Affiche : Vladimir Thoret. Tous droits réservés.

Encore plus noir, malgré l’étouffante blancheur du cadre neigeux, encore plus extrême dans sa représentation de la violence, encore plus viscéral dans son sadisme et bien plus nihiliste que Django, ce western crépusculaire peut être vu comme la face obscure du genre inauguré par Sergio Leone.

Le Grand Silence, le western le plus nihiliste de l’histoire du cinéma

Détruisant un à un tous les mythes fondateurs des Etats-Unis (celui de la frontière, de l’argent-roi et du règne de la justice et de la loi), Corbucci livre une réflexion acerbe sur l’être humain. Conçu comme foncièrement mauvais, celui-ci est décrit comme un prédateur sans foi ni loi, un condensé de fascisme uniquement intéressé par son profit personnel et résolument incapable d’altruisme. Dans une Italie déjà très troublée sur le plan politique, il n’est pas interdit de voir dans ce scénario une analyse à chaud des tensions qui se font jour dans la société d’alors, coincée entre idéalistes révolutionnaires et conservateurs fascisants.

Pourtant, loin de tomber dans le panneau de l’engagement aveugle, Corbucci conclut son film de manière magistrale par l’élimination pure et simple des seuls personnages justes et droits, tandis que son ballet macabre finit par la victoire des pires ordures. Si toute l’œuvre baigne dans une atmosphère étrange et fantastique (les personnages sortent de la brume tels les fantômes d’un monde en déliquescence), le dernier quart d’heure est d’une noirceur et d’un nihilisme implacables. Rarement western n’a été si loin dans le morbide.

L’échec était au tournant pour une œuvre aussi radicale

Visiblement dégoûté par l’espèce humaine, le cinéaste signe donc un chef d’œuvre anarchisant et misanthrope du plus bel effet. Très discrète et elle aussi épurée, la musique d’Ennio Morricone s’adapte merveilleusement bien à l’atmosphère étouffée du long-métrage, tandis que l’utilisation du Scope permet au cinéaste d’enfermer un peu plus ses personnages dans un cadre bouché. Perdus au milieu de montagnes enneigées, les protagonistes ne sont plus que des pantins voués à l’autodestruction. De quoi faire de cette modeste coproduction un grand moment de cinéma, doublé d’un des meilleurs films de genre italien des années 60. Ou quand Sergio Corbucci faisait jeu égal avec Sergio Leone.

Le Grand Silence, photo 2

© 1969 StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. Tous droits réservés.

Pourtant, le film n’a pas connu la carrière qu’il méritait, étant même un échec en Italie. Aux Etats-Unis, le distributeur 20th Century Fox a exigé le tournage d’une scène finale alternative (et donc positive), tandis que de nombreux Etats ont refusé sa diffusion à cause de la scène d’amour interraciale entre l’actrice afro-américaine Vonetta McGee et Jean-Louis Trintignant. L’échec était donc prévisible.

Box-office du Grand Silence et héritage

En France, le film est étrangement sorti un lundi (le 27 janvier 1969) par Les Films Corona dans un parc de 5 salles (au Gaumont Ambassade en VOstf ; Berlitz, Images ; Pathé Orléans et Pathé Montparnasse en VF) pour un résultat de 34 630 entrées. Par la suite, Le Grand Silence a réuni 20 391 retardataires en deuxième semaine, avant de s’éteindre en troisième septaine. Le long métrage terminera sa carrière parisienne avec 184 219 entrées à Paris et 215 247 si l’on compte également la banlieue. En ce qui concerne la France entière, le film parvient à réunir 570 486 entrées, sans doute grâce à la présence de Jean-Louis Trintignant au générique.

Devenu culte grâce à ses multiples sorties en VHS, puis en DVD, Le Grand Silence a depuis fait l’objet d’une restauration en 4K qui lui a permis de ressortir en salles à partir du 30 mars 2022 grâce au distributeur Les Acacias. Dans le même temps, StudioCanal a publié le métrage en 4K UHD, d’abord dans la collection Make My Day de Jean-Baptiste Thoret, avec un blu-ray supplémentaire bardé de bonus. Depuis, l’éditeur a ressorti le 4K UHD dans une édition simple. Preuve de l’immense popularité de ce chef d’œuvre sombre qui ne cesse de se bonifier avec le temps et qui a servi d’inspiration aux Huit salopards (2015) de Quentin Tarantino.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 27 janvier 1969

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Le Grand Silence, l'affiche

© 1969 StudioCanal SAS, Summa Cinematografica, Adelphia Compagnia Cinematografica SPA. / Affiche : René Ferracci. Tous droits réservés.

Biographies +

Sergio Corbucci, Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Luigi Pistilli, Frank Wolff, Mario Brega, Raf Baldassarre, Benito Pacifico, Mauro Mannatrizio, Spartaco Conversi, Carlo D’Angelo, Adriana Giuffrè, Jacques Dorfmann, Vonetta McGee

Mots clés

Cinéma franco-italien, Cinéma bis italien, Westerns spaghettis, La vengeance au cinéma

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Le Grand Silence, l'affiche

Bande-annonce de Le Grand Silence (VF)

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