Stephen King’s Doctor Sleep : la critique du film (2019)

Epouvante, horreur, Fantastique | 2h32min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche française de Stephen King's Docteur Sleep

  • Réalisateur : Mike Flanagan
  • Acteurs : Rebecca Ferguson, Ewan McGregor, Jacob Tremblay
  • Date de sortie: 30 Oct 2019
  • Nationalité : Américain
  • Distributeur : Warner Bros, France
  • Éditeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris - Périphérie
  • Franchise : The Shining
  • Scénario : Mike Flanagan, d'après le roman de Stephen King
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans

Suite appliquée du monument Shining, Doctor Sleep a le mérite de ne jamais trahir l’esprit du roman de Stephen King et de ne pas chercher à séduire le grand public par des effets faciles. Son exploration d’un univers mental tortueux est même plutôt intéressante, mais reste en-deçà du film original par sa trame narrative un peu faible.

Synopsis : Encore profondément marqué par le traumatisme qu’il a vécu, enfant, à l’Overlook Hotel, Dan Torrance a dû se battre pour tenter de trouver un semblant de sérénité. Mais quand il rencontre Abra, courageuse adolescente aux dons extrasensoriels, ses vieux démons resurgissent. Car la jeune fille, consciente que Dan a les mêmes pouvoirs qu’elle, a besoin de son aide : elle cherche à lutter contre la redoutable Rose Claque et sa tribu du Nœud Vrai qui se nourrissent des dons d’innocents comme elle pour conquérir l’immortalité. Formant une alliance inattendue, Dan et Abra s’engagent dans un combat sans merci contre Rose. Face à l’innocence de la jeune fille et à sa manière d’accepter son don, Dan n’a d’autre choix que de mobiliser ses propres pouvoirs, même s’il doit affronter ses peurs et réveiller les fantômes du passé…

Flanagan opère la synthèse entre Stephen King et Stanley Kubrick

Critique : En 2013, Stephen King publie Doctor Sleep, la suite de son livre culte Shining, immortalisé au cinéma par le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick dégoupillé en 1980. Il est pourtant important de souligner que l’écrivain n’a jamais aimé le long-métrage de Kubrick et notamment les libertés prises par rapport au roman d’origine.

Lorsque Mike Flanagan s’est retrouvé à la tête de cette suite officielle du film de 1980, il a donc fallu que le cinéaste opère une synthèse nécessaire entre l’œuvre littéraire de Stephen King, le film de Kubrick qui sert encore de référence aux fans et le nouveau roman à adapter, tout en y injectant sa propre personnalité et ses obsessions. Le pari est en grande partie réussi, même si ces multiples influences dessinent les contours flous d’une œuvre nécessairement protéiforme.

Flanagan explore les angoisses métaphysiques de King en dessinant un espace mental tortueux

Tout d’abord, il est important de signaler que Mike Flanagan a grandement respecté le matériau d’origine et qu’il ne cherche aucunement à séduire la jeune génération avec son Doctor Sleep qui ne devrait pas parler à une audience adolescente. Point ici de dérives humoristiques comme dans l’adaptation récente de Ça, ni rebondissements savoureux et encore moins de passages cool. En réalité, Mike Flanagan s’empare des thématiques profondes développées par Stephen King sur l’addiction – notamment à l’alcool – ainsi que ses interrogations sur la fin de vie et l’existence éventuelle de l’âme humaine. On peut trouver thèmes plus vendeurs.

Finalement, cette suite tente de développer des éléments qui étaient sous-entendus dans le film de Kubrick en les traitant de manière frontale, tout en conservant une forte tendance métaphorique. Intéressé depuis ses premiers travaux par la complexité de l’esprit humain, Flanagan trouve dans l’œuvre de Stephen King un terrain de jeu propice à définir un espace mental original.

