Biopic sépulcral, Maria de Pablo Larraín s’intéresse aux derniers jours de la Callas dans un style sombre qui échappe de justesse à l’académisme. Angelina Jolie y livre une prestation remarquable.
Synopsis : La vie de la plus grande chanteuse d’opéra du monde, Maria Callas, pendant ses derniers jours dans le Paris des années 1970.
Le dernier volet d’une trilogie de biopics au féminin
Critique : Depuis plusieurs années, le cinéaste chilien Pablo Larraín semble abonné au genre du biopic qui le passionne véritablement. Après avoir rendu hommage au poète Neruda (2016), il a entamé une trilogie consacrée aux grandes femmes du 20ème siècle comprenant Jackie (2016) sur Jackie Kennedy, Spencer (2021) sur Lady Di et boucle son périple historique avec Maria (2024), consacré aux derniers jours de la Callas. Pour ce dernier film, il retrouve le scénariste britannique Steven Knight avec qui il a déjà travaillé sur Spencer.

© 2024 The Apartment, Komplizen Film, Fabula, FilmNation Entertainment, Fremantle / Photographie : Pablo Larrain. Tous droits réservés.
Le but des deux hommes était de se concentrer sur la dernière semaine de vie de la cantatrice, durant son retrait de toute vie publique à Paris (en grande partie tourné à Budapest, en Hongrie). Alors que celle-ci ressasse le passé, elle occupe son temps à rendre la vie de ses domestiques compliquée à cause de ses caprices de diva. Parallèlement, elle se gave de médicaments qui fragilisent un peu plus son état mental, elle qui est également atteinte d’une maladie dégénérative affectant ses cordes vocales.
Maria ausculte la femme derrière le mythe mondial
Dès le début, Maria entend se concentrer sur la femme derrière le mythe – ce qui explique le titre qui évacue son nom Callas, devenu trop lourd à porter, même pour elle. Certes, le spectateur assistera à quelques moments importants de son existence, dans des séquences en noir et blanc qui semblent quelque peu convenues, mais la quasi-totalité du long métrage se pare d’une ambiance de fin de vie. On sent cette femme de 53 ans arrivée au bout de son existence, notamment à cause d’une importante perte de poids, mais aussi d’un abus évident de médicaments.
Ainsi, Pablo Larraín s’intéresse aux derniers moments d’une femme qui a connu la gloire très jeune, qui a été adulée dans le monde entier pour son extraordinaire tessiture de voix et qui a connu le grand amour en rencontrant l’armateur grec Aristote Onassis, au point de mettre en pause sa carrière. Le cinéaste se pose donc une question essentielle : comment continuer à vivre après avoir connu l’apogée de son existence ? Et comment réagir lorsque tout le monde vous renvoie à votre passé glorieux, suggérant par-là que vous êtes fini ?
Vivre au milieu des fantômes du passé
Cette thématique très sombre donne sa tonalité quasiment automnale à ce long métrage qui célèbre à la fois une grande artiste, mais aussi une femme pleine de contradictions et hantée par les fantômes du passé. Dès lors, le cinéaste multiplie volontairement les ruptures esthétiques, proposant des plans amples filmés au grand angle pour les scènes contemporaines (en fait 1977), le noir et blanc pour les souvenirs, mais aussi des passages réalisés en Super 8 pour donner l’impression de documents réels pris sur le vif. A cela, il ajoute une couche supplémentaire avec des séquences fantasmées puisque la diva ne sait plus si ce qu’elle voit est réel ou généré par son imagination débordante.
Finalement, c’est davantage cette dimension fantastique qui attire le spectateur et sort le long métrage de la gangue du film académique à Oscars. Ce sont également ces moments qui permettent d’entrer en empathie avec une femme qui n’avait pas que des qualités sur le plan humain. Le tout bénéficie en tout cas d’une très belle photographie signée Edward Lachman, ainsi que d’une bande originale reprenant les airs les plus célèbres de la Callas. L’ajout du magnifique morceau An Ending (Ascent) de Brian Eno lors de la scène finale apporte une touche de grâce aux derniers moments vécus par la diva, en pleine ascension vers l’éternité.
