Coline Serreau est une féministe portée par le théâtre, l’écologie, le social, et l’humain. Elle est aussi la réalisatrice de 3 hommes et un couffin, Meilleur film aux César en 86, et phénomène de société aux 10 millions d’entrées France. Une très grand dame.
Coline Serreau vient des planches. C’est génétique. Elle est la fille d’un couple d’intellectuels, le papa étant lui-même metteur en scène de théâtre : Jean-Marie Serreau, fondateur de la Cartoucherie de Vincennes.
Libre penseuse, forte de ses études de lettres, mais aussi de musicologie, elle finit néanmoins par suivre des cours de théâtre.
En 1970, l’actrice Serreau démarre parallèlement une carrière sur les planches et au cinéma où on la voit dans Un peu, beaucoup, passionnément de Robert Enrico, avec Maurice Ronnet, qui sort en 1971. La même année, on l’aperçoit également dans La part des lions de Jean Larriaga. Un film de mecs avec Charlez Aznavour, Robert Hossein et Michel Constantin.
Eclectique, la Serreau, elle écrit et joue dans le premier spectacle de Coluche, mais interprète aussi Shakespeare.
L’envolée d’une intellectuelle issue du théâtre
En 1974, la jeune femme connaît un beau succès personnel dans On s’est trompé d’histoire d’amour de Jean-Louis Bertuccelli, qu’elle a co-écrit. Elle partage le haut de l’affiche avec Francis Perrin. A la télé, on la voit dans Dada au coeur de Claude Accursi. Et elle poursuit la longue production de Gardarem lo Larzac, documentaire écolo sur la mobilisation des agriculteurs dans le Larzac contre leur expulsion à l’annonce de l’extension du camp militaire du Larzac.
En fait, en 1975, la future réalisatrice de 3 hommes et un couffin est déjà de partout : au cinéma, elle est du succès de Jacques Rouffio Sept morts sur ordonnance, certes, un petit rôle. Au théâtre, elle joue dans La Citrouille de Jean Barbaud. Elle réalise un court de fiction pour la télé (Le rendez-vous) et un long métrage documentaire sur la condition féminine dans les années 70 (Mais qu’est-ce qu’elles veulent). Le documentaire social et féministe sortira au cinéma en 1978. Entre temps, on la voit notamment dans La communion solennelle de René Féret au magnifique casting collectif.
L’amour à trois, et pourquoi pas !
En 1977, la carrière de Coline Serreau passe une étape importante avec Pourquoi pas !, un ménage à trois incarné par Sami Frey, Christine Murillo et Mario Gonzales, dont l’objectif est de subvertir la notion de bourgeoisie. Avec 413 000 entrées au box-office, le succès interpelle. Coline Serreau voyage pour présenter cette œuvre à part qui ne trouvera son successeur qu’en 1982 avec Qu’est-ce qu’on attend pour être un heureux. Cette pure comédie sociale dans le milieu de la publicité, marqué par la truculence de l’autrice, s’accompagne d’un magnifique casting collectif de seconds couteaux : Bernard et Annick Alane, Evelyne Buyle, Romain Bouteille, Michel Berto, Laure Duthilleul, Henri Garcia, Tanya Lopert… Cette production Raymond Danon et Guy Verrecchia est toutefois une déception au box-office.

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Une femme, 3 hommes, un couffin et dix millions de spectateurs
Il faudra donc trois ans pour que Coline Serreau puisse sortir son projet suivant : 3 hommes et un couffin que la plupart des producteurs refusent. Dans la France patriarcale des années 80, la comédie sur trois mecs célibataires devant s’occuper du jour au lendemain d’un bébé abandonné sur le pas de leur porte, vire au phénomène de société qui rompt avec la routine des séducteurs balourds en tête d’affiche : le film sort sans crier gare et restera à l’affiche pendant un an : 10 millions d’entrées en France et 2 200 000 entrées à Paris Périphérie. Le film est lauréat de trois César dont le Meilleur film ; il sera remaké par Disney, avec des vedettes nord-américaines (Steve Guttenberg, Tom Selleck Ted Danson). Serreau est un temps attachée à la réalisation, mais les désaccords avec Hollywood lui font quitter le projet.
Par la suite, Coline Serreau enchaîne les projets que l’on qualifierait, avec du recul, de “bobo” : Romuald et Juliette, avec Daniel Auteuil et Firmine Richard, présente un homme d’affaires aculé contraint de vivre chez sa femme de ménage noire, dans un HLM de la France des années 80. Le succès est bien moindre, avec seulement 856 000 entrées, mais les critiques globalement favorables.
