Brigitte Borghese

Actrice
Brigitte Borghese dabs Je prends la chose du bon côté de Michel Gérard

Personal Info

  • Nationalité : Française
  • Date de naissance : 1955 (Israël)
  • Date de décès : 9 février 2013, à Paris (France)
  • Nom de naissance : Tamar Elkayam
  • Crédit : Brigitte Borghese dabs Je prends la chose du bon côté de Michel Gérard - Copyrights : Imp.Ex.Ci.

Biographie

Note des spectateurs :

Brigitte Borghese est une actrice française connue par les amateurs de cinéma bis des années 70 et 80. Et une icône de CinéDweller depuis nos années 80.

Brigitte Borghese est connue de tous ceux qui ont vécu les années 70 dans leurs avatars coquins ou les années VHS de la décennie 80. L’actrice franco-israélienne était alors omniprésente dans des productions bon marché ou sa féminité agressive de vamp dominatrice correspondait parfois à sa réputation de mangeuse d’hommes. Pour la femme d’un grand flic du patrimoine français, on n’en attendait pas moins.

Tamar ElKayam, Brigitte de Borghers, Brigitte Borghese, Britt Anders, Britta…

Amatrice de cinéma et de glamour depuis le plus jeune âge, on surnomme la jeune Tamar Elkayam « Hollywood » en pension, en Israël. Elle se dirige vers le théâtre et est amenée à faire de la figuration pour Menahem Golan dans Margo Shelo (My Margo). Elle est alors adolescente ; Israël où elle a fait ses deux ans d’armée semble trop restreint pour satisfaire ses envies de domination des écrans.

Elle quitte son pays pour l’Europe et notamment la France des années 70.  Elle suit le cours Simon où elle se démarque des autres comédiennes de par sa carrure particulièrement plus mature que les filles de son âge, un taille guêpe, une silhouette de vamp. Un physique désirable qu’elle aime valoriser.

Un physique hors norme qu’elle a su exploiter

A une époque où la production hexagonale se déshabillait énormément, Brigitte Borghese n’a pas honte de son corps et, parfaitement à l’aise avec ses formes, devient l’icône de films de cinémas de quartier, trouvant chez Jean Rollin et bien plus tard Norbert Moutier une vraie légitimité qui fera d’elle une actrice adulée au-delà des décennies de son activité concentrée sur les années d’un cinéma populaire décomplexé.

Repérée en 1972 par le producteur de Les remparts de Beguignes, de Guy Casaril, elle doit finalement se retirer du tournage en raison d’une rivalité avec l’actrice Nicole Courcel, qui selon Brigitte Borghese, lui reprochait de l’éclipser.

Elle enchaîne ensuite chez Michel Gérard dans Je prends la chose du bon côté. Pour mémoire, Gérard est l’un des futurs papes du cinéma franchouillard  (1973). Il offrira à Florent Pagny l’un de ses premiers grands rôle au cinéma dans Blessure, en 1985. Un film essentiel dans sa carrière, même si Gérard préfère prendre un pseudo (Marc Ollivier), pour ne pas se griller dans les productions tous publics auxquelles il se prédestine.

Brigitte Borghese dabs Je prends la chose du bon côté de Michel Gérard

Copyrights : Imp.Ex.Ci.

Une filmographie invariablement érotique

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, le chef-opérateur Guy Maria dirige Brigitte de Borghers dans Quand les filles se déchaînent. Le film ne sort qu’après un long imbroglio avec la commission de censure qui l’a dans un premier temps, interdit. Brigitte Borghese est en haut de l’affiche du second long métrage du réalisateur, le film érotico-fantastique Des filles expertes en jeux clandestins, produit par la futur boîte spécialisée dans le porno EuroProdis. Les deux films sortent à un mois d’intervalle, en 1974. Brigitte se fait alors appeler Brigitte de Borghers.

Les ardentes, La bonzesse… des classiques

En juin 1974, elle se démarque dans Les ardentes de Henri Sala. La production érotique, où les amazones françaises montent au créneau, permet au cinéaste de démarrer en salle une carrière qui tournera au cinéma pornographique pur. Outre Brigitte Borghese, on retrouve dans les premiers rôles féminins Monique Vita et Anne Libert.

Avec La bonzesse de François Jouffa, distribué cette même année, Brigitte Borghese est dans un vrai succès du box-office et un futur film culte, pourtant interdit en salle pendant quelques mois. Les éditions Montparnasse l’immortaliseront en DVD, à la fin des années 2010.

