Suite inutile, Black Phone 2 conserve une esthétique sombre convaincante, mais pâtit d’une intrigue inintéressante et cousue de fil blanc. On s’ennuie ferme.
Synopsis : Depuis son enlèvement, Finney, aujourd’hui âgé de 17 ans, éprouve beaucoup de mal à reprendre le cours d’une vie normale, alors que rien ni personne ne saurait arrêter Gwen, sa sœur de 15 ans. Mais le sinistre téléphone se met à sonner dans les rêves de l’adolescente, où elle voit sans cesse trois garçons se faire pourchasser dans un camp de montagne appelé Alpine Lake. Déterminée à mettre fin à ces cauchemars et à en percer le mystère, Gwenn persuade son frère de se rendre sur place, malgré le blizzard qui frappe la station.
Les griffes de l’ennui
Critique : Après le succès de Black Phone (2021) qui a rapporté plus de 160 millions de dollars à l’international pour une mise de départ de 16 M$, Scott Derrickson n’a tourné qu’un sketch pour l’anthologie V/H/S 85 (2023) et un film pour Apple intitulé The Gorge (2025). Initialement, il n’envisageait pas de donner une suite à son thriller teinté de fantastique, mais l’écrivain Joe Hill (le fils de Stephen King) lui a proposé de développer une idée originale et de faire de la suite un pur film fantastique, cette fois-ci seulement teinté de thriller.

© 2025 Universal Studios. All Rights Reserved.
Puisque l’Attrapeur est décédé dans le précédent volet, l’idée de cette suite est d’en faire un croquemitaine dans le style de Freddy Krueger, une référence évidente puisque toutes les scènes horrifiques de Black Phone 2 se déroulent dans les rêves de la jeune Gwen, toujours interprétée par Madeleine McGraw.
Une thématique religieuse trop appuyée
Le métrage commence plutôt bien, avec une ambiance sombre typique du cinéaste. Celui-ci retrouve ainsi l’esthétique crasseuse de ses précédents films d’horreur, continuant à utiliser un générique introductif à la Seven (David Fincher, 1995) et une musique industrielle très bruitiste. Pourtant, certains éléments interpellent au bout du premier quart d’heure. Ainsi, la figure du père qui était violent et alcoolique dans le premier fait place à un homme plus posé, tolérant et surtout sobre, toujours incarné par Jeremy Davies. Certes, une rédemption est toujours possible dans la vie, mais on a du mal à croire que ses enfants se comportent aussi gentiment avec lui après les coups de ceinture reçus dans le premier opus.
En fait, le personnage s’inscrit pleinement dans la démarche d’un réalisateur qui milite toujours pour la croyance en une force supérieure et bénéfique. La thématique religieuse a sans cesse été présente au cœur de l’œuvre de Derrickson, mais elle est ici omniprésente. Après tout, toute l’histoire qui va suivre n’a qu’un seul but : offrir une sépulture décente aux enfants assassinés par le diabolique Attrapeur. Dès lors, le danger n’est guère palpable dans un film où tous les événements horrifiques se déroulent dans les rêves d’une ado de 15 ans.
Un rythme languissant, comme assoupi
Si le cinéaste parvient à nous étonner lors de la première séquence de rêve tournée en Super 8 avec un gros grain et un son qui craque – réminiscence des films trouvés dans la maison de Sinister (2012) – Derrickson n’arrive pas à varier suffisamment ces séquences qui s’avèrent franchement répétitives. C’est d’autant plus dommage que le reste du film est constitué d’une suite de tunnels dialogués où l’intrigue n’avance qu’à petits pas. En fait, le spectateur un peu aguerri comprendra les tenants et aboutissants de cette histoire au moins une heure avant les personnages. Dès lors, le temps paraît bien long, d’autant que le body count est extrêmement limité, voire inexistant.

© 2025 Universal Studios. All Rights Reserved.
Cette fois-ci, Scott Derrickson ne peut pas non plus compter sur le jeu de Mason Thames dont le rôle est nettement moins intéressant que dans le précédent. Les trois héros adolescents sont bien mignons, mais ils n’arrivent pas à dépasser le stade d’un jeu un peu trop lisse. Comme le film confine son intrigue dans une station hivernale déserte et coupée du monde par une tempête de neige, le peu de rebondissements assomme un peu plus un spectateur déjà passablement endormi.
Certes, l’ambiance du film demeure sombre de bout en bout et le cinéaste ne trahit aucunement l’esthétique générale de ses productions précédentes, mais il oublie ici d’insuffler du rythme à ce long pensum religieux qui aurait pu se passer de vingt bonnes minutes pour être plus efficace. Les deux heures qu’il nous inflige ici sont bien trop longues pour le peu qu’il a à raconter. La déception est donc de mise après un premier opus qui nous avait plutôt convaincu.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 15 octobre 2025

© 2025 Universal Studios / Affiche : LA ; Photographie de Cullin Tobin. All Rights Reserved.
Biographies +
Scott Derrickson, Demian Bichir, Ethan Hawke, Mason Thames, Madeleine McGraw, Jeremy Davies, Miguel Mora
Mots clés
Cinéma américain, Epouvante-horreur, Franchise : Black Phone, Les rêves au cinéma, Les enfants maltraités au cinéma