Avec Un plan parfait le réalisateur de L’arnacoeur s’offre un casting quatre étoiles pour une très grosse comédie de fin d’année. Alors, bon plan ? Pas forcément…
Synopsis : Chez les Lefebvre, tous les premiers mariages se soldent par un échec. Véritable malédiction ou croyance stupide ? Peu importe… Isabelle, en couple avec Pierre depuis toujours, avait contourné le problème en refusant de se faire passer la bague au doigt. Mais que faire quand on veut des enfants avec un homme pour qui le mariage est une étape inévitable ? L’épouser au risque de le perdre ? Hors de question. Pour éviter cela, Isabelle a une stratégie : trouver un premier mari. Un plan infaillible, sauf quand la cible est l’infernal Jean-Yves Berthier, rédacteur au Guide du Routard, qu’elle va suivre du Kilimandjaro à Moscou. Elle devra le séduire par tous les moyens, l’épouser et surtout divorcer. Un périple nuptial pour le meilleur et surtout pour le pire.
Critique : Tout le monde a gardé en tête la sensation d’enchantement ressentie à la sortie de salle de L’arnacoeur, une comédie romantique à l’américaine qui avait fait chavirer les cœurs, brillante par sa réalisation, l’ingéniosité de son script et par l’incroyable charisme du couple vedette Romain Duris et Vanessa Paradis. Heartbreaker en version anglaise avait empoché pas moins de 47M$ de par le monde.
Deux ans plus tard, le réalisateur Pascal Chaumeil revient avec une production Quad au budget très lourd (25M€), épaulé par la branche française du distributeur américain Universal. Les ambitions sont réelles : réiterer le miracle.
Un plan parfait suit les tribulations comiques de Dany Boon (oui, M. Ch’ti, donc le numéro uno du B.O.) et Diane Kruger, vedette internationale. Ni plus ni moins. Avec un tournage faramineux nous menant en Russie ou dans les savanes kényanes, l’exotisme est indéniable et la caméra de Chaumeil n’a pas son pareil pour réinventer les espaces, systématiquement sublimés par les cadrages et la photographie. Un plan parfait est techniquement irréprochable, d’une beauté presque intempestive, en tout cas systématique. Pourtant, accroche-t-on à son intrigue ? On touche là à un problème délicat.
Avec une structure cadre autour d’un repas de Noël où l’on va raconter l’histoire insensée du duo Kruger/Boon, l’effet de distanciation est immédiat, on n’arrive pas à rentrer dans le film, comme si les deux principaux protagonistes absents de la table, n’étaient que le fruit d’une narration fantasmée ; ils resteront totalement extérieurs à ce premier degré de récit. Les allers-retours entre le passé et le présent n’investissent pas les deux héros d’une présence suffisante pour agréer la vraisemblance du scénario prétexte.
L’impression d’un script artificiel s’impose à nous dès les premières minutes et ne nous lâchera pas. L’improbabilité de l’histoire nous extrait systématiquement du film dont on reste des spectateurs lointains. Rien à faire, on n’y croit pas. Pendant près d’1h45, on suit une femme appliquée et amoureuse qui, à un mois de son mariage, essaie de rompre une malédiction familiale qui voudrait que le premier mariage finisse toujours pas une séparation douloureuse. Elle va donc essayer d’épouser en secret le premier venu pour divorcer de lui immédiatement. Dany Boon, loin d’être l’homme de ses rêves, sera le gugusse. Les quiproquos pas rigolos expédient immédiatement notre beauté froide au Kenya où elle va se réchauffer auprès d’un critique du Routard rencontré à bord d’un avion pour le Danemark ! Cet homme n’est pas forcément drôle, ni attachant, juste un pauvre type que l’on peut finir par trouver assez irritant. De par cette rencontre qui se transforme en duo catastrophe en terre africaine, l’intrigue prend soudainement des allures de comédie démodée à la Francis Veber, façon Pierre Richard et Depardieu dans La chèvre, la synergie entre les deux comédiens en moins…

© 2012 Splendido Quad Cinema, TF1 Films Production, Scope Pictures, Les Productions du Ch’Tim, Chaocorp Distribution, Yeardawn. All Rights Reserved.
Incapable de trouver le bon ton, celui de l’originalité (le concept de base — une femme qui n’arrive pas à se débarrasser de son mari d’un jour, malgré toutes les crasses qu’elle peut lui faire — ne fonctionne pas !) ou au moins de trouver une cohérence avec le précédent opus du cinéaste, Un plan parfait peine à séduire. Il y a bien une scène burlesque dans un cabinet de dentiste où Kruger anesthésie le visage de Boon, devenu monstrueusement grotesque, pour l’empêcher de gaffer auprès de son homme, celui qu’elle aime vraiment, qui provoque quelques rires, mais la démarche romantique est balourde et suit un parcours balisé duquel on prédit chaque avancée et dans lequel on ne parvient jamais à croire.
