Saxo : la critique du film (1988)

Drame, Policier | 1h56mn
Note de la rédaction :
6/10
6
Saxo, l'affiche du film

  • Réalisateur : Ariel Zeitoun
  • Acteurs : Gérard Lanvin, Roland Blanche, Francis Girod, Akosua Busia, Richard Brooks (2), Laure Killing
  • Date de sortie: 27 Jan 1988
  • Nationalité : Français
  • Scénaristes : Jacques Audiard ,Gilbert Tanugi, Ariel Zeitoun
  • Directeur de la photographie : Bruno de Keyzer
  • Compositeurs : François Bréant, Roy Buchanan
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Editeur vidéo : GCR (VHS)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 497 067 entrées / 125 363 entrées
  • Crédits affiche : © 1988 Canal+ - Films A2 - Partner's Productions / Affiche : © Philippe. Tous droits réservés.
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Deuxième long-métrage tourné par Ariel Zeitoun, Saxo est un polar noir plutôt correct qui bénéficie d’une bonne ambiance, d’acteurs solides et d’une musique blues assez intemporelle. Sympathique.

Synopsis : Sam, minable producteur musical, découvre par hasard un groupe de musiciens, qui selon lui, possède un potentiel de succès incroyable. Il ira jusqu’au bout pour leur faire enregistrer un disque…

Un script original de Gilbert Tanugi et Jacques Audiard, spécialistes du polar

Critique : Producteur attitré de Francis Girod et Alexandre Arcady et réalisateur d’un premier film plutôt sympathique (Souvenirs, souvenirs avec Christophe Malavoy en 1984), Ariel Zeitoun décide en 1987 de tourner un script original de Gilbert Tanugi (romancier qui fut adapté en 1973 par Patrick Jamain avec son Affaire Crazy Capo). Pour ce faire, il dispose également du  jeune Jacques Audiard qui est lui-même un grand amateur de polar sombre. Enfin, histoire de mettre toutes les chances de son côté, Ariel Zeitoun parvient à convaincre Gérard Lanvin d’incarner ce jeune producteur de musique qui va tout risquer pour donner libre cours à sa passion de la musique.

Pour mémoire, Gérard Lanvin est alors au firmament de sa popularité, puisqu’il a tourné dans des succès commerciaux aussi importants que Marche à l’ombre (Blanc, 1984), Les spécialistes (Leconte, 1985) et Les frères Pétard (Palud, 1986). L’acteur a ensuite fait une pause et Saxo était donc son grand retour sur les écrans, dans un rôle plus sérieux.  

Plongée sans concession dans le Paris interlope

Ariel Zeitoun pose effectivement sa caméra dans un Paris interlope qui fascine. Il arpente à la suite de son personnage principal les caves clandestines où s’organisent des concerts. Si son personnage est clairement identifié comme un jeune entrepreneur juif qui cherche à percer en tant que producteur de musique, Ariel Zeitoun s’intéresse aussi à la communauté africaine et à ses trafics en tout genre. Ainsi, le hasard met en présence le jeune loup interprété avec beaucoup de naturel et de spontanéité par Gérard Lanvin avec un duo d’artistes venu tout droit d’Afrique noire.

Leur musique puise aux racines du blues, avec une guitare affirmée, un saxophone endiablé et une belle puissance vocale de la part de la jeune femme (impressionnante Akosua Busia, qui sortait tout juste de La couleur pourpre de Spielberg). Composés par Roy Buchanan, génie du blues des années 70-80, les morceaux de Saxo sont assurément un des points forts du long-métrage pour tous ceux qui aiment le blues. Il est donc assez crédible qu’un producteur veuille s’emparer du duo pour leur faire enregistrer un disque. Toutefois, la spirale qui s’enclenche pousse sans doute le bouchon un peu loin. Effectivement, Gérard Lanvin va peu à peu perdre tout son argent, sa famille, et peut-être même sa liberté, à cause de sa passion pour cette musique.

Une musique blues inspirée et une atmosphère sombre bien retranscrite

Bien évidemment, la rationalité n’a plus droit de cité lorsque la passion s’en mêle, mais cet attachement au duo constitué par ce frère au caractère étrange et cette sœur protectrice n’est pas toujours crédible. C’est sans aucun doute le plus gros défaut d’un long-métrage qui possède pourtant de nombreuses qualités. Tout d’abord, il faut signaler une vraie capacité à créer une atmosphère sombre – que l’on retrouvera ensuite dans les films de Jacques Audiard notamment. Ensuite, les dialogues s’avèrent de bonne tenue, de même que l’interprétation de l’ensemble du casting.

En ce qui concerne la réalisation, Ariel Zeitoun se contente parfois de plans un peu trop classiques, mais il parvient à compenser à l’aide d’une photographie maîtrisée et d’une certaine science de l’atmosphère. Avec Souvenirs, souvenirs, Saxo est assurément l’un de ses meilleurs films.

