Tromperie : la critique du film (2021)

Comédie dramatique, Romance | 1h45min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche de Tromperie d'Arnaud Desplechin

  • Réalisateur : Arnaud Desplechin
  • Acteurs : Léa Seydoux, Emmanuelle Devos, Denis Podalydès, Rebecca Marder, Anouk Grinberg
  • Date de sortie: 29 Déc 2021
  • Année de production : 2021
  • Nationalité : Française
  • Titre original : Tromperie
  • Titres alternatifs : Deception
  • Scénaristes : Arnaud Desplechin, Julie Peyr
  • D'après le roman : "Tromperie" (Deception) de Philip Roth
  • Directeur de la photographie : Yorick Le Saux
  • Monteur : Laurence Briaud
  • Compositeur : Grégoire Hetzel
  • Producteurs : Pascal Caucheteux, Martine Cassinelli
  • Société de production : Why Not Productions
  • Distributeur : Le Pacte
  • Distributeur : (reprise) -
  • Date de sortie reprise : -
  • Éditeur vidéo : Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Classification : Tous publics
  • Format : 2.35 : 1 / Couleur / 5.1
  • Sélection officielle Cannes 2021 : Cannes Première
  • Autres festivals et récompenses : Busan International Film Festival 2021, Jerusalem Film Festival 2021, Festival d'Arras 2021 (avant-première)
  • Illustrateur / Création graphique : © Le Cercle Noir pour Fidelio, d'après une photo de Shanna Besson. Tous droits réservés.
  • Crédits: © Why Not Productions. Tous droits réservés
Note des spectateurs :
Bandeau Cannes 2021 bordeaux

© FDC / Philippe Savoir (www.filifox.com)

Tromperie marque le retour d’Arnaud Desplechin à un cinéma intimiste qu’il maîtrise. On retrouve son univers dans ce portrait réussi des aventures sentimentales d’un écrivain.

Synopsis : Londres, 1987. Philip est un écrivain américain célèbre exilé à Londres. Sa maîtresse vient régulièrement le retrouver dans son bureau, qui est le refuge des deux amants. Ils y font l’amour, se disputent, se retrouvent et parlent des heures durant ; des femmes qui jalonnent sa vie, de sexe, d’antisémitisme, de littérature, et de fidélité à soi-même…

Une mise en abyme fascinante

Critique : Onzième long métrage de fiction d’Arnaud Desplechin, Tromperie a été coécrit avec la scénariste Julie Peyr, avec laquelle il avait déjà travaillé pour Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des Plaines) et Trois souvenirs de ma jeunesse. En fait, il s’agit de l’adaptation d’un roman de Philip Roth, Deception, publié au début des années 90, et que le réalisateur projetait de transposer à l’écran depuis longtemps, tant son admiration pour le romancier et son œuvre est manifeste. Et si Roubaix, une lumière, son film précédent, était une réussite indéniable du drame psychologique et policier, Desplechin revient ici à un projet plus personnel. C’est que la mise en abyme est indéniable. Le personnage principal incarné par Denis Podalydès est un écrivain américain prénommé Philip, qui s’est installé à Londres pour puiser l’inspiration de son prochain ouvrage, tout en revivant des pans de son passé. Si Philip est donc bien le double de l’écrivain, l’identification de Desplechin à l’homme de lettres est également évidente, tant leurs univers et préoccupations sont proches, du goût pour les voyages à la passion des mots, en passant par leurs rapports avec les femmes.

En amont de l’écriture du scénario, le réalisateur a pourtant mis du temps à trouver ses marques face à ce matériau littéraire, qu’il a finalement décidé de segmenter en onze chapitres cinématographiques (plus un épilogue). Il précise ainsi dans le dossier de presse : « nous avons travaillé à structurer le récit de telle sorte que ces aléas du cœur puissent se raconter, se transformer en intrigue. Le chapitrage du film, lui, est venu au montage. Cela vient de ma façon de travailler au scénario avec des plans très précis : quand j’ai rencontré Yorick Le Saux, le directeur de la photographie, je lui ai dit que nous allions raconter l’histoire d’une liaison sur une année, de l’automne à l’été. Et plus on se dirige vers la rupture, plus on va vers le soleil. C’est ce qui s’est inscrit tout naturellement dans les cartons qui structurent le récit ».

Arnaud Desplechin, la sérénité de la maturité

Léa Seydoux et Denis Podalydès dans Tromperie d'Arnaud Desplechin

© 2021 Why Not Productions. Photo de Shanna Besson. Tous droits réservés.

Le résultat est passionnant, et regorge de subtiles paradoxes. Oscillant entre élégance et sobriété, légèreté et noirceur, huis clos et échappées spatiales, pudeur et sensualité, ellipses et profusion de dialogues, Tromperie est un véritable régal. Les principaux chapitres sont axés autour de Philip et sa maîtresse londonienne (Léa Seydoux, sublime), dans l’appartement que l’écrivain a choisi pour lieu de travail. Le double adultère qu’il s’y commet pendant plusieurs mois permet aux deux amants d’échanger des confidences, et à l’écrivain d’évoquer des anecdotes personnelles et professionnelles, certaines constituant des segments autonomes. On trouve aussi ces conversations, téléphoniques ou réelles, avec d’autres femmes, dont on se demande si certaines ne sont pas le fruit de l’imagination de Philip. Nous croisons ainsi Rosalie, l’ex-maîtresse newyorkaise (Emmanuelle Devos), qui lutte contre un cancer ; ou cette jeune étudiante retrouvée (ou fantasmée ?), qui a les traits de la lumineuse Rebecca Marder. Quant à l’épouse trompée (Anouk Grinberg), elle a aussi pour fonction d’aider à démêler le vrai du faux, le vécu de la création artistique. L’amante anglaise a-t-elle d’ailleurs une existence réelle ?

Ces finesses et ambiguïtés narratives qui ne sont pas sans évoquer le Buñuel de Belle de Jour ou le Resnais de Providence (mais avec davantage de pistes explicatives), ne sont pas la moindre qualité de Tromperie. On appréciera aussi la cohérence avec des œuvres antérieures du réalisateur. Les déboires de l’écrivain pris pour un espion américain font ainsi écho à plusieurs films, de La sentinelle aux Fantômes d’Ismaël. Le rapport à la judéité est dans le prolongement d’Esther Kahn ou Rois et reine. Un échange familial sur un ton virulent ravive le souvenir de La vie des morts ou Un conte de Noël. Tromperie est l’un des rares longs métrages de Desplechin à ne pas avoir été sélectionné en compétition officielle à Cannes. Mais il a eu les honneurs d’une projection dans la nouvelle programmation Cannes Première du Festival 2021. Le métrage confirme l’importance d’un réalisateur qui atteint désormais la maturité créatrice d’un Bergman.

Critique de Gérard Crespo

Les films de la sélection du Festival de Cannes 2021

Le site du Festival

Sorties de la semaine du 29 décembre 2021

Affiche de Tromperie d'Arnaud Desplechin

© 2021 Why Not Productions. Tous droits réservés.

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Affiche de Tromperie d'Arnaud Desplechin

Bande-annonce de Tromperie

Comédie dramatique, Romance

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