Quelques mois plus tard, les cinémas spécialisés dévoilent Brigitte Borghese dans l’ultime film de Jean Bastia, Et mourir de désir. Un choix surprenant pour ce cinéaste des années 50 et 60, spécialisé jusqu’ici dans la comédie populaire ; il tournait là son seul long érotique. Notre Brigitte B. joue alors sous le pseudo de Britt Anders. Karen Olsen tient le premier rôle féminin.

Jean Rollin, l’homme qui aimait la femme

Toujours en 1974, Borghese tourne pour Jean Rollin dans Tout le monde il en a deux!, comédie érotique célèbre que le cinéaste connu pour ses errances de vampires lesbiennes, propose sous le pseudo de Michel Gentil. Elle ne retrouvera l’auteur que bien tard à l’occasion du succès européen du thriller érotique Les trottoirs de Bangkok, en 1984. Dans ce dernier, elle y incarne un rôle iconique, à l’américaine, qui sied bien à la carrure forte qu’elle aime exhiber à l’écran, celle d’une femme dominatrice qui finira flinguée… au pieu. Ou du moins, en pleine action lors d’ébats sur canapé. Sa complicité avec Jean Rollin est totale. En 1984, l’actrice soulignera l’absence de misogynie du réalisateur écrivain qui, curieusement, n’exploitera jamais ses talents dans le fantastique, son genre de prédilection, un domaine dans lequel Brigitte l’irréelle aura peu été employée.

Les trottoirs de Bangkok; affiche du film de Jean Rollin

Copyrights : Imp.Ex.Ci. – Les Films ABC

Michel Lemoine dirige Brigitte Borghese dans Les petites saintes y touchent, en 1974, un nouvel étalon érotique dans sa filmographie qui prend du volume. Enième rencontre cinématographique.

La tentation du (faux) cinéma mainstream avec Miou-Miou et Peter Cushing

Cette même année on retrouve Brigitte Borghese dans La grande trouille, production Christian Fechner et Claude Berri avec un beau budget. Le divertissement loufoque est faussement mainstream ; il est connu sous le titre Tendre Dracula. Dans cette comédie fantastique, Brigitte Borghese en secrétaire, figure dans l’un de ses films les plus prestigieux, puisqu’apparaissent au générique les noms de Peter Cushing, Miou-Miou, Bernard Menez et Julien Guiomar. Mais Brigitte Borghese n’a pas la chance de donner la réplique à Cushing ; elle sert plutôt de faire-valoir  aux vedettes françaises, comme le jeune Bernard Menez. L’échec au box-office est tel que cette mésaventure sera l’unique essai à la réalisation du fameux producteur et proche de Claude Berri Pierre Grunstein (Tchao Pantin, L’ours, Jean de Florette…).

En 1975, la B.B. du bis tient ensuite un petit rôle dans la comédie sexy Le commando des chauds lapins, connue également sous le titre de Touchez pas à mon capital ou Des secrétaires… très particulières.

Jamais avare en rencontres cinématographiques, Brigitte Borghese tourne pour Jean-Claude Laureux, l’ingénieur du son fétiche de Louis Malle, Kieslowski et Anne Fontaine. Laureux remportera deux César (Au revoir les enfants, Trois couleurs : Bleu). La seule réalisation de Laureux, Les bijoux de famille avec Françoise Brion, relève de l’érotisme, évidemment. Cette production de Vincent Malle, le frère de Louis, et du roi du porno français Francis Mischkind, mettra un terme à ses ambitions de cinéaste. L’interdiction totale du film par la commission est levée par le ministre de la Culture de l’époque.

Autre film érotique de son improbable carrière : Hippopotamours, de Chistian Fuin ; il sort en 1976. Christophe Bier, dans son anthologie du cinéma X français, le décrit comme un OVNI libertaire de fort mauvais goût.

Les brésiliennes du Bois de Boulogne, un classique du cinéma nos par Robert Thomas

Copyrights : Les Films Jacques Leitienne

Après la pause, du cinéma franchouillard

Brigitte Borghese fait une pause pendant quelques années. La vie privée de la star de l’érotisme semble l’emporter sur sa carrière. Mais, le cinéma dans la peau, elle revient en forme au milieu des années 80 dans des films bien connus. Outre Les trottoirs de Bangkok de Rollin, on la retrouve chez Robert Thomas (Mon curé chez les nudistes). Elle est l’une des Brésiliennes dans Les Brésiliennes du bois de Boulogne, comédie Z et érotique avec Chantal Ladesou qui fait un caméo en prostituée. Le nanar que d’aucuns trouveront désolant n’a pas été tourné à Paris, évidemment, mais autour dans le parc d’un château anonyme en banlieue parisienne. Il s’agissait de l’une de nombreuses productions maison des Films Jacques Leitienne. L’économie de budget était totale.

