Le vieux fusil : la critique du film (1975)

Drame, Historique, Guerre | 1h43min
Note de la rédaction :
8,5/10
8,5
Le vieux fusil, l'affiche

  • Réalisateur : Robert Enrico
  • Acteurs : Romy Schneider, Philippe Noiret, Jean Bouise, Antoine Saint-John, Robert Hoffmann
  • Date de sortie: 22 Août 1975
  • Année de production : 1975
  • Nationalité : Français, Allemand
  • Titre original : Le vieux fusil
  • Titres alternatifs : The Old Gun (titre international) / Abschied in der Nacht (Allemagne) / Dubbelbössan (Suède) / El viejo fusil (Espagne) / A Mulher, o Amor e o Ódio (Portugal) / Stara strzelba (Pologne) / Det gamle geværet (Norvège) / Frau Marlene (Italie) / A bosszú (Hongrie) / Kätketty ase (Finlande) / O Velho Fuzil (Brésil)
  • Casting complet : Philippe Noiret, Romy Schneider, Jean Bouise, Joachim Hansen, Robert Hoffmann, Karl Michael Vogler, Caroline Bonhomme, Catherine Delaporte, Madeleine Ozeray, Daniel Breton, Jean-Paul Cisife, Antoine Saint-John, Maurice Bes, Bernard Bireaud, Jean Le Boulbar, Patrick Caillard, Daniel Celich, Patrick Clément, Gérard Dauzat, Anne Debrettys, Hermine Delysle, Jean-Pierre Garrigues, Jean Hache, Jean-Louis Hebre, Olivier Lefort, Roland Neunreuther, Claude Marcan, Marie-France Mignal, Micheline Sarto, Alain Soreil, Christian Teyras, Marie-Blanche Vergnes
  • Scénaristes : Robert Enrico, Pascal Jardin, Claude Veillot
  • Monteuse : Eva Zora
  • Directeur de la photographie : Étienne Becker
  • Compositeur : François de Roubaix
  • Chefs Maquilleurs : Didier Lavergne, Phuong Maittret
  • Chef décorateur : Jean Saussac
  • Directeur artistique :
  • Producteur : Pierre Caro
  • Producteur associé : Freiherr von Stein
  • Sociétés de production : Les Productions Artistes Associés, Mercure Productions, TIT Filmproduktion GmbH
  • Distributeur : Les Artistes Associés
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeurs vidéo : Proserpine (VHS) / Film à Film (VHS) / Les Films de Ma Vie (VHS) / Opening (DVD, 1999) / DVDY Films (DVD, 2001) / MGM - United Artists (DVD, 2010) / LCJ Éditions & Productions (DVD et blu-ray, 2013) / LCJ Éditions & Productions (4K UHD, blu-ray, DVD, 2017 et 2023)
  • Dates de sortie vidéo : 26 août 1999 (DVD) / 1 janvier 2001 (DVD) / 13 octobre 2010 (DVD) / 6 septembre 2013 (DVD et blu-ray) / 27 septembre 2017 (4K UHD, blu-ray, DVD) / 14 septembre 2023 (4K UHD, blu-ray, DVD)
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 3 365 471 entrées / 958 178 entrées
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Rentabilité :
  • Classification : Interdit aux moins de 13 ans (à l’époque) ; Tous publics avec avertissement (de nos jours)
  • Formats : 1.66 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Festivals :
  • Nominations : César 1976 : Meilleur réalisateur pour Robert Enrico ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Jean Bouise ; Meilleur scénario original ou adaptation pour Robert Enrico et Pascal Jardin ; Meilleur son pour Bernard Aubouy ; Meilleure photographie pour Étienne Becker ; Meilleur montage pour Eva Zora
  • Récompenses : César 1976 : Meilleur film ; Meilleur acteur pour Philippe Noiret ; Meilleure musique originale pour François de Roubaix / David di Donatello Awards 1976 : meilleur acteur étranger pour Philippe Noiret / César 1985 : César des Césars
  • Illustrateur/Création graphique : © Guy Jouineau et Guy Bourduge (affiche 1975). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Les Productions Artistes Associés - Mercure Productions - TIT Filmproduktion GmbH. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attaché de presse : Jean-Claude Missiaen
Note des spectateurs :

Chef d’œuvre pour les uns, honteux chantage à l’émotion pour les autres, Le vieux fusil ne peut laisser indifférent par la puissance d’évocation de ses images. Le public, lui, en a fait un triomphe.

