Vivre vite : la critique du film (1981)

Drame social, Thriller | 1h39min
Note de la rédaction :
7/10
7
Vivre vite, l'affiche

  • Réalisateur : Carlos Saura
  • Acteurs : André Falcon, Alain Doutey, Berta Socuéllamos, Jose Antonio Valdelomar González, Jésus Arias Aranzueque
  • Date de sortie: 25 Mar 1981
  • Année de production : 1981
  • Nationalité : Espagnol, Français
  • Titre original : Deprisa, deprisa
  • Titres alternatifs : Los, Tempo! (Allemagne) / Szybko, szybko (Pologne) / In fretta, in fretta (Italie) / Gyorsan, gyorsan (Hongrie) / Vauhtia, vauhtia! (Finlande) / Depressa, Depressa (Brésil)
  • Casting : Berta Socuéllamos, Jose Antonio Valdelomar González, Jesús Arias, José María Hervás Roldán, María del Mar Serrano, Consuelo Pascual, André Falcon, Yves Arcanel, Yves Barsacq, Suzy Hannier, Alain Doutey, Joaquín Escola, Matías Prats
  • Scénaristes : Blanca Astiasu, Carlos Saura
  • Monteur : Pablo G. del Amo
  • Directeur de la photographie : Teo Escamilla
  • Chef Maquilleur : Ramón de Diego
  • Chef décorateur : Antonio Belizón
  • Producteurs : Elías Querejeta, Tony Molière
  • Sociétés de production : Elías Querejeta Producciones Cinematográficas, Les Films Molière
  • Distributeur : Les Films Molière
  • Distributeur reprise : Tamasa Distribution
  • Date de sortie reprise : 3 mai 2017
  • Editeur vidéo : Tamasa Distribution (DVD, 2017)
  • Date de sortie vidéo : 2 mai 2017 (DVD)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 272 906 entrées / 109 521 entrées
  • Classification / Visa : Interdiction aux -16 ans / 52789
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Stéréo
  • Festivals : Festival de Berlin 1981 : en compétition / Festival international du film de Chicago 1983 : en compétition
  • Récompenses : Festival de Berlin 1981 : Ours d'or
  • Illustrateur/Création graphique : © René Ferracci (affiche 1981). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Studiocanal. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Jean-Pierre Vincent
Note des spectateurs :

Avec Vivre vite, Carlos Saura aborde le cinéma quinqui avec une force certaine, portée par une réalisation dynamique et des jeunes acteurs crédibles. Ours d’or à Berlin en 1981.  

Synopsis : Le parcours de trois adolescents, deux garçons et une fille, qui de petits larcins en hold-up, s’enfoncent dans le grand banditisme.

Le temps du renouveau pour Carlos Saura ?

Critique : Lorsqu’il entreprend de tourner Vivre vite au début des années 80, le cinéaste espagnol Carlos Saura est déjà considéré comme un artiste majeur puisqu’il a déjà livré un certain nombre de chefs d’œuvre, notamment durant la période d’opposition au franquisme. Il a effectivement atteint des sommets avec des films comme Anna et les loups (1973) et surtout Cria Cuervos (1976).

Son œuvre, globalement intimiste, est donc associée à la période des années 70 et sa retenue naturelle s’accorde mal avec les débordements de la Movida qui s’impose en ce début des années 80 à travers des figures aussi importantes que Pedro Almodovar. Dépassé, Carlos Saura l’est également sur le plan commercial par l’émergence du cinéma quinqui qui s’empare du thème de la délinquance juvénile avec un certain succès en salles.