Une cinéaste écolo en avance sur son temps
En 1992, elle évoque le chômage dans La crise où elle développe la fibre sociale et contestataire de Vincent Lindon, son alter ego masculin. La comédie avec Patrick Simsit et Zabou Breitman est un beau succès durant les fêtes de fin d’année, en 1992. Pas moins de 2 354 000 spectateurs se pressent pour la découvrir. Pour la deuxième fois, la réalisatrice est gratifiée du César du Meilleur scénario, en 1993, mais elle ressort déçue de cette soirée de remise de prix, le film à succès était nommé dans 7 catégories.
En 1996, Coline Serreau livre une fable écologique où elle donne la réplique à Vincent Lindon : La Belle verte, trop en avance sur son temps, est un flop au box-office avec 773 000 spectateurs pour un budget à l’époque très élevé. Il connait néanmoins une reconnaissance du public des décennies plus tard via internet et les réseaux sociaux où sa thématique écolo et anti-consumériste lui valent d’être cité. La belle verte devient tout simplement culte !
#MeToo : Coline Serreau a 20 ans d’avance
En 2001, Coline Serreau est en colère et délivre son œuvre la plus sombre, sur la thématique des réseaux de proxénétisme et de l’esclavagisme sexuel. Chaos, avec Lindon et Catherine Frot, est encore en avance sur son temps. Le drame révèle les talents de Rachida Brakni en prostituée bastonnée et mise en abatage ; elle ressortira de cette expérience forte d’un César du Meilleur espoir féminin. Cette œuvre phare d’une femme en guerre contre le patriarcat préfigure de 15 ans la révolution MeToo, ébranlant la toxicité de toutes les formes de patriarcat, qu’il soit religieux, bourgeois, capitaliste. Le brûlot égratigne toutes les classes sociales.
Dix-huit ans après, le naufrage ?
En 2002, Coline Serreau réunit à nouveau le casting de 3 hommes et un couffin (André Dussollier, Michel Boujenah, Roland Giraud, Philippine Leroy-Beaulieu) pour une suite intitulée 18 ans après, l’un de ses moins bons films. Les critiques sont réticents, le public aussi, avec seulement 1 550 000 entrées, soit près de 9 millions d’entrées perdues depuis le premier film. Artistiquement, c’est un peu le naufrage.
Saint-Jacques… La Mecque de Coline Serreau, avec Artus De Penguern, Muriel Robin, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Legitimus, Nicolas Cazalé, et Marie Bunel trouve un succès d’estime en 2005, même si la comédie de Compostelle ne trouve pas un écho consensuel auprès de la critique. L’exercice est sympathique.
Toujours active au théâtre dans les années 2000-2010, Coline Serreau s’éloigne peu à peu du cinéma dans les années 2010. Elle signe deux documentaires qui seront exploités en salle. Le premier, Solutions locales pour un désordre global, d’après son propre essai publié chez Actes Sud, elle s’interroge au cœur du chaos économique du monde, sur les solutions locales à apporter. Ce point de vue altermondialiste trouve un succès formidable dans les salles avec 238 000 entrées, sur plus d’un an. Le second documentaire, Tout est permis (2014) s’intéresse aux stages de récupération des points de ceux qui ont perdu leur permis de conduire. Aussi pertinent soit-il, il ne trouvera pas le même écho (14 000).
Coline Serreau se livre sur scène
Dans la foulée, Coline Serreau réalise également quelques téléfilms dont Pierre Brossolette ou les passagers de la lune, biopic autour du résistant Pierre Brossolette.
Un temps envisagé pour diriger le théâtre de Nevers, Coline Serreau poursuit ses combats contre les inégalités. Dans #Colineserreau , (éd. Actes Sud, 2019), la femme et créatrice se livre à travers des mémoires fragmentaires, en 23 # où elle évoque ses combats et engage une réflexion collective. Dans les années 2000, elle part à la rencontre du public, sur scène, dans La Belle histoire (2024), dans lequel elle prolonge son exercice autobiographique et militant.
Filmographies de Coline Serreau
(Réalisatrice, longs métrages)
- 1975 : Mais qu’est-ce qu’elles veulent ? (documentaire)
- 1977 : Pourquoi pas !
- 1982 : Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux !
- 1985 : Trois Hommes et un couffin
- 1989 : Romuald et Juliette
- 1992 : La Crise
- 1996 : La Belle Verte
- 2001 : Chaos
- 2002 : 18 Ans après
- 2005 : Saint-Jacques… La Mecque
- 2010 : Solutions locales pour un désordre global (documentaire)
- 2014 : Tout est permis (documentaire)

© Philippe by Spadem, Photo : M. Rougemont pour l’agence Tactics.