Deuxième volet de la franchise Gamera, Les Monstres attaquent, également connu sous le titre vidéo Gamera contre Barugon est une œuvre plus sérieuse, surtout destinée aux adultes, mêlant aventures, conflits intérieurs et destruction de maquettes. Assurément le film le plus luxueux de la saga des années 60.
Synopsis : Barugon, créature reptilienne mythologique, ravage le Japon. Gamera, protecteur de la Terre, se mettra au travers de sa route…
Gamera voit double en matière de budget
Critique : En 1965, Gamera (Noriaki Yuasa) rencontre un énorme succès au Japon, ce qui incite le producteur Masaichi Nagata à mettre aussitôt en chantier une suite. Toutefois, au lieu de conserver une dimension de série B, le producteur voit grand et entreprend un projet devant s’élever au niveau des séries A du studio Daiei. Ainsi, il est décidé d’allouer au long métrage un budget de 80 000 000 de yens (soit le double du premier) et d’en faire un spectacle en couleurs (contre le noir et blanc du numéro 1). Enfin, le film est confié à un vétéran du studio, le réalisateur Shigeo Tanaka, connu pour ses superproductions comme La Grande muraille (1962).

© 1966 Kadokawa Corporation. All Rights Reserved.
Afin d’être certain que le vieux monsieur s’en sorte avec les scènes à effets spéciaux, on lui adjoint Noriaki Yuasa, réalisateur du premier volet, afin de créer les scènes d’affrontement des monstres géants que sont Gamera et Barugon. Le scénario quant à lui est à nouveau confié à Niisan Takahashi, mais on lui donne comme consigne de changer le ton pour viser un public plus adulte. Ainsi, Les Monstres attaquent, aussi appelé en vidéo Gamera contre Barugon, va émarger du côté du film d’aventures autant que du côté du kaïju eiga.
Une première heure sous le signe du film d’aventures pour adultes
Certes, le film débute par le retour sur terre de la tortue volante et par la destruction d’un barrage très impressionnante car réalisée à l’aide de maquettes très élaborées, mais la suite se propose de suivre un groupe d’aventuriers partis à la recherche d’une opale en Nouvelle-Guinée. Dès lors, il faudra attendre une cinquantaine de minutes avant de revoir les monstres géants. Pourtant, cela ne fait pas de ce second volet un mauvais bougre pour autant car cette partie offre à la saga des personnages humains enfin développés.
Toute l’intrigue qui mène à l’éclosion de l’œuf de Barugon est menée avec un certain sens de l’efficacité par le cinéaste Shigeo Tanaka. Le métrage fait preuve d’un sérieux à toute épreuve et se permet même des pics de violence plutôt inattendus dans une production initialement prévue pour les enfants. Ainsi, on aime beaucoup le méchant interprété par Kôji Fujiyama dont l’avidité lui commande des meurtres particulièrement violents.
Des personnages humains plus complexes que d’habitude
Face à lui, le comédien Kôjirô Hongô est absolument parfait dans un emploi ambigu puisqu’il accepte initialement de se joindre à cette expédition par amour de l’argent, avant de prendre conscience des conséquences néfastes de ses actes. Il fallait bien un acteur aussi intériorisé que lui pour donner corps aux angoisses de ce personnage de héros pas si unidimensionnel que cela. En revanche, l’excellente actrice dramatique Kyôko Enami écope d’un emploi plus frustre, à deux doigts de la potiche. Elle méritait assurément mieux car son jeu s’avère toujours probant.

© 1966 Kadokawa Corporation. All Rights Reserved.
Réalisé avec un beau sens de l’efficacité, Les Monstres attaquent dispose également d’une photographie luxueuse créée par le grand Michio Takahashi, connu pour son travail remarquable sur Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959). Gamera contre Barugon propose donc une palette de couleurs chatoyantes qui en fait une production de bien belle tenue.
Le film perd en intérêt lorsque les monstres attaquent
Malheureusement, la dernière partie qui se concentre davantage sur les fameux monstres est nettement moins passionnante. Leurs combats ont beau être assez violents (les bestioles saignent, ce qui était nouveau dans le genre), les grosses bêtes demeurent assez maladroites dans leurs évolutions. Pourtant, les effets spéciaux demeurent plutôt performants grâce à des maquettes très soignées, mais les costumes des kaïju pâtissent de la couleur et trahissent quelque peu le fait qu’ils sont portés par des acteurs.
En tout cas, malgré cette baisse de régime en deuxième partie, Les Monstres attaquent fait assurément partie des bons kaïju eiga car les protagonistes humains ont été davantage développés et qu’aucun enfant ne vient nous irriter durant la projection. Si le film a bien fonctionné au box-office japonais, il a toutefois déçu les attentes des producteurs qui ont misé trop gros pour pouvoir pleinement rentrer dans leurs frais.

© 1966 Kadokawa Corporation. All Rights Reserved.
Gamera contre Barugon
Dès lors, le producteur Masaichi Nagata a estimé que le sérieux du film a été un frein pour le jeune public qui s’est ennuyé durant un film trop long pour eux, où seules trois scènes de combats titanesques sont proposées. Dès lors, il va faire machine arrière avec le troisième volet de la saga en rappelant Noriaki Yuasa à la direction et en imposant à nouveau un ton plus enfantin.
Alors que le premier Gamera n’est jamais sorti en France, Gamera contre Barugon a bien eu le droit à une sortie française sous le titre Les Monstres attaquent à partir du 31 décembre 1969, soit trois ans après sa sortie japonaise. Le distributeur CPF (Compagnie Parisienne de Films) lui a trouvé quatre salles parisiennes (l’Amiral, la Cigale, le St-Antoine et le Barbizon) pour une première semaine regroupant 22 854 fans de cinéma fantastique. Sur l’ensemble de la France, la baudruche écrase 278 792 spectateurs de tout son poids.
Par la suite, lors de ses sorties en DVD, puis récemment en blu-ray et 4K UHD, le long métrage a été titré Gamera contre Barugon.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 31 décembre 1969
Acheter le coffret Gamera : Showa volume 1 en 4K UHD

© 1966 Kadokawa Corporation. All Rights Reserved.
Biographies +
Shigeo Tanaka, Kôjirô Hongô, Kyôko Enami, Kôji Fujiyama
Mots clés
Cinéma japonais, kaiju eiga, Film de monstres, Franchise : Gamera

