Massacré par des effets numériques d’un autre âge, Kraven the Hunter enterre définitivement le Sony’s Spider-Man Universe que personne ne pleurera.
Synopsis : Kraven, un homme dont la relation complexe avec son père, l’impitoyable Nikolai Kravinoff, entraine vers une vengeance aux conséquences brutales, l’appelant à devenir non seulement le plus grand chasseur du monde, mais aussi l’un des plus redoutés.
Kraven met un terme au Sony’s Spider-Man Universe
Critique : Lorsque le studio Sony décide de lancer son Sony’s Spider-Man Universe, il ne dispose plus des droits d’exploitation du personnage de Spider-Man et choisit donc de centrer cet univers parallèle sur les méchants les plus emblématiques du super-héros. Si la trilogie consacrée à Venom est parvenue à obtenir de bons scores mondiaux pour des budgets relativement modérés, on n’en demeure pas moins dubitatif quant à la qualité des films. Entre un humour débile et des réalisations aux effets spéciaux numériques contestables, cet univers partagé partait plutôt mal. Pourtant, le studio allait encore se dépasser dans la médiocrité en livrant Morbius (Daniel Espinosa, 2022) et Madame Web (S.J. Clarkson, 2024) qui, cette fois-ci ont été des échecs sans appel.

© 2024 Sony Pictures. Tous droits réservés.
Que pouvait-on donc attendre de Kraven the Hunter qui a trainé un temps dans les placards de la firme, avant que celle-ci se décide à sortir le vilain petit canard au mois de décembre 2024 ? Le seul élément qui pouvait nous interpeller venait de la présence à la réalisation de J.C. Chandor qui a su nous étonner autrefois avec des œuvres ambitieuses comme All Is Lost (2013) avec Robert Redford ou encore A Most Violent Year (2014). Mais depuis, comme il faut bien se nourrir, le cinéaste a travaillé pour Netflix sur le film de guerre Triple frontière (2019) et il n’était visiblement pas le bon choix pour diriger Kraven the Hunter.
Kraven, la naissance d’un méchant particulièrement héroïque
Pâtissant d’un script qui nous sert une énième origin story, le long métrage souffre d’une incohérence manifeste puisqu’il est censé nous montrer la naissance d’un redoutable méchant de l’univers Marvel, alors que le personnage défend les animaux de la savane face aux chasseurs et qu’il ne traque durant le film que des mafieux et autres truands. Dès lors, Kraven n’entretient plus aucun rapport avec le personnage du comic book. Pire, il ne porte son fameux costume qu’au tout dernier plan, comme si les cadres du studio pensaient encore possible la création d’une suite.
En fait, dès le départ, le film manque cruellement d’une intrigue charpentée qui ne soit pas une énième répétition des autres œuvres du genre. Il faut dire que Kraven the Hunter, malgré un budget estimé à 110 millions de dollars, souffre d’effets spéciaux numériques particulièrement ratés. Les pauvres animaux sauvages sont les premières victimes du massacre numérique avec des rendus qui nous renvoient directement à la case du lion de Narnia (pour mémoire en 2005). Outre des mouvements peu naturels, les designs ne sont absolument pas crédibles et les yeux des pauvres bêtes demeurent vides.
Des effets spéciaux au rabais
Mais cela ne concerne pas que les quelques animaux qui parsèment le métrage. Effectivement, tout au long du film, le comédien Alessandro Nivola interprète un Rhino qui apparaît sous sa forme humaine avec une chemise blanche et un sac à dos. On peut faire plus inquiétant. Ce n’est que vers la fin que l’on comprend pourquoi le Rhino n’est pas présenté sous sa forme mi-homme, mi-animale plus tôt. En fait, le rendu numérique est tout bonnement déplorable, voire carrément nanardesque.

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Au niveau des comédiens, Aaron Taylor-Johnson a soulevé de la fonte pour apparaître sous son meilleur jour, ce qui n’approfondit pas pour autant son jeu. Face à lui, Alessandro Nivola, Ariana DeBose et Fred Hechinger sont désespérément en recherche de charisme à l’écran, tandis que Russell Crowe surjoue le père autoritaire de manière indigne. Pour leur défense, ils n’ont finalement pas grand-chose à jouer et la réalisation bâclée de J.C. Chandor n’arrange rien à l’affaire. On comprend assez bien pourquoi le studio rechignait à sortir le film lors d’une période de grosse concurrence.
Un échec international mérité
Pourtant, rien n’est venu sauver Kraven the Hunter du caniveau où il méritait de finir. Sorti aux Etats-Unis sur plus de 3 200 écrans en décembre 2024, le chasseur n’est entré qu’à la troisième position du classement nord-américain lors de son premier week-end avec seulement 11 petits millions de dollars de recettes. Par la suite, le métrage va péniblement rester à l’affiche jusqu’au mois de février 2025, n’amassant que des miettes et terminant à 25 026 310 $ pour un budget initial estimé à 110 M$. L’accident industriel est confirmé et Sony annonce mettre fin à son univers fondé sur les méchants de Spider-Man. Il était temps !
A l’international, l’échec est également acté. Le second marché de Kraven est le Mexique avec 3,8 M$, puis arrive la France avec 2,8 M$. Malgré le désastre commercial dans notre pays, il s’agit tout de même du troisième meilleur score mondial du bousin.
Box-office français de Kraven the Hunter
Proposé dans une combinaison de 407 salles à partir du 18 décembre 2024, Kraven the Hunter n’entre qu’en cinquième position hebdomadaire avec seulement 158 001 ados solitaires. Grâce aux vacances scolaires et aux fêtes de fin d’année, le métrage se maintient en deuxième semaine avec 138 645 retardataires.
Il doit toutefois patienter jusqu’à sa troisième semaine pour franchir la barre des 300 000 spectateurs. Comme aux Etats-Unis, le film est maintenu artificiellement dans les salles jusqu’en février où il termine sa traque avec 413 203 proies. Ci-git le Sony’s Spider-Man Universe. Qui le regrettera ?
Critique de Virgile Dumez
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© 2024 Columbia Pictures, Marvel Entertainment, TSG Entertainment, Avi Arad Productions, Matt Tolmach Productions, Film in Iceland / Affiche : BLT Communications, LLC / Photography by Gavin Bond. Tous droits réservés.
Biographies +
J.C. Chandor, Russell Crowe, Aaron Taylor-Johnson, Christopher Abbott, Ariana DeBose, Yuri Kolokolnikov, Billy Barratt, Alessandro Nivola, Fred Hechinger
Mots clés
Cinéma américain, Spinoff de Spider-Man, Film de super-héros, Univers cinématographique Marvel, Les flops de 2024