Se jouant du spectateur en perturbant ses repères, Flanagan ne cesse de modifier les lieux où se trouvent les personnages, soit en faisant basculer la caméra, soit en créant des plongées spectaculaires ou par un simple effet panoramique avec changement de décor. Il perturbe ainsi volontairement la perception du spectateur et le plonge dans un univers purement mental.

Un film assurément ambitieux, non dénué de défauts

Le retour final à l’hôtel Overlook ne doit donc pas être réellement perçu comme un voyage réel, mais bien comme une introspection du personnage principal qui doit affronter ses démons intérieurs. L’ensemble du long-métrage doit ainsi être vu comme une longue métaphore de l’acceptation de soi, ou de la tentative de s’affranchir d’un lourd héritage paternel. Cela fait donc de Doctor Sleep une œuvre assurément ambitieuse qui ne cherche aucunement à séduire par des effets de mode.

Toutefois, cela n’empêche pas Doctor Sleep d’être inférieur en bien des points au film de Kubrick. Tout d’abord, le roman adapté est lui-même nettement plus faible, avec notamment son intrigue fondée sur une sorte de confrérie de collecteurs d’âmes. Sortes de vampires modernes qui aspirent l’âme des êtres humains, ces spectres manquent furieusement de charisme et leur introduction au cœur du récit n’est guère convaincante. Cela permet toutefois à Stephen King de développer des thématiques qui lui sont désormais chères, notamment sur l’enfance maltraitée et outragée, mais l’ensemble apparaît comme un artifice de scénariste destiné à charpenter le récit autour d’une quête que l’on peut trouver vaine.

Une durée excessive pour un film musée

Ensuite, Mike Flanagan n’a pas toujours su élaguer dans le récit touffu de King et certains développements alourdissent une projection qui dure tout de même plus de 2h30. Quelques bons coups de ciseaux auraient été bienvenus, notamment lors des passages sur cette fratrie de goules dont on se contrefiche.

Enfin, il faut reconnaître que les passages les plus réussis du film proviennent en réalité directement de l’œuvre de Kubrick. Le spectateur jubile à nouveau lorsque le thème musical de 1980 retentit et la dernière demi-heure qui se déroule dans le magnifique décor de l’Overlook surpasse très largement le reste du métrage. Malgré tous les efforts de King et Flanagan pour créer une œuvre originale qui possède une existence propre, Doctor Sleep se fait aussi vampiriser par le génie visuel de Kubrick que Flanagan finit par pasticher.

Le spectateur et le réalisateur lui-même finissent par explorer l’œuvre de Kubrick comme on visiterait un musée, sans pour autant trouver une identité propre à cette suite intéressante, mais dont l’inutilité reste manifeste.

La question qu’on finit par se poser à la fin de la projection est donc la suivante : aura-t-on un jour envie de revoir cette suite, aussi sérieuse et agréable soit-elle ? Ou préférera-t-on revenir directement boire à la source du vrai génie ?

Critique du film : Virgile Dumez 

Notes :

Doctor Sleep est le sequel du roman du King, publié en 2013, et donc du film culte avec Jack Nicholson, qui avait terrifié le monde entier, en 1980. Cette suite à la fameuse histoire de démence et de télépathie, sortira le 30 octobre 2019, la veille d’Halloween, près de 39 ans après la sortie du classique que Stephen King avait désavoué, en raison du refus de toute collaboration du monstre du 7e art, et de ses libertés prises avec la source littéraire.

La première bande-annonce, de près de trois minutes, mettant en scène « The Shining », Danny Torrance, le gamin du film originel, désormais homme quadragénaire qui revêt les traits d’Ewan McGregor, semble fidèle au roman aux créatures maléfiques, qui aspirent les âmes, évoquées dès les premières images.

La suite cet automne. Warner n’a pas été pressé de montrer le film à la presse et a imposé un embargo aux rares journalistes ayant pu voir l’œuvre.

Notes de Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 30 octobre 2019

Les adaptations de Stephen King sur CinéDweller

 

Affiche française de Stephen King's Docteur Sleep

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Doctor Sleep, d'après Stephen King, affiche teaser
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