Le témoin à abattre : la critique du film (1975)

Policier, Thriller, Action | 1h40min
Note de la rédaction :
8/10
8
Le témoin à abattre, affiche du film de Castellari (Warner 1975)

  • Réalisateur : Enzo G. Castellari
  • Acteurs : Franco Nero, Fernando Rey, Silvano Tranquilli, James Whitemore, Delia Boccardo, Giovanni Cianfriglia, Natasha Richardson
  • Date de sortie: 09 Juil 1975
  • Nationalité : Italien, Espagnol, Français
  • Titre original : La polizia incrimina la legge assolve
  • Année de production : 1973
  • Scénaristes : Tito Carpi, Gianfranco Clerichi, Enzo G. Castellari, Léonardo Martin d’après un sujet de Maurizio Amati
  • Directeur de la photographie : Alessandro Ulloa
  • Compositeurs : Guido de Angelis et Maurizio de Angelis
  • Distributeur : Warner Columbia
  • Editeur vidéo : Proserpine (VHS)
  • Sortie vidéo (VHS) : 1982
  • Box-office France : 33 319 entrées / 9 628 entrées
  • Format : 1.85 : 1 / Son : Mono
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
Note des spectateurs :

Le témoin à abattre est un excellent poliziottesco et l’un des meilleurs films de Castellari par sa radicalité, son discours pessimiste et sa violence extrême.

Synopsis : Des trafiquants de drogue mettent la ville de Gênes à feu et à sang. Le commissaire Belli, qui se heurte à l’inertie et à l’incompétence de sa hiérarchie, est bientôt confronté à une réalité autrement plus cruelle. Face à son obstination, de très hautes personnalités génoises, qui se sont vu impliquées par son enquête, ne reculent devant rien pour garantir leur impunité…

Un film d’exploitation typique des années de plomb

Critique : Au début des années 70, les producteurs italiens sentent progressivement le filon du western s’épuiser. Ils se lancent alors à corps perdu dans le giallo, mais aussi dans le film policier traitant de la mafia. Plusieurs succès internationaux motivent cet intérêt soudain pour le polar réaliste. On pense bien évidemment à French Connection (Friedkin, 1971) pour le côté documentaire et la volonté de multiplier les scènes d’action spectaculaires, au Parrain (Coppola, 1972) pour la description des agissements de la mafia et enfin à L’inspecteur Harry (Siegel, 1971) dans sa volonté de dénoncer l’incapacité de la police à intervenir dans une société corrompue.

Toutefois, le genre du poliziottesco ne répond pas seulement à une volonté d’exploitation cinématographique puisqu’il correspond également à une nécessité sociologique et historique. Effectivement, le début des années 70 est marqué par une recrudescence des violences en Italie (les années de plomb), avec des incidents dans les rues, des manifestations incessantes et des actes de terrorisme. Cette lutte très idéologique, entre l’extrême gauche et l’extrême droite pour faire simple, se retrouve donc au sein de la production italienne.

Le témoin à abattre, film de droite, mais pas uniquement…

Cette opposition se retrouvait d’ailleurs également au sein de l’industrie cinématographique puisque bon nombre d’artistes adoubés par la critique  étaient clairement affiliés à gauche (on pense notamment à Elio Petri, Sergio Sollima, Luchino Visconti, Francesco Rosi et consorts), tandis que de nombreux cinéastes de films de genre penchaient plutôt à droite, dont notamment Enzo G. Castellari. Ces réalisateurs qui œuvraient dans des genres codifiés étaient ainsi doublement mis à l’index et snobés par les auteurs prestigieux qui rapportaient des prix de par le monde.

Point de mystère quant à l’orientation choisie par Castellari pour ce tout premier poliziottesco de sa carrière si l’on se réfère au titre original que l’on peut traduite par : la police accuse, la loi acquitte. Ainsi, Le témoin à abattre (1973) n’a d’autre ambition que de dénoncer la corruption à toutes les échelles d’une société italienne gangrenée par le crime. Le commissaire incarné avec pugnacité par Franco Nero est un homme droit qui veut faire cesser le trafic de drogue en s’en prenant aux parrains. Il s’aperçoit pourtant que les criminels sont soutenus par des hommes politiques influents. Rien de bien nouveau dans cette classique histoire si ce n’est qu’elle est tout de même plus nuancée qu’il y paraît de prime abord.

La violence débouche sur une vision du monde misanthrope

Tout d’abord, le réalisateur n’est pas dupe de ce qu’il montre et dit à plusieurs reprises que son personnage principal voit la vie de manière simpliste, avec des bons et des méchants. Or, le cinéaste va surtout démontrer au cours d’un film extrêmement pessimiste qu’il n’existe que des méchants et que les quelques personnes valables sont impitoyablement éliminées. Pas d’échappatoire possible dans cette société pourrie jusqu’à la moelle, ce qui est souligné par la dernière scène où le spectateur comprend que tout va recommencer comme avant et que l’intervention du flic n’a servi à rien, sinon à détruire sa propre vie.

Pour développer son argumentaire choc, Castellari use de ce qu’il sait faire de mieux : l’action. Le film débute notamment par une impressionnante – et fort longue – course-poursuite en voiture au cœur de Gênes dont on peut dire qu’elle est influencée par deux séquences culte (de Bullitt et French Connection). Tourné souvent caméra à l’épaule, Le témoin à abattre fait preuve d’un incroyable dynamisme qui permet de saisir l’urgence de la situation évoquée. On a le sentiment que Castellari joue sa vie dans ces séquences dangereuses, à une époque où les cascades étaient réalisées sans renfort d’effets spéciaux. Le spectateur sent en tout cas le sang et la sueur d’une équipe dévouée.

De l’action et de la violence qui tache

Comme nous sommes au cœur d’un cinéma bis italien, il fallait bien quelques outrances pour agrémenter le tout. Avec Le témoin à abattre, on est servis. Les fusillades sont particulièrement sanglantes (influencées par Peckinpah), tandis que certains meurtres sont d’une extrême violence, avec usage de crocs de boucher pour quelques plans gore. Enfin, le réalisateur n’hésite pas à montrer le meurtre sauvage et froid d’une gamine en gros plan, histoire de bien choquer le spectateur et d’enfoncer le clou de son discours misanthrope.

Enfin, signalons l’excellente partition musicale de Guido et Maurizio De Angelis qui ajoute bien évidemment un charme fou à ce qui demeure l’un des meilleurs films de Castellari, à mettre sur une étagère à côté de son Keoma et de Big Racket, tous deux de 1976.

Un film injustement méprisé à l’époque

Sorti en catimini dans les salles françaises en 1975 par la major Warner, Le témoin à abattre n’a tenu que deux semaines à l’affiche sur Paris, pour un score dérisoire de 9 628 tickets vendus. Il a poursuivi sa carrière très discrètement chez Proserpine en VHS, avant de totalement disparaître de la circulation. On aimerait maintenant qu’un éditeur valeureux sorte enfin le film dans une version restaurée pour pouvoir profiter pleinement de la maestria de son réalisateur, alors très inspiré.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 9 juillet 1975

Le témoin à abattre, l'affiche

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Le témoin à abattre, affiche du film de Castellari (Warner 1975)

Bande-annonce de Le témoin à abattre (VA)

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