Mourir d’aimer : la critique du film (1971)

Drame | 1h40min
Note de la rédaction :
7/10
7
Mourir d'aimer, l'affiche

Note des lecteurs

Parfois maladroit dans sa démonstration et sa réalisation, Mourir d’aimer fut un énorme succès du cinéma français, consacrant Annie Girardot comme l’une des actrices françaises les plus populaires. Sa prestation est d’ailleurs remarquable.

Synopsis : Danièle Guénot, 32 ans, divorcée, deux enfants, est professeure de lettres à Rouen. Lors des événements de mai 68, elle organise chez elle des réunions de discussion et de remise en cause de la société. Un de ses élèves, Gérard Leguen, âgé de 17 ans, tombe amoureux d’elle et le lui dit. Elle le repousse d’abord mais finit par céder à cet amour qu’elle partage. Les parents de Gérard, avertis, crient au scandale et déposent plainte. Danièle est condamnée pour détournement de mineur.

Cayatte s’empare d’un fait divers qui a choqué la France

Critique : Septembre 1969, la France se passionne pour l’affaire Gabrielle Russier, jeune professeure de français qui vient tout juste de se suicider alors qu’elle était poursuivie pour détournement de mineur par la justice. Accusée d’avoir profité de sa position d’enseignante pour séduire et détourner de sa famille un jeune homme de 17 ans pourtant parfaitement consentant, la jeune femme devient rapidement le symbole de l’opposition entre une France avide d’évolution sociale à la suite de mai 68 et une frange plus conservatrice bien heureuse de constater la reprise en main effectuée par le pouvoir en place (de Gaulle, puis Pompidou).

Ancien avocat passé au cinéma, André Cayatte n’a eu de cesse de dénoncer les travers d’une société française réactionnaire à travers une série de films dossiers souvent efficaces, à défaut d’être nuancés. L’homme connaît déjà le monde enseignant pour lui avoir consacré un long-métrage marquant intitulé Les risques du métier (1967), gros succès avec dans le rôle principal l’impérial Jacques Brel. Il était donc l’homme de la situation pour retranscrire à l’écran les circonstances qui ont amené la jeune femme au suicide.

Un début chaotique pour un film plus convaincant dans sa deuxième partie

Les dix premières minutes du film présentent de manière assez maladroite l’idylle entre cette prof aux méthodes révolutionnaires typiques du militantisme de gauche des années 60 (moins de répression et une complicité marquée avec les élèves) et l’un de ses étudiants. A coup de voix off démonstrative et de montage cut qui ne laisse jamais respirer les scènes, Cayatte sabre la présentation de ses personnages de manière assez incompréhensible. Visiblement peu intéressé par l’amour qui lie les deux êtres, il préfère précipiter les événements et passer directement au conflit entre l’enseignante et les parents du jeune garçon.

Dès lors, Mourir d’aimer trouve enfin son rythme de croisière et déploie même un certain savoir-faire pour tisser les fils d’une machination judiciaire qui se referme inexorablement sur des personnages sans doute trop naïfs. Finalement, ce qui intéresse Cayatte n’est pas tant l’histoire personnelle de ce couple atypique que le symbole qu’il représente. Opposant (de manière assez manichéenne d’ailleurs) les militants progressistes aux forces de l’ordre, le réalisateur se fait le témoin de l’effondrement des espoirs générés par mai 68 et de la reprise en main par un pouvoir encore plus réactionnaire qu’auparavant.

Annie Girardot au sommet de sa carrière dans un rôle incandescent

Si la démonstration est parfois un peu simpliste et la réalisation bien trop scolaire, Mourir d’aimer finit par toucher le spectateur par l’évidente sincérité de son propos et l’extrême qualité de l’interprétation. Ainsi, Bruno Pradal est parfait pour incarner une jeunesse éprise d’absolu, mais le public a surtout retenu la prestation incandescente d’Annie Girardot qui confirmait ici qu’elle était bien l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle habite son personnage à la perfection et fait de son combat un magnifique hymne à l’amour pur, au-delà de tout sordide.

Ce tour de force n’est pas passé inaperçu puisque le public français s’est rendu en masse dans les salles pour assister au martyr de la jeune femme. Profitant sans doute de l’écho de cette affaire moins d’un an avant sa sortie, le film d’André Cayatte a attiré près de 6 millions de spectateurs dans toute la France, faisant du film le troisième plus gros succès de l’année 1971 dans l’Hexagone. Un score fulgurant qui consacra définitivement Annie Girardot comme une grande star du cinéma.

A noter que le film est à redécouvrir dans une version restaurée à partir du 16 octobre 2019 par les bons soins du distributeur Splendor Films.

Critique de Virgile Dumez 

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Mourir d'aimer, l'affiche

© 1971 Cobra – Franco London Films / Illustrateur : Ferracci. Tous droits réservés.

 

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