Fisher King – le roi pêcheur : critique et test du Mediabook (1991)

Comédie dramatique, Fantastique, Romance | 2h17min
Note de la rédaction :
9/10
9
Fisher King, l'affiche

  • Réalisateur : Terry Gilliam
  • Acteurs : Robin Williams, Jeff Bridges, Tom Waits, Bradley Gregg, Amanda Plummer, Mercedes Ruehl, Kathy Najimy
  • Date de sortie: 02 Oct 1991
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : The Fisher King
  • Titres alternatifs : The Fisher King (titre vidéo France 2021) / Le roi pêcheur (Québec) / El rey pescador (Espagne) / O Rei Pescador (Portugal) / Pescador de ilusiones (Mexique) / La leggenda del re pescatore (Italie) / König der Fischer (Allemagne) / O Pescador de Ilusões (Brésil)
  • Année de production : 1991
  • Scénariste(s) : Richard LaGravenese
  • Directeur de la photographie : Roger Pratt
  • Compositeur : George Fenton
  • Société(s) de production : TriStar Pictures, Columbia Pictures
  • Distributeur (1ère sortie) : Columbia TriStar
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Gaumont Columbia TriStar (VHS, 1992) / Gaumont Columbia TriStar (DVD, 2004) / Wild Side Vidéo (Mediabook, 2021)
  • Date de sortie vidéo : 20 octobre 2021 (Mediabook)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 693 549 entrées / 300 811 entrées
  • Box-office nord-américain : 41 798 224 M$ (83,9 M$ au cours ajusté de 2021)
  • Budget : 24 M$ (48,2 M$ au cours ajusté de 2021)
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Digital
  • Festivals et récompenses : Mostra de Venise 1991 : Lion d'argent du meilleur réalisateur / Oscars 1992 : Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Mercedes Ruehl / Golden Globes 1992 : Meilleur acteur dans une comédie pour Robin Williams ; Meilleure actrice dans un second rôle pour Mercedes Ruehl
  • Illustrateur / Création graphique : Jacques Fabre (affiche 1991) - Les Aliens.com (Mediabook)
  • Crédits : TriStar Pictures
Note des spectateurs :

Œuvre totale qui mêle comédie, drame poignant et onirisme, Fisher King – le roi pêcheur s’impose comme l’un des meilleurs films de Terry Gilliam, grâce à une grande cohérence narrative et des acteurs formidables. A (re)découvrir d’urgence.

Synopsis : Jack Lucas anime à New York une émission de radio agressive, suivie par un grand nombre d’auditeurs, parmi lesquels un certain nombre de détraqués. L’un d’eux, Edwin Malnick, prenant au mot une diatribe de Jack contre les « yuppies », s’arme d’une carabine et abat plusieurs clients d’un bar chic, dont l’épouse d’un jeune professeur, Henry Sagan. Bourré de remords, Jack abandonne son émission et sombre dans l’alcoolisme…

L'événement de The Fisher King (blu-ray)

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Terry Gilliam adapte le scénario d’un autre pour la première fois

Critique : En 1989, le cinéaste Terry Gilliam connaît un échec cinglant avec Les aventures du baron de Münchausen qui a coûté une véritable fortune et ne rencontre qu’un écho très limité aux États-Unis. Certes, l’accueil en Europe est davantage encourageant. Mais désormais Terry Gilliam fait peur aux exécutifs des studios d’autant que le budget initial de sa fresque monumentale avait doublé en cours de tournage.

Si le cinéaste n’est plus vraiment en mesure de proposer ses propres projets, il est toutefois envisagé pour réaliser un scénario déjà écrit et qui circule beaucoup à Hollywood depuis quelque temps, à savoir celui de The Fisher King, écrit par un inconnu nommé Richard LaGravenese (futur auteur de scripts aussi brillants que Sur la route de Madison ou L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux). De l’aveu même de Terry Gilliam, la lecture du script fut une véritable révélation, et il estima que cet auteur avait su capter ses pensées les plus profondes. Désireux de montrer qu’il pouvait se fondre dans un projet plus modeste, Terry Gilliam a donc tenu à réaliser cette œuvre, d’autant qu’il pouvait compter sur son amitié avec Robin Williams (rencontré sur le tournage de Münchausen) pour l’épauler auprès des exécutifs du studio.

