Elle : la critique du film (2016)

Thriller | 2h10min
Note de la rédaction :
10/10
10
Affiche de Elle de Paul Verhoven, avec Isabelle Huppert

  • Réalisateur : Paul Verhoeven
  • Acteurs : Laurent Lafitte, Isabelle Huppert, Charles Berling, Virginie Efira, Jonas Bloquet, Anne Consigny, Judith Magre
  • Date de sortie: 25 Mai 2016
  • Nationalité : Français, Allemand
  • Scénaristes : David Birke, Harold Manning, d'après le roman de Philippe Djian
  • Distributeur : SBS Distribution
  • Éditeur vidéo : TF1 Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 4 octobre 2016 (DVD + Blu-ray)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 636 312 entrées (France) / 192 945 entrées (Paris-périphérie)
  • Box-office USA (nord-américain) : 2 341 534 $
  • Festivals : Festival de Cannes 2016 : compétition officielle
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans
  • Récompenses : César 2017 : Meilleur film, meilleure actrice - Prix du Syndicat français de la critique de cinéma 2016 - Golden Globes 2017 : Meilleur actrice dans un drame, Meilleur film en langue étrangère
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 3/5]

Elle est une œuvre sulfureuse au climat étrange et au mélange des genres redoutable. Le film qui a marqué le grand retour de Paul Verhoeven a été un grand choc du Festival de Cannes 2016 et a offert un autre grand rôle de maturité à Isabelle Huppert.

Synopsis : Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer…

L’indestructible

Critique : Adapté d’un roman de Philippe Djian par les scénaristes David Birke et Harold Manning, Elle faillit être tourné aux États-Unis mais la réticence des actrices américaines à accepter le projet persuada Verhoeven de le réaliser en France, d’autant plus qu’Isabelle Huppert, très motivée pour incarner Michèle, éprouvait une grande admiration pour le cinéaste néerlandais. La grande réussite du film réside dans la capacité de Verhoeven à rester fidèle à son univers, tout en auréolant son récit d’une french touch savoureuse, confortée par l’adhésion totale des comédiens et de l’équipe artistique et technique. Si les codes du « drame psychologique » et du thriller sont convoqués, Verhoeven mise sur les effets en trompe-l’œil et l’interprétation à multiples niveaux, échappées fantasmatiques et rationalité de Cluedo étant imbriquées. Elle rejoint alors ces fascinantes mises en abyme que furent Belle de Jour (Luis Buñuel, 1966), Le Locataire (Roman Polanski, 1976) ou Lemming (Dominik Moll, 2005).

Une ambiance d’ambiguïté continuelle imprègne ainsi l’histoire, qui navigue entre réalisme et fantastique, action et suggestion, gravité et farce grandiose, sans jamais être explicative. « L’explication, c’est le spectateur qui doit se la faire, à partir des éléments qu’on lui a donnés, sans que l’un d’entre eux justifie tout à lui seul », a déclaré le cinéaste. Et ces éléments narratifs ne manquent pas, du traumatisme d’enfance avec un père assassin au malaise affectif que ressent Michèle en présence de son ex-mari (Charles Berling), son amant (Christian Berkel), son fils adulte (Jonas Bloquet), sa mère (Judith Magre), sa meilleure amie (Anne Consigny), et surtout ses troublants voisins (Laurent Lafitte et Virginie Efira), d’une normalité faussement rassurante.

Elle est un sommet dans la filmographie de Paul Verhoeven et la carrière d’Isabelle Huppert

En fait, c’est surtout en continuité de son propre cinéma, violent et ironique, glacial et percutant, qu’il faut situer cet opus de Verhoven. L’incrustation de documents parallèles (la reconstitution de l’émission télévisée Faites entrer l’accusé) fait écho aux faux reportages de Starship Troopers, l’univers du jeu vidéo n’est pas sans rappeler RoboCop, et le personnage campé par Huppert aurait sa place dans la galerie des perverses créatures de Basic Instinct ou Showgirls. Il n’est pas superflu de préciser que l’actrice est une fois de plus prodigieuse, arrivant à surprendre tout en jouant un nouveau rôle de névrosée cynique et ironique, dans l’esprit de La Pianiste (Michael Haneke, 2001).

Cette œuvre sulfureuse au climat étrange et au mélange des genres redoutable a été un grand choc du Festival de Cannes 2016 et il est surprenant de ne pas l’avoir trouvée au palmarès. Mais Elle connut une jolie carrière en salles et fut auréolé d’une belle série de récompenses, dont le César du meilleur film, le Prix du Syndicat français de la critique de cinéma, et le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Quant à notre Huppert nationale, elle décrocha son second César, le Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame, et faillit recevoir l’Oscar de la meilleure actrice pour lequel elle était nommée.

Critique de Gérard Crespo

Sorties de la semaine du 25 mai 2016

Affiche de Elle de Paul Verhoven

Design affiche : Monsieur X © Photo Guy Ferrandis / SBS Productions © 2015 – SBS Productions – SBS Films – Twenty Twenty Vision Filmproduktion – France 2 Cinéma – Entre chiens et loups. Tous droits réservés

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