Angelina Jolie au sommet de son talent d’incarnation
Bien entendu, le long métrage ne vaudrait pas grand-chose sans l’implication sans faille d’Angelina Jolie qui était absente des écrans depuis quelques années. Malgré son absence de ressemblance physique avec Maria Callas, la comédienne se consume devant la caméra et donne tout. Pour se préparer au rôle, l’actrice a même appris à chanter l’opéra et sa voix a été mixée avec celle de la diva. Le but était de rendre crédible les moments où elle donne de la voix, évitant ainsi le piège du playback artificiel. En tout cas, sa prestation est tout à fait impressionnante et mérite à elle seule le déplacement.

© 2024 The Apartment, Komplizen Film, Fabula, FilmNation Entertainment, Fremantle / Photographie : ARP Sélection. Tous droits réservés.
Dans les rôles secondaires, on notera la présence toujours convaincante de Pierfrancesco Favino en fidèle domestique, de Vincent Macaigne en médecin ou encore du comédien turc Haluk Bilginer, particulièrement juste en Aristote Onassis. Manquant sans doute d’audace dans sa progression narrative, Maria se distingue toutefois des biopics les plus académiques par un soin réel apporté à la réalisation, parfois proche de certains plans conçus par un cinéaste aussi brillant que Paolo Sorrentino. Malheureusement, Pablo Larraín n’est pas aussi inspiré que le maître italien et il est parfois capable d’aller au plus rapide, au détriment de son propre film.
Un film à Oscars dépourvu de récompenses
Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise en 2024, Maria a reçu un accueil mitigé de la part de la presse, même si les critiques ont généralement salué la performance d’Angelina Jolie. Ils ont dans l’ensemble reproché la grande froideur du film. Par la suite, le long métrage n’a eu le droit qu’à une nomination secondaire aux Oscars. Il faut dire que le biopic n’a été diffusé que sur plateforme de streaming aux States.
En France, le drame historique est arrivé sur nos écrans à partir du 5 février 2025 grâce au distributeur ARP Sélection qui lui a trouvé 356 écrans lors de sa première semaine d’exploitation. Le drame ne glane que 153 339 entrées pour une quatrième place hebdomadaire. Il s’agit assurément d’une déception, d’autant que le métrage perd près de 50 % de ses spectateurs en deuxième semaine avec seulement 78 132 retardataires sur un parc de copies plus important.
Maria, une déception commerciale
Afin de tenter d’endiguer l’hémorragie, le distributeur injecte un total de 460 copies sur tout le territoire, mais le biopic ne réunit que 48 957 amateurs d’opéra en troisième septaine. Il lui faut tout de même un mois pour franchir la barre symbolique des 300 000 tickets vendus, le métrage terminant sa course à 327 091 fans. C’est nettement en-deçà de Jackie qui avait séduit 462 597 spectateurs en février 2017.
Toutefois, Maria a connu une vaste carrière internationale qui lui a permis de glaner 25,3 millions de dollars de recettes mondiales. Comme le budget initial n’a pas été communiqué, il est difficile de savoir si le métrage a été rentable lors de son exploitation en salles.
Critique de Virgile Dumez
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© 2024 The Apartment, Komplizen Film, Fabula, FilmNation Entertainment, Fremantle / Affiche : Empire Design Tous droits réservés.
Biographies +
Pablo Larraín, Valeria Golino, Pierfrancesco Favino, Vincent Macaigne, Angelina Jolie, Lyes Salem, Alba Rohrwacher, Kodi Smit-McPhee, Haluk Bilginer
Mots clés
Cinéma italien, Cinéma allemand, Cinéma américain, Biopic, L’opéra au cinéma, La fin de vie au cinéma, Festival de Venise 2024, Oscars 2025