The Fisher King, photo 2

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Un tournage sans anicroche

Sans modifier la moindre ligne du scénario, Terry Gilliam a réuni un casting idéal, compensant la folie naturelle de Robin Williams par le sérieux imperturbable de Jeff Bridges. Au niveau du casting féminin, Gilliam tombe immédiatement en admiration devant la personnalité affirmée de Mercedes Ruehl (déjà admirable dans Veuve mais pas trop de Jonathan Demme) et offre à Amanda Plummer un rôle inoubliable de vieille fille maladroite hilarante.

Alors que le cinéma de Terry Gilliam souffre très souvent d’un foisonnement incontrôlé, Fisher King – le roi pêcheur est d’une tenue irréprochable grâce à un scénario particulièrement bien écrit et construit. Fondé sur des caractères suffisamment forts et définis, l’intrigue étudie en parallèle la rédemption d’un homme appartenant au pouvoir médiatique totalement égocentrique et odieux, confronté à un clochard qui n’est que bonté, mais doit faire face à un traumatisme personnel terrible. Comme souvent dans le cinéma de Terry Gilliam, le réalisateur s’intéresse avant tout à une facette peu reluisante des États-Unis, celle des laissés-pour-compte et des paumés. Il montre d’ailleurs avec brio que l’on peut être parfaitement intégré au système avant de se retrouver du jour au lendemain dans le caniveau, pour diverses raisons conjoncturelles.

The Fisher King, photo 4

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

La face cachée des  États-Unis

S’il se moque clairement des élites et du monde des yuppies qu’il exècre, Gilliam parvient à créer une véritable empathie envers les déclassés, même si certains semblent mériter leur sort. Ainsi, le personnage brillamment interprété par Jeff Bridges est d’abord un être odieux qui, même lorsqu’il vient en aide à autrui, le fait pour lui-même. Peu à peu, au contact du déséquilibré joué avec intensité par Robin Williams, il finira par s’amender et trouver sa voie, celle d’une véritable humanité.

Sur une thématique qui pouvait aisément tomber dans la mièvrerie ou la leçon de morale, Terry Gilliam tourne au contraire une œuvre totale qui tient de la fable. Il inclut ainsi un monde onirique médiéval qui représente le trauma initial du personnage de Robin Williams – révélé dans une scène bouleversante et d’une rare violence psychologique qui appartient au meilleur cinéma de Gilliam – mais si le drame n’est jamais loin, le cinéaste n’oublie pas d’être drôle, voire carrément romantique. On ne compte plus les passages hilarants, voire franchement burlesques, alors même que le contexte social devrait appeler la morosité.

The Fisher King, photo 1

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Un film touchant, mêlant habilement comédie et drame

Réalisé avec un sens visuel intact – le cinéaste aime toujours le grand angle et les plongées et contre-plongées vertigineuses – mais qui ne noie jamais le jeu des acteurs sous le poids d’une caméra trop démonstrative, Fisher King – le roi pêcheur (1991) est sans doute le film le plus touchant de son réalisateur, celui qui cherche avant tout à raconter une superbe histoire d’amour et d’amitié, au risque parfois d’être accusé de naïveté. Mais comme toute l’équipe y croit à fond, le spectacle fonctionne à plein régime et propose une œuvre somme qui fait rire, émeut, étonne sans cesse et ne ressemble à rien d’autre qu’elle-même, ce qui est le plus grand compliment que l’on puisse faire.

