La vérité : la critique du film (2019)

Drame | 1h47min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche du film La vérité de Kore-eda

Dans La vérité, autour d’une relation mère-fille tourmentée, le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda oppose deux points de vue pour tendre le fil d’un difficile équilibre entre mensonges et vérité et en profite pour nous offrir un casting de haute volée.

Synopsis : Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste à New York. La publication des mémoires de cette grande actrice incite Lumir et sa famille à revenir dans la maison de son enfance. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard médusé des hommes. Fabienne est en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent obligeant mère et fille à se retrouver.

La vérité : l’après Palme d’or de Kore-eda

Critique : Depuis le début de sa carrière, en 1995, Hirokazu Kore-eda, creuse avec délicatesse le sillon des blessures intérieures et des conflits familiaux. Une affaire de famille qui lui valut la Palme d’or à Cannes en 2018 en est le plus bel exemple.  Alors qu’elle peut se targuer d’avoir accroché à son palmarès d’actrice les noms de réalisateurs internationaux les plus prestigieux (De Godard à Dumont en passant par Kieslowksi, Haneke, Ferrara, Cronenberg et tant d’autres…), Juliette Binoche fait part à celui que l’on surnomme parfois le Truffaut japonais de son désir de travailler avec lui. Une motivation largement suffisante pour qu’il transforme une pièce ébauchée en 2003 autour de l’histoire d’une star de cinéma et de sa fille en un film. Sans rien perdre de sa douceur légendaire, il relève alors le défi ambitieux d’un tournage à l’étranger, dans une langue qu’il ne parle pas, avec une équipe totalement française.

Tant qu’à s’immerger dans l’art de vivre à la française, Kore-eda choisit, lui qui est plutôt coutumier des casting de non-professionnels, de s’entourer de deux de ses plus grandes ambassadrices : Juliette Binoche et Catherine Deneuve.

Catherine Deneuve, impériale, dans La Vérité de Kore -eda

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Au cœur de Paris, une superbe maison entourée d’un jardin cache bien des secrets, que la parution du livre tout récemment écrit par sa propriétaire, une célébrité du cinéma en fin de carrière, ne vont pas tarder à faire resurgir. Car entre Fabienne (Catherine Deneuve) et sa fille Lumir (Juliettte Binoche) s’est tissée, au fil des années, une relation filiale passionnelle et tortueuse, bâtie sur des non-dits, des événements inaboutis et des vérités mal exprimées. Ces retrouvailles familiales devraient être l’occasion idéale d’une mise au point qu’elles attendent toutes les deux. Alors que Fabienne s’apprête à endosser un rôle secondaire dans un film traitant d’une relation mère-fille particulière, la confrontation devient inévitable.

Un casting réjouissant

Si Hirokazu Kore-eda, réputé pour son sens de la retenue, se laisser aller, dans un premier temps à un sentimentalisme inhabituel, celui-ci est vite balayé par une Deneuve réjouissante d’authenticité dans la peau de cette diva inconstante. Sanglée dans son manteau léopard, le chignon parfait, la cigarette aux lèvres, elle irradie du plaisir à semer le doute entre réalité et fiction. Sa mauvaise foi décuplée, son égocentrisme choquant, et sa méchanceté à peine voilée pourraient facilement la rendre détestable. Pourtant, son ton si reconnaissable, sa fougue à s’emparer de son personnage et son élégance naturelle la dédouanent de ces travers pour ne laisser place qu’à l’admiration.

Si la reine Catherine occupe indéniablement tout l’espace, elle n’en éclipse pas pour autant Juliette Binoche qui, entre quête d’amour et règlements de comptes, nous charme de son jeu tout en nuances. Les personnages secondaires complètent cet épatant duo de notes de tendresse (grâce à la toute jeune Clémentine Grenier), de décontraction (l’impeccable Ethan Hawke incarne avec un humour décapant un mari à la décontraction indestructible) et de classe grâce à un Alain Libolt parfait en secrétaire dévoué mais peu considéré par son employeuse starifiée, habituée à être choyée. A noter la présence Manon Clavel, une jeune comédienne dont on devrait entendre parler dans les années à venir.

Les puristes du cinéaste nippon regretteront sans doute que, tout occupé à magnifier ses comédiens (et surtout ses comédiennes), il ne prenne pas le temps de se consacrer davantage à une étude plus approfondie des failles de ses personnages, laissant vaguement un goût d’inachevé. Pourtant, le traitement à la fois subtil et malicieux de la mise en scène, sa capacité à capter les émotions et un juste équilibre entre drame et humour devraient lui permettre de conquérir haut la main le public français.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 25 décembre 2019

 

Affiche du film La vérité de Kore-eda

Le Cercle Noir pour Fidelio / Photo © Laurent Champoussin

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