Troisième opus de la saga, Gamera contre Gyaos bénéficie d’une esthétique travaillée et d’un antagoniste charismatique. De quoi faire de ce kaiju un produit de qualité, malgré les limites d’un genre très kitsch.
Synopsis : Une créature volante nommée Gyaos terrorise le Japon en se nourrissant d’énergie humaine. Alors que des scientifiques essayent de comprendre l’origine de Gyaos, Gamera intervient pour sauver l’humanité.
Gamera redevient l’ami des enfants
Critique : Après le semi-échec commercial rencontré par Les Monstres attaquent / Gamera contre Barugon (Shigeo Tanaka, 1966), Masaichi Nagata, le ponte du studio Daiei, décide de réorienter la saga vers un public plus familial. Parmi ses raisons, sa compagnie est alors en profond déclin et il lui faut à tout prix rencontrer un gros succès pour renflouer des caisses désespérément vides à cause de placements financiers hasardeux.

© 1967 Kadokawa Corporation. All Rights Reserved.
Ayant compris que les enfants aiment la tortue volante, le producteur ordonne donc de s’éloigner de la noirceur et de la violence du deuxième épisode pour à nouveau livrer une œuvre avant tout destinée aux enfants. Pour cela, il fait à nouveau appel au réalisateur du premier volet, Noriaki Yuasa, à qui il laisse cette fois les pleins pouvoirs. Toutefois, le film doit comporter un personnage enfantin comme dans le premier film et l’accent doit être mis sur les combats de titans, là où le second insistait davantage sur l’aventure exotique.
Un budget contraint en période de disette
Toutefois, pour tourner ces fameuses séquences de combats, Noriaki Yuasa dispose d’un budget situé au milieu des deux précédents volets. Ainsi, il bénéficie de 60 millions de yens, soit vingt de plus que sur le premier opus, mais vingt de moins que sur le second. Le temps est désormais aux économies pour la Daiei qui engage à nouveau le comédien Kôjirô Hongô pour incarner le héros humain, mais pour donner vie à un personnage totalement différent de celui interprété dans le précédent. D’ailleurs, on notera que le protagoniste est nettement moins intéressant ici et que l’acteur, pourtant spécialisé dans les rôles introspectifs, n’a pas grand-chose à jouer si ce n’est le témoin des affrontements des monstres.
Pour octroyer davantage de prestige à cette production, la Daiei engage aussi le comédien Kichijirô Ueda qui est connu pour avoir joué dans les plus grands classiques de cinéastes comme Akira Kurosawa, Kenji Mizoguchi ou encore Mikio Naruse. Ici, il interprète le rôle d’un maire qui tente de résister à la construction d’une autoroute qui devrait exproprier les habitants de son petit village. Le comédien assure d’ailleurs parfaitement. Le reste du casting est davantage en retrait, à part le petit garçon Naoyuki Abe, légèrement énervant, comme souvent dans cette franchise.
Le Japon en plein miracle économique
Au passage, les auteurs sont parvenus à glisser au cœur du film un constat sociétal intéressant sur l’évolution rapide du Japon, alors en plein miracle économique. Ainsi, le cinéaste oppose ici le Japon moderne entièrement tourné vers un capitalisme sauvage aux espaces ruraux plus traditionnels. Toutefois, le métrage conclue de manière prophétique à la destruction de l’ordre ancien entièrement balayé par cette modernité.

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Pour autant, Gamera contre Gyaos est avant tout un pur film de monstres qui multiplie les séquences spectaculaires à base de maquettes et de comédiens costumés en géants. Si le costume de Gyaos semble quelque peu rigide et statique, le monstre compense ce manque de souplesse par des pouvoirs qui contrebalancent parfaitement ceux de la tortue volante. Dès lors, les affrontements demeurent intéressants et percutants. En fait, Gyaos a été initialement conçu comme un vampire puisqu’il ne supporte pas les rayons du soleil et avale goulument le sang humain. Afin de ne pas trop choquer les petits, l’hémoglobine est d’une couleur tirant sur le rose, tandis que les monstres saignent en violet et vert.
Gamera contre Gyaos bénéficie d’une superbe photographie
Le résultat demeure particulièrement efficace et jamais ennuyeux, pour peu que l’on accepte la vétusté des effets spéciaux de l’époque, non dénués de charme poétique. Marqué par une jolie photographie de Akira Uehara qui ressemble beaucoup aux expériences colorées de Mario Bava, Gamera contre Gyaos est esthétiquement fort agréable à regarder et constitue donc un kaiju eiga tout à fait recommandable. Celui-ci a d’ailleurs fixé les règles définitives de toute la franchise, imposant même le personnage de Gyaos comme l’antagoniste le plus charismatique de Gamera.
Proposé en double programme au Japon, Gamera contre Gyaos a connu un vrai succès, ce qui tient du miracle car l’année 1967 voit une déferlante de monstres arriver sur les grands écrans nippons. Effectivement, chaque studio dégaine son film dans un genre qui gagne encore en popularité avant de connaître un lent déclin à cause de produits de moins en moins satisfaisants.
En France, le long métrage est demeuré inédit dans nos salles contrairement au précédent et n’a été visible qu’à partir de sa sortie en DVD dans les années 2010. On notera qu’il a fait l’objet d’une magnifique restauration japonaise en 4K qui est désormais disponible en France en blu-ray et 4K UHD dans un superbe coffret chez Roboto Films.
Critique de Virgile Dumez
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Biographies +
Noriaki Yuasa, Kôjirô Hongô, Kichijirô Ueda, Reiko Kasahara
Mots clés
Cinéma japonais, kaiju eiga, Film de monstres, Franchise : Gamera