The Fisher King, photo 5

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Box-office

Sorti aux États-Unis en 1991, The Fisher King a obtenu des critiques plutôt positives et cinq nominations aux Oscars 1992. Seule l’excellente Mercedes Ruehl a gagné l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, ce qui est amplement mérité. De son côté, Terry Gilliam a été récompensé à la Mostra de Venise 1991 avec un Lion d’argent du meilleur réalisateur. Le long-métrage est arrivé à la 31ème position annuelle du box-office américain avec 41,8 M$ (83,9 M$ au cours ajusté de 2021) pour un budget moyen de 24 M$ (48,2 M$ au cours ajusté de 2021), ce qui pourrait être vu comme une déception pour une œuvre avec la star du Cercle des poètes disparus, Robin Williams. Pourtant, il s’agit d’une vraie satisfaction pour Terry Gilliam qui sortaient des échecs impitoyables de Brazil (9,9M$) et du Baron de Munchausen (8M$). En réalité, hors des films qu’il réalisa pour les Monty Python, The Fisher King est le second plus gros succès de l’auteur, derrière L’armée des 12 singes qui n’avait engendré que 57M$ aux USA. The Fisher King réalisa approximativement les mêmes recettes que Thelma et Louise, ainsi que Point Break, se détachant de nombreuses grosses productions de son époque comme Les Doors (34M$)

En France…

Terry Gilliam a longtemps profité d’un statut de cinéaste immanquable pour les cinéphiles français. Brazil, Munchausen, L’armée des 12 singes et bien d’autres, connurent de belles réceptions public et critique, en particulier dans les circuits des grandes villes étudiantes. Avec 693 000 entrées en France et 300 000 entrées parisiennes gagnés sur du long terme, The Fisher King, film d’auteur prestigieux, a connu une carrière sur la durée, avec une cinquantaine de semaines à l’affiche sur la capitale où il est resté longtemps confiné à quelques séances au cinéma Le Cinoche.

The Fisher King, photo 6

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Sorti une semaine creuse, celle du 2 octobre, il bénéficie d’un circuit raisonnable de 27 écrans. Son premier jour est médiocre (6 775) quand les nouveautés Mohamed Bertrand-Duval d’Alex Métayer (1 696 entrées, 13 salles) et surtout Prospero’s Book, chef d’œuvre de Peter Greenaway (1 663 dans seulement 6 cinémas), n’étaient finalement pas si loin derrière.

A l’issue de sa première semaine parisienne Fisher King est 2e avec 63 484 spectateurs. Le film s’est envolé vers un quasi sommet puisqu’en pôle position l’on retrouve le blockbuster pompier de Ron Howard, Backfire en 2e semaine (67 028 entrées, 45 écrans). On notera que Gilliam devait aussi affronter une œuvre au public similaire, à savoir Barton Fink, palme d’or des Coen qui célébrait sa 2e semaine dans seulement 22 salles avec 43 126 entrées. Au niveau de l’art et essai, Greenaway sera l’autre trublion avec le score remarquable de Prospero’s Book, à savoir 12 720 entrées dans 6 cinémas.

The Fisher King, photo 7

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

Très stable (58 893 entrées), avec 3 salles de plus (il passe à 30), notre Fisher King s’éprend de la première place en deuxième semaine. 1991 était une année de faible taux de remplissage des salles, en raison de la crise du cinéma qui avait considérablement réduit le nombre de sorties hebdomadaires et d’écrans en France. On notera que cette semaine-là, un petit nouveau entrait timidement en 11e place, The Indian Runner d’un certain Sean Penn (16 457 curieux en première semaine).

L’arrivée des vacances scolaires marque forcément la propulsion de titres américains vendeurs (Terminator 2, phénomène de société à 402 166 entrées en première semaine parisienne, grâce à ses effets spéciaux révolutionnaires, mais aussi Croc Blanc) et d’une grosse production hexagonale (Les amants du Pont Neuf de Carax). Terry Gilliam voit son œuvre décliner de 32% (40 173, total de 162 550). Mais qu’importe, elle a encore de très beaux jours devant elle puisqu’elle doublera presque ce score en toute fin. Les semaines suivantes, Robin Williams attirent encore 34 105, 19 312, 16 422, 11 272, 9 096, 6 386… C’est bon d’être un roi chez les outsiders.