Carlos Saura filme à nouveau la délinquance juvénile

En voyant Vivre vite, on pourrait donc penser opportuniste de la part de Saura de s’intéresser tout d’un coup aux affres de la jeune génération, en suivant ainsi les pas des maîtres du genre que sont José Antonio de la Loma et Eloy de la Iglesia. Mais c’est oublier que Carlos Saura n’a pas attendu les années 80 pour s’intéresser à des thématiques sociales fortes. On lui doit déjà quelques films mémorables comme Los Golfos (Les voyous) en 1960 ou encore La chasse (1966). Le premier notamment évoquait déjà le destin d’une bande de jeunes délinquants. Avec Vivre vite, Carlos Saura revient donc plutôt à un thème de jeunesse et parvient donc à retrouver le goût de filmer.

Pour cela, il s’entoure de jeunes comédiens non professionnels qu’il a sélectionnés en les trouvant dans le quartier populaire de Villaverde autour de Madrid. Il a choisi des jeunes gens qui jouent quasiment leurs propres rôles puisque la plupart sont des délinquants ou toxicomanes. D’ailleurs, dans l’Espagne de la Transition démocratique, le tournage de Vivre vite a fait l’objet de bien des polémiques puisque certains ont affirmé que les jeunes acteurs ont été rémunérés en drogue.

Quand la réalité rejoint la fiction!

L’avenir des jeunes gens ne plaide d’ailleurs pas en faveur du réalisateur puisque Jose Antonio Valdelomar González et Jésus Arias Aranzueque, les deux héros masculins principaux du film, ont mal fini après le tournage. Tous deux ont commis des délits qui les ont conduits à la prison de Carabanchel à Madrid. Enfin, les deux sont décédés en 1992, le premier d’une overdose d’héroïne en prison, le second sans que l’on en sache la raison. Aucun des deux n’a dépassé les trente-cinq ans. Dans cette histoire très triste, seule Berta Socuéllamos est parvenue à s’extraire de son milieu en épousant l’un de ses partenaires – le jeune José María Hervás Roldán – et en menant une vie de famille tranquille, loin des projecteurs.

Vivre vite, jaquette DVD

© 1981 Elías Querejeta Producciones Cinematográficas, Les Films Molière / © 2017 Tamasa Distribution. Tous droits réservés.

Dans Vivre vite, Carlos Saura nous invite donc à suivre le destin de trois jeunes délinquants, deux hommes et une femme, qui vivent initialement dans un quartier pauvre de la banlieue madrilène. S’ils commencent par de menus larcins, ils passent petit à petit à une dimension plus conséquente en attaquant des fourgons blindés ou encore en effectuant des casses de banques. On se retrouve ici dans une ambiance à la Bonnie et Clyde (Arthur Penn, 1967), mais en version un peu plus trash par l’ajout de la drogue et de quelques séquences très violentes s’apparentant davantage au cinéma viscéral de Sam Peckinpah. En restant sur le sol européen, on peut aussi trouver des liens avec le poliziottesco italien.

Vivre vite échappe au pur cinéma d’exploitation

Toutefois, alors que le cinéma quinqui d’Eloy de la Iglesia n’a de cesse de sexualiser les corps des jeunes éphèbes, tout en livrant une vision très sordide du quotidien, Carlos Saura évite de tomber dans le pur cinéma d’exploitation par la neutralité apparente de son regard. Ni juge, ni moraliste, Saura enregistre simplement un état de fait avec une caméra qui tente de suivre la soif de liberté d’une jeunesse sans repères. D’ailleurs, de parents on ne verra pas l’ombre – seule une grand-mère intervient à un moment – laissant ainsi les jeunes s’ébattre en toute liberté, enchaînant les forfaits sans avoir conscience du mal qu’ils font autour d’eux.

Si Vivre vite met la pédale douce sur les provocations habituelles du cinéma social espagnol de l’époque, la violence qui se déchaîne par instants demeure puissante, d’autant qu’elle est portée par des jeunes gens dont on comprend qu’ils sont en train de jouer leurs propres rôles.

