Une étrange affaire : la critique du film (1981)

Drame | 1h45min
Note de la rédaction :
7/10
7
Une étrange affaire, l'affiche

  • Réalisateur : Pierre Granier-Deferre
  • Acteurs : Gérard Lanvin, Nathalie Baye, Michel Piccoli, Jean-François Balmer, Jean-Pierre Kalfon, Dominique Blanchar
  • Date de sortie: 23 Déc 1981
  • Nationalité : Français
  • Scénaristes : Christopher Frank, Pierre Granier-Deferre, Jean-Marc Roberts, d'après son roman
  • Directeur de la photographie : Étienne Becker
  • Compositeur : Philippe Sarde
  • Distributeur : Parafrance
  • Editeur vidéo : P.V.W (Parafrance Video Worldwide) (VHS) / StudioCanal (DVD)
  • Sortie vidéo (DVD) : 21 septembre 2004
  • Box-office France / Paris-périphérie : 677 030 entrées / 306 471 entrées
  • Récompenses et Festivals : Prix Louis-Delluc 1981 / Ours d'argent du meilleur acteur pour Michel Piccoli au Festival de Berlin 1981 / César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Nathalie Baye en 1982 / Prix Jean-Gabin pour Gérard Lanvin
  • Format : 1.66:1 / Son : Mono
  • Crédits affiche : © 1981 StudioCanal Image / Affiche : Vincent Chaix © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.
Note des spectateurs :
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Film inconfortable qui dénonce le management moderne, Une étrange affaire est un drame troublant qui bouscule les certitudes du spectateur. Les acteurs y sont tous formidables.

Synopsis : Bertrand Malair, un homme autoritaire, énigmatique et charmeur, prend en main les magasins où végète Louis. Il lui confie la réorganisation du service publicité. Dès lors, Louis se voue corps et âme à son nouveau patron, délaissant sa femme qui le quitte bientôt…

Une plongée dans le milieu de l’entreprise moderne

Critique : Même si Le toubib (1979) a attiré plus de 1,7 million de spectateurs dans les salles, le long-métrage n’a pas laissé une trace impérissable dans les mémoires. Pierre Granier-Deferre opte alors pour ce qu’il sait faire de mieux : adapter des romans contemporains sur grand écran. Il s’empare en 1981 du prix Renaudot de l’année 1979, à savoir Affaires étrangères de Jean-Marc Roberts.

Pour écrire le script, il s’entoure de l’auteur, mais aussi de Christopher Frank, écrivain et scénariste renommé, spécialisé dans les ambiances torves et les personnages troubles. Le trio parvient à trouver un équilibre parfait entre dénonciation sociétale et étude de caractères. Effectivement, Une étrange affaire décrit par le menu un nouveau type de management venu tout droit des Etats-Unis (et que connaît parfaitement Jean-Marc Roberts dont le père dirigeait un grand magasin à Los Angeles). Le patron incarné avec beaucoup d’ambiguïté par l’excellent Michel Piccoli brise effectivement la barrière entre vie professionnelle et vie privée. Il ne cesse de solliciter ses collaborateurs à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, au prétexte de souplesse dans la gestion du travail. Il n’hésite pas à relancer ses employés jusqu’à leur domicile, en confondant fonction patronale et amitié.

Un petit traité de la servitude volontaire

Les auteurs alertent donc dès le début des années 80 sur cette tendance qui s’est ensuite largement développée dans le monde capitaliste. Il s’agit ici du volet sociétal du long-métrage. Mais celui-ci se double d’un autre versant, plus intime, concernant le personnage interprété avec beaucoup de nuances par un Gérard Lanvin en contre-emploi total.

Alors que l’acteur dégage une certaine force de caractère, il joue ici un petit employé de bureau qui, pour devenir quelqu’un au sein de l’entreprise, accepte de n’être plus qu’un larbin. Il fallait d’ailleurs oser conserver cette structure narrative contre-intuitive et peu commerciale. Effectivement, le spectateur n’attend qu’une chose : que le personnage finisse par se révolter contre ce patron trop intrusif et qui met en péril son couple. Pourtant, Une étrange affaire propose l’inverse et devient donc un petit traité « de la servitude volontaire », comme l’aurait si bien dit La Boétie. Le jeune salarié, non seulement ne se révolte qu’en rêve, mais finit par se dissoudre progressivement dans cette quête perpétuelle du père. Il se choisit une figure d’autorité en fuite permanente et définitivement insaisissable, d’où un échec programmé d’avance. La fin du long-métrage, terriblement déceptive, ne pouvait répondre aux attentes du spectateur, mais s’avère en réalité plus pertinente ainsi.

Un malaise persistant grâce à une interprétation de premier choix

Porté par d’excellents acteurs qui créent un vrai malaise (on aime beaucoup la prestation de Jean-Pierre Kalfon), Une étrange affaire permet de recomposer le couple Gérard Lanvin – Nathalie Baye après Une semaine de vacances (Tavernier, 1980). Cette fois-ci pourtant, le spectateur sent comme un élément dysfonctionnel dans ce couple mal assorti où Nathalie Baye incarne une jeune femme brillante sur le plan intellectuel, tandis que son conjoint n’est qu’un jeune homme immature. Il n’en faudra pas plus pour lézarder leur relation.

Sorti au mois de décembre 1981, Une étrange affaire n’a pas déplacé les foules. Si le film obtient un succès d’estime sur Paris (306 471 entrées), il ne parvient qu’à doubler ce chiffre sur la province (total de 677 030 spectateurs), preuve du manque d’intérêt pour un sujet très urbain.

Des récompenses méritées

Pourtant, le long-métrage a obtenu une vraie reconnaissance de la part des critiques, généralement dures avec Granier-Deferre. Le film a obtenu ainsi le Prix Louis-Delluc en 1981, puis un César de la Meilleur actrice dans un second rôle pour Nathalie Baye, ainsi qu’un Ours d’argent à Berlin pour Michel Piccoli et le Prix Jean Gabin pour Gérard Lanvin, preuve de l’impact positif du film.

En l’état, il s’agit bien de l’un des meilleurs films de son réalisateur qui, d’ailleurs, adaptera de nouveau Jean-Marc Roberts peu de temps après avec L’ami de Vincent (1983).

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 23 décembre 1981

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Une étrange affaire, l'affiche

© 1981 StudioCanal Image / Affiche : Vincent Chaix © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.

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