Peu à peu Kruger, mariée avec le célibataire endurci, et elle-même pas forcément très sympathique au vu des méchancetés qu’elle met en place pour obtenir son contrat de divorce, sombre dans l’amour, car avec ce monsieur-40-ans-de-célibat, c’est le rire et l’aventure au quotidien, loin de la routine de son bellâtre de dentiste avec lequel elle est priée de ne faire l’amour que le vendredi… La belle affaire ! On ne croit pas à leur couple, peut-être également car Diane Kruger, aussi bonne comédienne soit-elle, n’est pas une actrice comique. Elle s’efforce de s’accommoder des canons du genre, sans chercher à transcender le potentiel humoristique de son personnage de manipulatrice.
Au final, Un plan parfait n’arrive pas à réitérer la bonne surprise de L’arnacoeur, ne trouvant pas les mots et la magie pour nous séduire, cette même flamme qui fait curieusement briller Populaire, autre blockbuster français avec Romain Duris, qui sortait à la fin du mois de novembre 2012, et qui lui, semblait être réalisé par Pascal Chaumeil ! Le monde à l’envers.
Sur le papier, Un plan parfait avait tout pour lui. Il s’agissait de la dernière comédie avec Dany Boon, star du box-office en France, qui sortait notamment du succès de Bienvenue chez les Ch’tis (20 400 000 entrées, 2008) et de Rien à déclarer (8 138 000). C’était également le nouveau film de Pascal Chaumeil, qui avait triomphé dans le monde entier avec la comédie L’arnacoeur, romance irrésistible mettant en scène le couple Vanessa Paradis et Romain Duris dqui avait récolté pas moins de 48 000 000 € de recettes dans le monde pour un petit budget initial de 9 000 000 €. Le succès avait été particulièrement important dans les pays anglosaxons, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis.
Pour être à la hauteur, Un plan parfait bénéficiait d’un budget de 26 000 000 €. De nombreux producteurs, coproducteurs et producteurs associés étaient mobilisés : il s’agissait effectivement de vendre le film à l’international, pour pouvoir rentabiliser des ambitions financièrement quelque peu excessives. Porter un casting aussi français n’était pas si simple, mais Diane Kruger pouvait bénéficier d’une certaine notoriété à l’international et le Boon du cinéma était plutôt apprécié en Europe.
En France, le miracle L’arnacoeur ne se reproduit pas. Un plan parfait attire un peu plus de 1 200 000 curieux, ce qui est très loin des 3 788 000 spectateurs de L’arnacoeur. La major américaine qui distribue le film en France, Universal Pictures France, est forcément déçue.
L’accueil critique est, il faut le dire, partagé et le bouche-à-oreille pas forcément positif, faisant de cette production un mauvais plan. À quoi reconnaît-on un mauvais bouche-à-oreille ? A sa chute sensible d’une semaine sur l’autre au box-office. Ainsi, ce sont 609 000 spectateurs qui se précipitent en première semaine, lors de la 2e semaine des vacances de la Toussaint 2012. Le film, étant distribué dans 581 cinémas, il obtient une moyenne plutôt satisfaisante de 1 049 spectateurs par copie. En revanche, l’essoufflement est réel en 2e semaine avec une perte de 49 % de sa fréquentation, malgré le jour férié du 11 novembre. Malheureusement, en 3e semaine, c’est de nouveau une chute de 53 %, qui conduit le film à 145 000 spectateurs dans 520 salles.
À l’international, le film obtient des résultats convenables en Allemagne avec près de 2 000 000 $ de recettes, suivi par la Belgique (950 000 $), l’Espagne (880 000 $), l’Italie (765 000 $) et la Russie (691 000 $).
Une décennie plus tard, le cinéaste n’est plus, décédé à l’âge de 54 ans, en 2015. Mais Un plan parfait, lui, demeure. Il est régulièrement programmé en prime time, profitant de la popularité de ses deux interprètes principaux.

Affiche : Feudjey / Photos : Thibault Grabherr. © 2012 Splendido Quad Cinema, TF1 Films Production, Scope Pictures, Les Productions du Ch’Tim, Chaocorp Distribution, Yeardawn. All Rights Reserved.
Dany Boon, Alice Pol, Laure Calamy, Damien Bonnard, Diane Kruger, Etienne Chicot, Jonathan Cohen, Bernadette Le Saché