Synopsis : 1944 à Montauban, le chirurgien Julien Dandieu décide de mettre sa femme Clara et sa fille Florence à l’abri en attendant la fin de la guerre. Il les installe à la campagne, dans son château familial. Quelques jours plus tard, Julien décide de les rejoindre. Il découvre alors avec horreur que les SS sont déjà passés par là…

Le vieux fusil, un classique qui a toujours divisé

Critique : Librement inspiré du terrible drame d’Oradour-sur-Glane qui a vu une division SS éliminer la totalité des habitants du village lors d’une expédition punitive en 1944, Le vieux fusil (1975) est une œuvre puissante qui a fait couler beaucoup d’encre et qui continue aujourd’hui à susciter des réactions extrêmes de la part des spectateurs.

Certains dénoncent un chantage à l’émotion pratiqué par un cinéaste revanchard qui vise à mettre en exergue la loi du talion, tandis que d’autres y voient avant tout un film d’amour fou contrarié par la grande Histoire. Les deux camps mettent en avant des arguments qui tiennent la route et ne sont pas forcément contradictoires.

Une œuvre qui emprunte ses codes au cinéma d’exploitation

La grande originalité du Vieux fusil est d’avoir dynamité de l’intérieur un film français classique en proposant au public une expérience d’une rare violence psychologique. Malgré un casting trois étoiles constitué d’acteurs reconnus (Philippe Noiret et Romy Schneider, tout de même), Robert Enrico signe une œuvre radicale qui emprunte beaucoup de ses effets au cinéma d’exploitation.

Au lieu de suggérer l’horreur de la situation (un village entier massacré par des SS, et le meurtre atroce de la petite famille d’un notable qui cherche alors à se venger), Robert Enrico opte pour une totale exposition de la violence, au risque de déplaire aux tenants du bon goût. Sa vision de la guerre est donc sale, désespérée et terriblement crue. Il n’épargne rien au spectateur, entre scènes de viol collectif, massacre d’un village entier, meurtres d’enfants et de femmes au lance-flammes. Autant dire que le résultat final s’avère difficilement supportable, d’autant qu’il est souligné par une musique angoissante – et puissamment perturbante – de François de Roubaix (dont ce fut le dernier travail avant son décès prématuré à la suite d’un accident de plongée).

Comment susciter le désir de vengeance chez le spectateur!

Symptomatique d’un certain cinéma jusqu’au-boutiste des années 70, Le vieux fusil met terriblement mal à l’aise et interroge la capacité du spectateur à supporter l’horreur à l’état pur. En cela, la seconde partie du métrage (la croisade vengeresse du notable fou de douleur) fait clairement appel aux sentiments les plus nauséabonds de l’être humain. Toutefois, il est bon de rappeler à ceux qui accusent le film d’être une apologie du fascisme que le personnage principal agit clairement sous le coup de la douleur et même, comme le révèle le bouleversant plan séquence final, de la folie pure et simple.

Le vieux fusil, jaquette collector UHD 4K

© 1975 Les Productions Artistes Associés – Mercure Productions – TIT Filmproduktion GmbH. Tous droits réservés.

