Avec Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec Besson s’installe dans la comédie fantastique. Divertissante, mais sans aucun génie.
Synopsis : En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c’est la panique ! Un œuf de ptérodactyle, vieux de 136 millions d’années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l’oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d’autres surprises extraordinaires…

© Affiche Couramiaud, Laurent Lufroy. © 2010 EuropaCorp, Apipoulaï Prod, TF1 Films Productions.
Critique : Œuvre de technicien et de producteur, Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec marque une régression dans les ambitions artistiques de Luc Besson. On voulait bien fermer les yeux sur son incursion sympathique dans l’animation 3D avec la trilogie d’Arthur, mais force est d’admettre que le cinéaste, petit génie du cinéma français derrière Le dernier combat, Nikita et Léon, cet auteur attachant qui plaquait à une écriture française l’efficacité démesurée du cinéma hollywoodien, a un peu disparu. Ce n’est pas qu’on ait grand-chose à reprocher à son adaptation des péripéties du personnage créé par Jacques Tardi, puisque le film remplit parfaitement sa mission de divertissement, mais aux USA, pour pareille manœuvre commerciale, on n’aurait pas forcément choisi un grand nom de son calibre, mais plutôt un faiseur transparent.
Sans Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, point de vraie surprise dans la réalisation. Besson joue la carte de l’efficacité et déploie les gros moyens. Sa caméra s’emballe sans jamais trouver l’angle visionnaire qui pourrait la détacher du tout-venant. Il se contente de livrer une œuvre clé en main, seulement bien réalisée et évidemment bien fichue. L’argent aidant, les décors sont prestigieux. Le Nabab d’EuropaCorp s’invite dans le tout Paris, du Louvre la nuit à l’Elysée, et s’amuse à reconstituer la capitale du début du siècle dernier grâce au tout numérique, avec champs de pâturage autour de Montmartre ou encore un joli plan sur le palais du Trocadéro (aujourd’hui détruit) de Gabriel Davioud et Jules Bourdais, construit pour l’exposition universelle de 1878. On pense dans ces moments-là au travail de Guy Ritchie lors de son dépoussiérage de Sherlock Holmes, distribué deux mois auparavant. Lui, aussi avait traîné une caméra hystérique dans les rues animées du Londres mythique du 19ème siècle.

© Affiche Couramiaud, Laurent Lufroy. © 2010 EuropaCorp, Apipoulaï Prod, TF1 Films Productions.
L’attention de Besson étant plus orientée sur l’aspect formel, la qualité du scénario en pâtit un peu et notre intérêt pour l’intrigue aussi. Aussi divertissante que puisse être l’histoire, elle n’en demeure pas moins anecdotique ; on suit davantage une série de sketches autour de la politiquement incorrecte Adèle Blanc-Sec (romancière, aventurière et femme d’action) qu’un récit cohérent qui voudrait former un tout. Adèle dompte et chevauche un ptérodactyle, Adèle voyage en Egypte, Adèle fait face à des momies vivantes… Les inserts humoristiques autour de personnages typiques du cinéma à la Caro et Jeunet, ou du moins propre au cinéma français des années 1980 (l’inspecteur Caponi, joué par Gilles Lellouche ou encore le passant à qui il arrive les pires incongruités tout au long du film) confirment cette tendance à la vignette illustrée. Vous me direz, le matériau d’origine est une bande-dessinée… Alors pari réussi ? On n’en est pas si sûr !
Avec seulement 1 629 404 entrées, l’adaptation de Tardi par Luc Besson n’a pas été l’événement commercial espéré.
Doté d’un énorme budget supérieur à 30 millions d’euros, le film ouvre pendant les vacances de Pâques 2010 avec 642 000 entrées dans 636 salles. Si la moyenne par copie est convenable, de la part de Luc Besson, on pouvait s’attendre à mieux. Cet auteur, parmi les plus populaires du cinéma français, avait touché le jackpot avec des œuvres comme Le Grand Bleu (9 196 000), Le Cinquième Élément (7 705 000), Arthur et les Minimoys (6 399 000) et ses deux suites, toutes deux situées au-dessus des 3 millions d’entrées, et évidemment avec Nikita (3 787 000), Léon (3 549 000) et Subway (2 900 000).
Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec auront au moins le mérite de ne pas s’écrouler au box-office, avec une deuxième semaine à 322 000, une troisième à 256 000, une quatrième à 165 000 et une cinquième à 124 000 entrées, le bide cuisant a été évité de justesse. Le blockbuster français multipliera par 2,5 ses chiffres de première semaine, qui étaient toutefois trop faibles au regard de l’ampleur du projet. Par ailleurs, la campagne de marketing fut également très coûteuse, trop au vu du résultat.

© Affiche Couramiaud, Laurent Lufroy. © 2010 EuropaCorp, Apipoulaï Prod, TF1 Films Productions.
En fin d’année 2010, le petit dernier de Luc Besson se positionne timidement à la 30e place annuelle, ce qui reste très décevant. En avril de la même année, des succès comme Camping 2 (3 978 000), Iron Man 2 (2 575 000) ou Le Choc des Titans 3D (1 876 000) l’ont devancé. Il en va de même pour des gros titres parus en mars : Alice au pays des merveilles 3D (4 551 000), L’Arnacœur (3 781 000), La Rafle (2 903 000), Dragons (2 316 000). La compétition était rude, et Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec n’avait pas la modernité de la concurrence, notamment la superproduction était dépourvue de la technique 3D très en vogue à l’époque (quatre films en 3D figurent dans le top 10 de fin d’année, voire cinq si l’on compte Avatar, sorti pendant les vacances de Noël 2009 mais dont la carrière s’est poursuivie sur le premier trimestre 2010).
On notera que Besson doublera Besson en proposant le 13 octobre 2010 Arthur 3, la guerre des deux mondes qui clôturera la trilogie animée avec 3 127 000 spectateurs. Par ailleurs, cette même année, la société de Luc Besson comptabilise le 2e succès annuel, avec Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet (5 457 000).
On ne pleurera donc pas sur l’échec d’Adèle Blanc-Sec.
À l’international, Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec sortira un peu partout, mais pas aux États-Unis. Avec 7,7 millions de dollars de recettes, la Chine représente son deuxième marché. Les Chinois apprécient le cinéma de Luc Besson et le prouveront encore avec Valérian. Le Japon arrive en troisième position, avec 4 689 000 dollars.
En revanche, Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec sera un gros échec en Allemagne, en Belgique, au Royaume-Uni et au Brésil, avec des recettes inférieures à 500 000 dollars.
Bref, l’échec de cette adaptation de bande dessinée aurait dû sonner comme un avertissement pour Luc Besson qui, suivant cette logique, n’aurait jamais dû adapter Valérian et la Cité des mille planètes de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Cette fois-ci, le faux pas lui coûtera son empire.

© Affiche Couramiaud, Laurent Lufroy. © 2010 EuropaCorp, Apipoulaï Prod, TF1 Films Productions.
Luc Besson, Gilles Lellouche, Frédérique Bel, Jean-Paul Rouve, Mathieu Amalric, Swann Arlaud, Louise Bourgoin, François Chattot, Philippe Nahon, Claire Pérot, Moussa Maaskri, Nicolas Giraud
Adaptation de BD, Les flops de l’année 2010, 2010, Les dinosaures au cinéma