Roubaix, une lumière : la critique du film (2019)

Policier | 1h59min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche du film Roubaix une lumière

Note des lecteurs

En adoptant les codes du cinéma policier, Arnaud Desplechin réalise un film sobre et sans failles, mais dans lequel on peine à retrouver sa singularité.

Synopsis : À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille dame. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Virage dans le polar pour Desplechin

Critique : Adapté de Roubaix, commissariat central de Mosco Boucault, d’après des faits réels, Roubaix, une lumière marque l’incursion d’Arnaud Desplechin dans un genre nouveau pour lui.

De son moyen métrage La Vie des morts aux Fantômes d’Ismaël, le réalisateur a surtout scruté le romanesque, dans des récits privilégiant le thème des rapports affectifs, qu’ils soient d’ordre familial, amoureux ou amical, avec un goût pour l’onirisme et une mise en abyme à connotation littéraire ou cinématographique dans la digne lignée de la Nouvelle Vague.

Au-delà des enquêtes policières menées par Daoud et Louis, d’aucuns pourront remarquer que les relations à la fois passionnelles et tendues entre Claude et Marie auraient pu être une sous-intrigue de Conte de Noël (encore que le milieu social décrit en soit aux antipodes) ; de même leur situation d’accusées peut évoquer, en mode tragique, la déchéance d’Ismaël Vuillard, interné par erreur dans Rois et reine. Mais on peine à établir des correspondances avec le reste de sa filmographie, si ce n’est le cadre spatial de la ville de Roubaix, omniprésent dans l’œuvre du cinéaste.

Roschdy Zem et Léa Seydoux dans Roubaix une lumière

Copyrights 2019 Why not productions – Arte France Cinéma / Photo Shanna Besson

Coller au réel

Concernant le choix de ce renouvellement de démarche narrative et thématique, Desplechin a précisé : « Aujourd’hui, j’ai souhaité un film qui colle au réel, de toute part, qui reprenne un matériel brut, et qui – par l’art de l’acteur – puisse s’enflammer (…) J’ai voulu ici ne rien offrir à l’imagination, ne rien inventer, mais retravailler des images vues à la télévision il y a dix ans, et qui n’ont cessé de me hanter depuis ».

Desplechin a incontestablement réussi de la belle ouvrage, et confirme son aptitude à s’entourer d’une équipe technique et artistique de qualité, de la fidèle Irina Lubtchansky à la photo aux acteurs donnant le meilleur d’eux-mêmes. On citera surtout Roschdy Zem, impérial en flic posé et humain, et Sara Forestier, proche de son personnage dans La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, et qui par son seul regard incarne toute la détresse des déshérités.

 

Roschdy Zem dans Roubaix une lumière

Copyrights 2019 Why not productions – Arte France Cinéma / Photo Shanna Besson

 

De Crime et châtiment au classicisme

Les moments les plus précieux du métrage résident dans la relation de confiance que cherche à établir le commissaire avec les jeunes femmes, victimes ou présumées coupables, qu’il est amené à côtoyer : collégienne violée dans le métro, mineure en fugue, ou miséreuses commettant le pire forment une mosaïque et sont l’objet de la compassion du policier, mais aussi de l’attention du réalisateur lorsqu’il déclare établir un parallèle entre les tourments de Claude et Marie et ceux de Raskolnikov dans Crime et châtiment. Ou comment tuer pour voler trois bricoles et une télévision amène une réflexion sur la souffrance et le déséquilibre ayant amené à s’affranchir de toute considération morale. C’est ce qui intéresse en fin de compte Desplechin, plus que la confrontation en huis clos à la manière de Garde à vue de Claude Miller, ou la reconstitution pourtant minutieuse et semi-documentaire des démarches policières.

Sur ce dernier point, le cinéma français n’a pas attendu Desplechin : de L.627 de Bertrand Tavernier au récent Les Misérables de Ladj Ly, la barre a déjà été placé haut et l’apport du réalisateur peine à impressionner. Au final Roubaix, une lumière reste un film très honorable, bien que l’on soit surpris de ce passage au classicisme chez un cinéaste jusqu’à présent si singulier.

 

Critique : Gérard Crespo 

Le site du Festival de Cannes 

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