Toutefois, même son acteur principal semble avoir été dérangé par le propos du film puisque Philippe Noiret déclare dans le livre qui lui est consacré par Dominique Maillet (Editions Henri Veyrier, 1989) :

J’ai simplement insisté auprès de Robert Enrico pour qu’on soit bien conscient que c’était au départ, et avant tout, sa famille et son travail qui intéressaient Julien. Il n’était pas question d’en faire un héros. Et puis, je veux prendre aussi mes responsabilités ; je n’ai pas été trompé, ni manipulé et je ne veux pas me désolidariser du film. Simplement, je me suis laissé un peu faire, mais en contrepartie, beaucoup de choses me plaisaient. […] Dans la réalisation, j’ai certes trouvé un peu trop d’insistance sur ce côté lance-flammes – chose qui n’était pas nécessaire à mon sens – mais je ne crois pas que ce soit ce qui ait motivé Enrico ; ce n’est pas conscient si vous voulez !

A la manière du Sam Peckinpah des Chiens de paille, Robert Enrico a signé une œuvre ambigüe sur la violence, entre fascination et dégoût. En tout cas, le public français de l’époque a répondu présent puisque le long-métrage a attiré 3 347 400 spectateurs dans son château des horreurs, soit le 5ème meilleur résultat de l’année 1975.

Box-office parisien du Vieux fusil

Sorti dans la capitale le vendredi 22 août 1975, le film choc a troublé 59 124 spectateurs, lui permettant d’atteindre la deuxième place du box-office hebdomadaire derrière la comédie Les galettes de Pont-Aven (Joël Séria) qui a toutefois bénéficié de deux jours supplémentaires pour arriver en pole position. La semaine suivante, le film bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille et progresse largement avec 86 244 retardataires, soit une augmentation de 40 %. Il n’est dépassé à Paris que par l’événementiel Parrain 2 (Francis Ford Coppola).

Finalement, c’est en troisième semaine que Le vieux fusil s’installe en tête du box-office parisien pour plusieurs semaines avec encore 79 605 amateurs de choc cinématographique. Le film a déjà dépassé les 220 000 tickets sur la capitale. La septaine suivante confirme le plébiscite du grand public puisque le film conserve sa première place avec 75 840 tickets vendus (déjà 300 000 au total). Les jours passent et Le vieux fusil reste toujours au cœur de l’actualité cinéma avec une cinquième semaine encore en pole position et 65 301 entrées de plus. Désormais, le film devient un vrai phénomène. En sixième septaine, Philippe Noiret est toujours numéro 1 avec encore 64 114 soutiens (et plus de 430 000 au total).

Une longévité impressionnante et un triomphe jamais démenti

Au mois d’octobre 1975, le film dépasse les 500 000 entrées. Ensuite, en 11ème semaine (soit au début du mois de novembre), le drame franchit la barre des 600 000 spectateurs. Absolument increvables, Robert Enrico, Philippe Noiret et Romy Schneider en sont à 700 000 tickets lorsque débute le mois de décembre. Le métrage terminera sa carrière parisienne avec 958 178 Franciliens à son bord.

Le film a ensuite obtenu 3 César mérités dont celui du meilleur film, du meilleur acteur pour Philippe Noiret et de la meilleure musique. Dix ans plus tard, le métrage d’Enrico a même reçu le César des Césars lors d’un vote spécial. Une popularité jamais démentie pour une œuvre toujours conspuée par une grande partie de la critique. Et pourtant, rares sont les films français à posséder une telle force d’évocation à propos d’un conflit où la barbarie a été poussée à son maximum. Depuis, il a été maintes fois édité en vidéo (dont une version restaurée en 4K UHD), tandis qu’il est régulièrement diffusé à la télévision, avec toujours autant de succès.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 20 août 1975

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Le vieux fusil, l'affiche

© 1975 Les Productions Artistes Associés – Mercure Productions – TIT Filmproduktion GmbH / Affichiste : Jouineau Bourduge. Tous droits réservés.

Biographies +

Robert Enrico, Romy Schneider, Philippe Noiret, Jean Bouise, Antoine Saint-John, Robert Hoffmann

Mots clés

Cinéma français, Seconde Guerre mondiale au cinéma, La violence gratuite au cinéma, La vengeance au cinéma, César 1976, César du meilleur film 

 

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