L’Ours d’or du Festival de Berlin 1981

Pour enrober cette œuvre rude où les décors sont constitués de zones urbaines délabrées et de terrains vagues, Carlos Saura a fait confiance à une bande-son constituée de chansons populaires proches de la rumba et de la musique gitane. Cette omniprésence d’une musique assez folklorique annonce finalement l’avenir d’un cinéaste qui tournera ensuite de nombreux films musicaux, se détachant petit à petit des faits sociaux.

Lorsqu’il présente au public Vivre vite, Carlos Saura divise fortement la critique qui ne comprend pas l’évolution soudaine de son cinéma. Toutefois, il obtient la récompense suprême lors du Festival de Berlin de février 1981, à savoir l’Ours d’or. Une récompense peut-être excessive, mais qui démontre le clivage entre ceux qui ont compris la démarche d’un cinéaste engagé sur le terrain social et ceux qui cherchaient à trouver dans ce nouveau film un autre sommet de finesse et de poésie.

Un joli succès en Espagne et à Paris

En Espagne en tout cas, le long métrage fut un très gros succès – l’un des plus importants du cinéaste – ce qui confirmait là l’importance de ce cinéma quinqui alors en plein essor. A Paris et sa périphérie, le long métrage sort sur 11 écrans à partir du 25 mars 1981 et engrange 27 618 entrées, se hissant à la 4ème place du box-office hebdomadaire, alors même qu’il est entravé par une lourde interdiction aux moins de 16 ans. Vivre vite est seulement devancé par trois autres nouveautés que sont la reprise Disney de La belle au bois dormant (98 195 entrées), la comédie française Est-ce bien raisonnable ? (Georges Lautner, 73 060), et le Clint Eastwood Ça va cogner (Buddy Van Horn, 40 412).

Comme les salles sont pleines, le distributeur ajoute des copies supplémentaires et le thriller social ajoute 30 924 retardataires à son compteur, preuve d’un bon bouche-à-oreille. La chute de près de 50% intervient en troisième tournée avec 15 757 délinquants. Face à l’afflux de nouveautés, les exploitants se débarrassent du film espagnol après un mois d’exploitation, mais le métrage attire encore 9 661 clients. Au total, le choc espagnol tourne autour des 100 000 spectateurs dans la capitale.

La tournée des provinces françaises

Pour sa première semaine, Vivre vite demeure confiné à la région parisienne. Ce n’est que lors de sa deuxième semaine d’exploitation que quelques copies commencent à circuler dans le reste de la France pour un résultat mineur par rapport à Paris. En fait, ce n’est qu’une fois que la carrière parisienne sera en partie achevée que les copies vont voyager en province vers la fin du mois d’avril 1981. Ainsi, le film en est à 126 526 entrées à la fin du mois. Début mai, le quinqui movie dépasse la barre symbolique des 150 000 entrées. Après une longue exploitation, le thriller termine sa carrière française avec 272 906 entrées. Certes, Carlos Saura est très loin ici des résultats de Cria Cuervos qui a dépassé les 1,4 million d’entrées, mais il s’agit d’un des rares films quinqui a avoir été distribué en France, avec un résultat plutôt correct.

En 2017, il revient faire un tour dans les salles pour une reprise qui sert en même temps de promotion pour la sortie DVD orchestrée par Tamasa Distribution, en association avec Studiocanal.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 25 mars 1981

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Vivre vite, l'affiche

© 1981 Elías Querejeta Producciones Cinematográficas, Les Films Molière / Affiche : René Ferracci. Tous droits réservés.

Biographies +

Carlos Saura, André Falcon, Alain Doutey, Berta Socuéllamos, Jose Antonio Valdelomar González, Jésus Arias Aranzueque

Mots clés

Cinéma espagnol, Cinéma quinqui, Les délinquants au cinéma, La drogue au cinéma, Les cavales au cinéma, Ours d’or à Berlin

 

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Vivre vite, l'affiche

Bande-annonce de Vivre vite (reprise 2017, VOstf)

Drame social, Thriller

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