D’une étonnante noirceur, Les Sables du Kalahari est un survival qui prend aux tripes et ramène l’être humain à sa condition première d’animal et de prédateur. Prenant et glaçant à la fois.
Synopsis : En Afrique du Sud, un petit avion contenant 7 personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. Les survivants n’ont pas le choix : pour survivre, il va falloir s’entraider. Lorsque les vivres commencent à manquer, les plus bas instincts des uns et des autres reprennent le dessus.
Après Zoulou, retour en Afrique
Critique : Le cinéaste américain blacklisté Cy Enfield et l’acteur britannique Stanley Baker collaborent depuis le milieu des années 50, produisant ensemble des films de plus en plus ambitieux. Leur véritable coup d’éclat intervient en 1964 lorsqu’ils réussissent à financer la superproduction Zoulou (1964) qui va connaître un triomphe international. Le film tourné en Afrique du Sud va cartonner notamment aux Etats-Unis, mais la France reçoit également le film avec un certain intérêt (979 313 entrées sur un sujet peu propice).

© Paramount Pictures. Tous droits réservés.
Dès lors, le duo a carte blanche pour tourner le film de son choix. Apparemment, ce serait Stanley Baker qui aurait proposé à Cy Enfield d’adapter au grand écran le roman de William Mulvihill intitulé Les Sables du Kalahari. Le cinéaste, initialement peu enthousiaste, y a finalement consenti car le métrage lui donnait l’occasion de tourner de nombreuses séquences dans le désert du Kalahari en Namibie, même si d’autres passages ont en réalité été conçus à Almeria en Espagne. Enfin, les scènes d’effets spéciaux dans l’avion, ainsi que celles situées dans les grottes ont été tournées aux studios Shepperton en Angleterre.
Quand t’es dans le désert…
Pour incarner le rôle du chasseur, Stanley Baker a conseillé au réalisateur d’engager George Peppard, après la désaffection de Richard Burton aux exigences financières trop importantes. Mais Peppard et Enfield ont tous deux un caractère bien trempé et le comédien a été exclu du tournage dès le premier jour. Finalement, il a été remplacé au pied levé par Stuart Whitman, choix de dernière minute judicieux puisque le comédien y est excellent.
Conçu comme un survival en milieu hostile, Les Sables du Kalahari commence par un accident d’avion assez spectaculaire (mais réalisé à l’aide de transparences visibles, comme souvent à l’époque). Dès lors, le groupe des sept naufragés se retrouve abandonné en plein désert du Kalahari. Ils se réfugient sur un massif rocheux où ils trouvent une grotte protectrice, mais le rocher en question est également habité par des babouins pas franchement heureux de partager leurs maigres ressources avec ces intrus. Si le groupe fait d’abord corps pour tenter de se sortir de cette situation critique, la solidarité va rapidement laisser la place à des luttes de pouvoir pour la survie.
Retour à l’état sauvage
Ainsi, Cy Enfield en profite pour dénoncer l’animalité qui se dissimule derrière le vernis de la civilisation. Petit à petit, la situation dérape, notamment à cause des velléités de puissance du chasseur en possession d’une arme à feu (à savoir Stuart Whitman, tout en virilité affirmée). D’ailleurs, l’unique personnage féminin comprend rapidement que sa survie dépend de ce mâle puissant et elle se met en couple avec lui. Celle-ci est interprétée avec rouerie par une très juste Susannah York. Rapidement, le spectateur comprend que le chasseur, d’origine américaine, va imposer sa loi aux plus faibles, tout en éliminant consciencieusement tous les babouins menaçants.
Sur ce plan, on rassurera les amoureux des animaux puisque, contrairement à ce qui se faisait couramment dans le cinéma italien de l’époque, toutes les scènes de massacre sont simulées et réalisées avec des effets spéciaux ou par la magie du montage. Cy Enfield démontre avec une belle maestria que l’être humain n’est finalement qu’un animal parmi d’autres, avide de puissance, luttant pour sa survie et sa reproduction. Il le fait dans un film d’aventures dont le propos très sombre est sublimé par une dernière séquence absolument superbe.
Une œuvre qui fait preuve d’une criante lucidité
A l’image du final d’Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog, 1972), Les Sables du Kalahari confronte un être humain à des dizaines de babouins fous de rage dans une séquence grandiose où la caméra s’élève dans un paysage désertique et désolé. Ainsi, l’auteur démontre une sensibilité extrême envers la morale, mais sans se faire moralisateur. Parcouru de fulgurances, de scènes plutôt osées pour l’époque, dont une tentative de viol avortée, Les Sables du Kalahari dénonce également la colonisation britannique, en montrant que les êtres les plus civilisés ne sont peut-être pas européens.

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Le cinéaste Cy Enfield, dont l’œuvre est inégale, signe ici l’un de ses meilleurs films grâce à une belle maîtrise formelle et une distribution impeccable. Stanley Baker y est impressionnant et tous les seconds rôles s’avèrent parfaitement dirigés. Enfin, la musique contribue à donner au film une ambiance assez sombre. Cela explique sans doute l’échec commercial du long métrage.
Un cuisant échec commercial
Effectivement, Les Sables du Kalahari n’a fonctionné nulle part, contrairement à Zoulou, forcément plus commercial. En France, le film est sorti le vendredi 25 février 1966 et n’a cumulé que 358 000 entrées sur toute la France, soit trois fois moins que son prédécesseur. D’ailleurs, le survival a entrainé la faillite de la société de production de Stanley Baker et la rupture artistique avec Cy Enfield. Ce dernier a mis plusieurs années avant de retrouver du travail au cinéma, enchainant les publicités pour survivre.
C’est d’autant plus injuste que Les Sables du Kalahari est une œuvre puissante qui survit magnifiquement au temps qui passe et se bonifie même au fil des années. Le métrage est désormais disponible en France dans une copie magnifiquement restaurée en 4K chez Rimini Editions.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 25 février 1966
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Biographies +
Cy Enfield, Harry Andrews, Stuart Whitman, Nigel Davenport, Stanley Baker, Susannah York, Theodore Bikel
Mots clés
Cinéma britannique, Survival, Le désert au cinéma, La chasse au cinéma, Les singes au cinéma