En France, dans sa globalité, le succès ne sera pas moindre. Si le film n’atteindra que la 4e place française, en raison de la présence persistante de productions estivales plus commerciales devant lui, Fisher King restera 9 semaines dans le top 20, démontrant la même logique de carrière sur la durée.

Le test Mediabook :

Fisher King, mediabook

© 1991 TriStar Pictures Inc. / © 2021 Wild Side Vidéo. Tous droits réservés.

L’éditeur Wild Side Vidéo sort le film dans un Mediabook de toute beauté qui redonne ses lettres de noblesse à ce qui restera comme l’une des grandes réussites du réalisateur culte Terry Gilliam. Test réalisé à partir du produit définitif.

Compléments & packaging : 4,5 / 5

En ce qui concerne le packaging, nous pouvons décerner la note maximale puisque l’objet collector est de toute beauté. Tout d’abord, la jaquette met en avant le sublime chevalier rouge et fait donc honneur à l’esthétisme du film. Ensuite, le Mediabook contient un superbe livret central d’une cinquantaine de pages richement illustrées par des documents d’archives, des photos de tournage et des storyboards, ainsi qu’un texte intéressant de Frédéric Albert Lévy. On peut seulement regretter que le contenu du livre ne se concentre que sur la création du film et non sur sa réception à sa sortie.

The Fisher King, photo 3

© TriStar Pictures Inc. – Edition vidéo 2021 © Wild Side. Tous droits réservés

En ce qui concerne les bonus vidéo, on est particulièrement satisfait de l’entretien (35 minutes) mené par Albert Dupontel avec un Terry Gilliam toujours aussi joyeux. Réalisé pendant la période de confinement, l’entretien ne souffre pas trop du dispositif par ordinateur et le maître se livre sans retenue sur ce film dont il a apprécié le tournage. Il en profite pour rendre hommage au talent des acteurs et du scénariste Richard LaGravenese.

On est également heureux de retrouver Robin Williams dans un entretien consacré au métrage datant de 2006. Celui-ci en profite pour dire qu’il s’agit de l’un de ses films préférés au sein de sa filmographie et donne des précisions sur le tournage. Témoignage précieux, donc. Enfin, l’éditeur nous fournit plusieurs petits documents d’archives (muettes) sur les répétitions entre les acteurs, les essais de maquillage et de costumes, ainsi que les effets spéciaux liés au chevalier rouge.

L’image du Blu-ray : 4,5 / 5

Très belle copie proposée par l’éditeur qui bénéficie d’un transfert de haute tenue, gardant notamment un léger grain cinéma. On notera la beauté des éclairages lors des séquences dans les souterrains et bien entendu celles qui mettent en scène le chevalier rouge. Le piqué est plutôt de qualité, même si le rendu est parfois un peu flou sur certains visages. Rien de rédhibitoire dans tous les cas.

Le son du Blu-ray : 4 / 5

Le Blu-ray possède une piste son anglaise en DTS Master Audio 5.1 qui permet de donner une plus grande ouverture au spectre sonore, notamment lors des interventions du chevalier rouge. Le film étant majoritairement intimiste, on ne peut pourtant pas parler d’une explosion sonore. La version française n’est disponible qu’en DTS Master Audio 2.0 pour un rendu un peu plus frustre, mais qui conserve un vrai confort de visionnage.

Critique du film et test du Mediabook : Virgile Dumez

Analyse du box-office : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 2 octobre 1991

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Fisher King, l'affiche

© TriStar Pictures Inc. / Affiche : Jacques Fabre. Tous droits réservés.

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