Un échec commercial sans appel

Malgré des qualités indéniables, Saxo fut un cruel échec lors de sa sortie au mois de janvier 1988, soit en plein cœur de la crise du cinéma. Les salles étaient alors désertées par le grand public et Saxo a sans doute été entravé par une affiche repoussoir et un titre peu porteur qui ont d’ailleurs fait l’objet de longues tractations entre les publicitaires et le réalisateur.

La semaine de sa sortie, le thriller Liaison fatale (Lyne) faisait le plein en mobilisant trois fois plus de spectateurs sur Paris que le polar avec Lanvin. Mais le pire allait intervenir la semaine suivante avec la sortie d’un concurrent inattendu intitulé La vie est un long fleuve tranquille de Chatiliez. Dès sa troisième semaine d’exploitation, Saxo dévisse sur Paris et perd plus de la moitié de ses entrées. Il finira son exploitation parisienne avec 125 363 mélomanes parisiens dans son escarcelle et 497 067 sur la France entière. Une sacrée déception.

Sorti en VHS, le long-métrage a depuis longtemps été oublié, à tel point qu’il n’a pas eu les honneurs du support DVD. S’il ne s’agit pas du polar du siècle, on peut toutefois y jeter un œil curieux.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 27 janvier 1988

La page Unifrance du film

Saxo, l'affiche du film

© 1988 Canal+ – Films A2 – Partner’s Productions / Affiche : © Philippe. Tous droits réservés.

Box-office :

Gérard Lanvin abattu par le divertissement américain

Sorti lors d’une semaine qui consacrait le cinéma américain (RoboCop triomphait une semaine auparavant), Saxo sonnait le glas du cinéma starisé autour du nom de Gérard Lanvin. Après Tir groupé, Le prix du danger, Marche à l’ombre, Les Spécialistes et une belle collaboration avec le producteur Christian Fechner, les échecs vont se succéder. L’acteur a essuyé la déception des Frères Pétard (2 179 000, on en attendait le double !) et surtout, quelques mois auparavant, il s’était pris une veste mémorable avec la romance caprice Moi vouloir toi qu’il n’aurait jamais dû faire (1 410 965).

La fin d’un star system bâti sur le nom de Gérard Lanvin

Saxo marque le retour de l’acteur à un cinéma sérieux, et noir surtout, comme à l’époque du Choix des armes, Une étrange affaire, Tir groupé… Cela sera aussi l’ultime film de jeunesse entièrement construit sur son seul nom en tant que méga-star bankable, puisqu’après les 6 000 000 d’entrées de Marche à l’ombre, puis les 5 000 000 des Spécialistes, les producteurs espéraient avoir trouvé en lui un nouveau Bébel ou Delon, un nouveau roi du divertissement français.

Nos compatriotes se détournant du cinéma hexagonal pour embrasser les spectacles divertissants en provenance d’Amérique, le noir de Saxo n’était pas à la hauteur de la hyper du thriller domestique à la mode de Liaison fatale qui bénéficiait d’un buzz irrésistible venant d’outre-Atlantique, de l’omniprésence médiatique et accessoirement, sur Paris, d’un nombre d’écrans supérieur de 19 salles (Fatal Attraction jouissait de 55 sites).

Les chiffres parisiens

Avec une affiche tristounette ne vendant que le visage abattu de Lanvin, Saxo (36 écrans) ne pouvait exister face à Michael Douglas dans Liaison Fatale d’Adrian Lyne (55 écrans) qui lui vole la vedette. Le film se contente donc d’une 3e place en première semaine assez moyenne, mais ouverte à un éventuel bouche-à-oreille, avec 56 725 spectateurs.

L’échec intervient en fait 2e semaine. Liaison fatale et RoboCop sont d’une insolente stabilité quand le nouveau long d’Ariel Zeitoun dégringole de 5 places, avec 39 619 retardataires. Vaincu alors par les nouveautés La vie est un long fleuve tranquille, (seulement 20 écrans !), La maison assassinée (23 salles) et le bide d’Alain Jessua En toute innocence (30 salles), le drame noir à forte empreinte de blues n’allait tenir que 8 semaines sur la « francilie ».

Ensuite, il perd 15 écrans pour sa 3e semaine et se retrouve 15e, avec seulement 16 534 fans de l’acteur. La 4e semaine est assassine (7 305 entrées dans 9 cinémas). En 5e semaine, les spectateurs sont sourds à sa musique : 2 256 entrées dans 8 cinémas.

C’est forcément meurtri que Saxo disparaît en 8e semaine avec 125 363 entrées, après une dernière semaine à l’UGC Ermitage. Lanvin méga-star aura à peine doublé les chiffres de son démarrage. La fin d’une époque pour le comédien qui partira dans des aventures plus collectives (Mes meilleurs copains, les épopées de Lelouch, Les marmottes), ou un cinéma d’auteur plus exigeant.

Frédéric Mignard

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