Les cruels : la critique du film (1967)

Western | 1h30min
Note de la rédaction :
7,5/10
7,5
Les Cruels de Corbucci disponible en DIGITAL (StudioCanal)

  • Réalisateur : Sergio Corbucci
  • Acteurs : Joseph Cotten, Ángel Aranda, Aldo Sambrell, Ennio Girolami, Norma Bengell, Julián Mateos, Gino Pernice
  • Date de sortie: 02 Fév 1967
  • Nationalité : Italien, Espagnol
  • Titre original : I Crudeli
  • Année de production : 1967
  • Scénariste(s) : José Gutiérrez Maesso, Ugo Liberatore, d'après une histoire de Virgil C. Gerlach, Albert Band et Ugo Liberatore
  • Directeur de la photographie : Enzo Barboni
  • Compositeur : Ennio Morricone
  • Société(s) de production : Alba Cinematografica, Tecisa
  • Distributeur (1e sortie) : Film inédit en salles en France. La date ci-dessus est celle de la sortie italienne.
  • Éditeur(s) vidéo : StudioCanal (DVD, Digital)
  • Date de sortie vidéo : 22 juillet 2008 (DVD)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur / Création graphique :
  • Crédits : © 2008 StudioCanal
Note des spectateurs :

Grand film misanthrope, Les cruels s’impose comme l’un des meilleurs opus de Sergio Corbucci par sa vision très sombre de l’Amérique et de l’humanité en général. Assez jubilatoire.

 Synopsis : La guerre de Sécession s’est soldée par la victoire des Nordistes. Pourtant, Jonas, un ex-soldat Sudiste, ne peut se résoudre à cette fin. Il établit un plan pour reformer l’armée Sudiste : voler une importante somme d’argent à leurs ennemis. Une fois l’embuscade réussie, en compagnie de son fils et de sa prétendue femme, ils essayent de traverser le pays en dissimulant l’argent dans un cercueil. La route sera semée d’embûches…

Un western spaghetti rare signé par un maître du genre

Critique : En 1967, le réalisateur Sergio Corbucci est devenu une référence en matière de western spaghetti grâce au formidable Django (1966). Même si ses films suivants ont moins marqué les esprits, ils comprennent toutefois d’excellents opus dont Navajo Joe (1966) qui mérite largement le détour. Il confirme encore son talent avec Les cruels (1967) qui n’a malheureusement pas connu une brillante carrière malgré ses innombrables qualités.

Les cruels, la jaquette DVD

© 1967 Alba Cinematografica – Tecisa / © 2008 StudioCanal Vidéo. Tous droits réservés.

Alors que bon nombre de petits westerns médiocres ont aisément trouvé le chemin des salles obscures, Les cruels ne semble avoir eu le droit qu’à quelques séances provinciales, restant ainsi globalement inédit sur notre territoire. Même malédiction avec une absence d’exploitation en VHS. Il a fallu attendre l’édition très discrète d’un DVD en 2008 pour que les spectateurs français puissent enfin découvrir ce long-métrage pourtant considéré par les spécialistes comme l’un des meilleurs de son auteur.

Une vision implacable des Etats-Unis

Film maudit qu’il faut impérativement réhabiliter, Les cruels propose pourtant une vision de l’Amérique particulièrement acerbe. Produit par Albert Band qui avait déjà travaillé avec Corbucci sur Massacre au Grand Canyon (1964), le long-métrage bénéficie d’un script plutôt bien charpenté d’Ugo Liberatore et José Gutiérrez Maesso. Les auteurs se sont très librement inspirés des agissements du sudiste William Quantrill et d’autres bushwhackers (sudistes qui ont commis des crimes sur les civils pour déstabiliser l’adversaire nordiste durant la guerre de Sécession). Ici, le personnage principal incarné par un excellent Joseph Cotten refuse de reconnaître la défaite des armées sudistes et décide de continuer la lutte en commettant des casses. Le but n’est pas de garder l’argent, mais de le consacrer à réorganiser une armée du Sud esclavagiste.

A partir de ce fait historique (nombreux furent les sudistes à vouloir continuer les combats coûte que coûte juste après la fin de la guerre), les auteurs ont développé une histoire qui tient du road movie. Il s’agit pour les personnages de traverser plusieurs contrées avec l’argent volé planqué dans un cercueil. Les fans de Corbucci retrouveront là le gimmick du cercueil qui transporte autre chose que des cadavres, comme dans Django et bien d’autres de ses films.

De l’art de la misanthropie

Toutefois, le plus intéressant dans Les cruels vient de cette description sans concession de protagonistes tous plus odieux les uns que les autres. Hormis le couple formé harmonieusement par Norma Bengell – très juste – et Julián Mateos, tous les autres personnages sont des êtres abjects. Dans la famille du colonel Jonas, on trouve notamment deux rejetons dégénérés dont l’un est uniquement intéressé par l’argent et l’autre est un psychopathe qui tue toutes les femmes qu’il croise. Le paternel n’est guère mieux puisqu’il cache ses crimes sous le vernis de la religion et de la grande cause de sa vie : la victoire finale du Sud. Face à eux se dressent des forces de l’ordre guère mieux loties, ainsi que des bandits mexicains peu finauds.

Dans ce grand bal misanthrope, il ne reste pas grand-chose à sauver de l’humanité dont le seul but semble être la soumission ou la destruction de l’autre. Cette noirceur se retrouve dans les péripéties qui passent par des massacres toujours aussi impressionnants – une constante chez Corbucci qui est passé maître en matière de fusillade sanglante. Si la réalisation est sans doute un peu moins démonstrative qu’à l’accoutumée, Corbucci use encore de quelques zooms violents et de plans serrés sur les yeux des protagonistes. On sent ici l’influence évidente de Sergio Leone.

Le maestro Morricone en léger manque d’inspiration

Alors que la photographie d’Enzo Barboni – futur réalisateur sous le pseudo d’E.B. Clucher – est particulièrement soignée, on peut être davantage déçu par la bande originale signée Ennio Morricone. Effectivement, le maestro ne livre ici qu’une partition de plus, où l’on peine à saisir un thème central qui serait reconnaissable entre mille. Il utilise toujours des guitares électriques distordues, mais au cœur d’une composition moins évidemment identifiable.

Toutefois, au regard de la production pléthorique de l’époque, Les cruels s’impose comme un petit classique du genre et doit donc impérativement être revalorisé par tous les amoureux du western à l’italienne.

Critique de Virgile Dumez

Les westerns spaghettis sur CinéDweller

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Les cruels, affiche italienne

© 1967 Alba Cinematografica – Tecisa. Tous droits réservés.

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