Le bison blanc : la critique du film (1977)

Western, Fantastique | 1h37min
Note de la rédaction :
6,5/10
6,5
Le Bison Blanc de Jack Lee Thomson, affiche

  • Réalisateur : Jack Lee Thompson
  • Acteurs : Jack Warden, Charles Bronson, Kim Novak, Stuart Whitman, Will Sampson
  • Date de sortie: 24 Août 1977
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The White Buffalo
  • Année de production : 1977
  • Scénariste(s) : Richard Sale d'après son roman
  • Directeur de la photographie : Paul Lohmann
  • Compositeur : John Barry
  • Société(s) de production : Dino De Laurentiis Company
  • Distributeur (1ère sortie) : S.N. Prodis
  • Éditeur(s) vidéo : Carrère Vidéo (VHS) / APA vidéo (VHS, 1991) / Quadra Vision (VHS) / Sidonis Calysta (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 19 novembre 2008
  • Box-office France / Paris-périphérie : 580 050 entrées / 120 733 entrées
  • Box-office nord-américain 4,1 M$
  • Budget : 6 M$
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Mono
  • Illustrateur / Création graphique : LPC - Jean-Claude Labret.
  • Crédits : © 1977 Orion Pictures Corporation
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Malgré un animal mécanique assez peu convaincant, Le bison blanc vaut mieux que sa triste réputation et s’avère un western ambitieux, crépusculaire et humaniste à la fois. A reconsidérer.

Synopsis : Un cauchemar, toujours le même, trouble les nuits de Hickok : un immense bison blanc lui fait face, d’abord, puis, soudain, charge avec un bruit épouvantable… Pour obéir à ce qu’il croit être un rendez-vous, et bien qu’il ne soit pas très populaire ni auprès des Blancs de la région, ni parmi les Peaux Rouges dont il a jadis tué un certain nombre, par pure haine, Hickok revient sous un faux nom à Cheyenne. Son incognito ne dure pas longtemps et, pour se défendre, Hickok doit encore faire couler le sang.

Une équipe qui gagne pour un projet d’envergure

Critique : Après le succès phénoménal obtenu par Les dents de la mer (Spielberg, 1975), un nombre impressionnant de films mettant en scène des animaux agressifs déferlent sur les écrans du monde entier. Parallèlement, le producteur italien Dino De Laurentiis, désormais basé à Hollywood, vient de rencontrer un franc succès avec son colossal King Kong (Guillermin, 1976). Il cherche donc à capitaliser sur ces deux éléments et monte Le bison blanc (1977) d’après un script de Richard Sale qui a adapté lui-même son roman.

De Laurentiis propose le rôle à Charles Bronson, avec qui il travaille maintenant depuis plusieurs années et c’est naturellement que le réalisateur Jack Lee Thompson se retrouve sur le projet, lui qui vient de tourner Monsieur St. Ives (1976), avec la star. Doté d’un budget de 6 millions de dollars assez copieux pour l’époque, le film bénéficie aussi de l’apport du grand Carlo Rambaldi qui vient conseiller Roy L. Downey pour la création du grand bison mécanique. Pour mémoire, Carlo Rambaldi venait tout juste de remporter un Oscar pour son travail sur King Kong.

Le bison blanc, western révisionniste dans l’air du temps

Il s’agit donc pour tous ces artisans de livrer un western qui dépasse le cadre de la simple série B. Pour preuve, le script lui-même s’abreuve bien davantage aux sources littéraires et historiques qu’aux habituels clichés du cinéma d’action. Ainsi, le spectateur comprendra assez rapidement que l’histoire suit les traces du Moby Dick de Herman Melville. La quête de cet homme qui va au-devant de son cauchemar vire effectivement à l’obsession pour Bronson, parfait dans le rôle d’un Wild Bill Hickok vieillissant – une belle invention puisque le véritable est mort à 39 ans. Cette chasse perpétuelle est surtout l’occasion pour les auteurs de prendre le contrepied des représentations classiques de l’Ouest américain.

Tout d’abord, la localisation de l’action dans les montagnes enneigées tranche avec les habitudes du genre (on se souvient tout de même de deux chefs-d’œuvre qui ont déjà opéré ce détournement : La chevauchée des bannis (1959) d’André de Toth et Le grand silence (1968) de Sergio Corbucci). Le bison blanc s’inscrit ainsi dans une tendance révisionniste typique des années 70. On désacralise la conquête de l’Ouest et l’on respecte au mieux la réalité historique, par l’emploi de costumes d’époque, d’armes crédibles et de maquillages réalistes (donc crasseux). Cela n’empêche nullement de prendre quelques libertés avec la grande Histoire puisque le bandit rencontre ici le chef sioux Crazy Horse, l’intégralité de cet épisode étant une pure invention de la part de Richard Sale.

Une métaphore poignante du génocide des Amérindiens

En tout cas, cela permet aux auteurs de dénoncer le traitement réservé aux Amérindiens durant la conquête de l’Ouest. Il est ainsi évident que le bison blanc est une métaphore pouvant aussi bien représenter la violence brute que la mort. Les deux personnages principaux doivent donc pourchasser et éliminer ce bison pour aller l’un vers l’autre. Le message de tolérance entre les deux peuples est poignant grâce à l’amitié qui naît entre le Blanc et l’Indien, tout en restant réaliste. Chacun finit par repartir vers son camp sans qu’une union soit vraiment possible, ce qui est historiquement crédible. Au passage, Jack Lee Thompson signe quelques belles séquences comme ce plan crépusculaire sur un tas d’ossements de bisons qui représente à la fois le génocide du monde animal, mais aussi celui du peuple amérindien.

Jack Lee Thompson travaille ainsi la mauvaise conscience américaine – d’où les cauchemars de Bronson – et délivre un message d’apaisement qui n’a sans doute pas été compris à l’époque par le grand public américain qui venait voir un simple divertissement. Et de fait, l’ambiance est finalement bien plus proche de celle d’un film contemplatif comme Jeremiah Johnson (Pollack, 1972) que d’un film d’action lambda. Parfois un peu longuet, Le bison blanc bénéficie de décors splendides, d’une belle photographie et d’une musique pesante et inquiétante de John Barry. Peut-être que le style rentre-dedans de Jack Lee Thompson ne convient pas toujours à cette très jolie histoire, le cinéaste aimant toujours autant les effets de caméra voyants et l’usage de dialogues peu subtils. Beaucoup ont également critiqué le manque de crédibilité du bison mécanique, ce qui n’est pas faux, mais pas pour autant rédhibitoire.

Un gros échec en son temps

Trop souvent encore considéré comme un nanar à cause de ses dialogues épicés et des (rares) séquences avec le bison, Le bison blanc constitue pourtant une très bonne surprise au sein de la filmographie très inégale de Jack Lee Thompson. Le long-métrage est certes imparfait, mais doit assurément être réévalué de nos jours.

Gros échec commercial aux Etats-Unis avec un gain autour de 4 millions de dollars, Le bison blanc n’a pas fait de réelles étincelles en France. Toutefois, avec 580 050 chasseurs sur toute la France, le film se situe dans la moyenne habituelle de la star, déjà en perte de vitesse dans nos contrées depuis le milieu des années 70. Le phénomène ira en s’accentuant, à l’exception du succès inattendu du Justicier dans la ville 2 en 1982.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 24 août 1977

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Le Bison Blanc de Jack Lee Thomson, affiche

© 1977 Orion Pictures Corporation / Affiche : LPC – Jean-Claude Labret. Tous droits réservés.

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Le Bison Blanc de Jack Lee Thomson, affiche

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