En 1985, alors que le cinéma franchouillard commence à trépasser, Borghese est pourtant chez Balducci. Dans Le Facteur de Saint-Tropez, elle figure dans un casting bien connu des amateurs : Paul Préboist, Henri Genès, Galabru, Marion Game, mais aussi la « morte-vivante » de Rollin, Françoise Blanchard. Cette même année pour Jean Rollin/Michel Gentil, elle-même femme de flic à la ville incarne ironiquement une commissaire de caractère dans la comédie très rare Ne prend pas les poulets pour des pigeons, avec des apparitions de Popeck, Galabru… C’est un four intégral, assez désolant sur un plan qualitatif, et préjudiciable pour Brigitte Borghese qui le premier rôle féminin avec sa conviction d’actrice qui force le jeu.

Le film suivant sera encore une comédie, La peau de l’ours n’est pas à vendre, avec la grande Florence Guérin. Le mystérieux objet filmique de l’étonnant Jean Jabely est sorti à La Rochelle exclusivement. Il semblerait inédit en VHS et totalement invisible aujourd’hui. Pour Brigitte, cela sera son ultime film à connaître une sortie salle, même si la première collaboration de l’actrice avec Norbert Moutier, Opération Las Vegas, aurait été exploité sur quelques écrans de province à la fin des années 80. La peau de l’ours nourrit les fantasmes de Nanarland.

La femme de flic pose nue et fait scandale

En 1987, Brigitte Borghese pose nue pour Playboy et fait la Une du magazine. Alors épouse de Lucien Aimé-Blanc (patron du CRPJ de Marseille, ponte de la police française, connu pour l’arrestation de Mesrine et le démantèlement de la French Connection, et disparu en 2020), elle est alors Brigitte Aimé-Blanc. Le temps d’un scandale, elle est hype et participe à Bains de minuit de Thierry Ardisson, une émission culte qui savoure les polémiques. La même année en 1987, c’était l’épouse de Jean-Marie LePen qui avait fait un coup semblable au gourou de l’extrême droite française dans la version française du magazine cochon américain.

Fin de carrière dans le Z pur chez Norbert Moutier

Alors que se rapproche la quarantaine, les choses se compliquent dans la vie de Brigitte Borghese dont la carrière professionnelle désormais se limitera à des rôles volontairement improbables chez Norbert Moutier, alias N.G. Mount. Le réalisateur de Mad Mutilator, fervent serviteur du cinéma bis, proche de Jean Rollin, et tenancier d’une librairie et vidéo-club culte dans IXe arrondissement de Paris, connu chez les aficionados de cinéma alternatif pour ses Monster Bis, l’emmène aux USA pour tourner le film d’action Opération Las Vegas. Dans la verve du cinéma d’Eurociné, avec encore moins de moyens, l’action movie à vocation internationale, est un pur produit de l’ère VHS. A bout de souffle, on y retrouve l’acteur Richard Harrison qui venait de consacrer l’intégralité des années 80 aux projets les plus formidablement nuls (La guerre du pétrole pour Eurociné, Ninja Terminator, Hitman le cobra, Diamond Ninja Force…).

Opération Las Vegas de Norbert Moutier, avec Brigitte Borghese

Copyrights : NM International Films Inc.

Cette série Z, Norbert Moutier essaiera d’en faire une suite dans les années 2000, autour du personnage de « Britta », mais la mort de l’actrice de façon prématurée, en raison d’une crise cardiaque, mettra un terme à ce projet fou. Entre-temps, Norbert Moutier a fait de Brigitte Borghese sa muse dans les années 90 avec Trepanator (1991) et Le syndrome d’Edgar Poe. Le filmage est vidéo et l’on retrouve tous les amateurs de cinéma bis qui gravitent autour de la sphère du poète singulier qu’était Norbert Moutier, l’une des personnalités les plus attachantes du cinéma bis français.

Le cinéaste envisage un Death Camp avec Brigitte, mais le tournage ne peut s’achever. Il avait trouvé sa Sybil Danning, sa Dyanne Thorne, sa maîtresse dominatrice d’un cinéma décomplexé et fauché où l’ancien sex-symbol des années 70 et 80, ou pour reprendre ses références en 1984, lorsqu’il interviewait déjà l’actrice, sa « Diana Dors » ou « Dominique Wilms »…

Depuis, Rollin est mort. Norbert Moutier aussi. On pleure encore la perte de Brigitte Borghese et de cette époque. Paix à leurs âmes tourmentées.

Frédéric Mignard  

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