Rock-O-Rico : la critique du film + le test blu-ray (1991)

Animation | 1h14min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Rock-o-rico, affiche du film de Don Bluth

  • Réalisateur : Don Bluth
  • Date de sortie: 24 Juin 1992
  • Nationalité : Américain, Britannique, Irlande
  • Titre original : Rock-A-Doodle
  • Co-réalisé par : Gary Goldman, Dan Kuenster
  • Casting vocal original : Glen Campbell, Phil Harris, Eddie Deezen, Christopher Plummer, Sandy Duncan, Will Ryan, Charles Nelson Reilly, Sorrell Booke, Louise Chamis
  • Casting Vocal français : Eddy Mitchell, Lio, Tom Novembre, Philippe Lavil, Boris Bergman, Sophie Darel, Philippe Dumat, Mael Davan Soulas, Sophie Darel
  • Scénaristes : Don Bluth, John Pomeroy, David J. Steinberg, David N. Weiss, T.J. Kuenster, Gary Goldman
  • Compositeur : Robert Folk
  • Monteurs : Lisa Dorney, Joe Gall, Fiona Trayler
  • Directeur de la photo : Sorrell Booke (séquences non-animées)
  • Producteurs : Don Bluth, Robert Enrietto, Gary Goldman, John Pomeroy
  • Société de production : Goldcrest Films International, Sullivan Bluth Studios
  • Distributeurs : Forum Distribution (1992), Splendor Films (2018)
  • Editeur vidéo : 18 août 2004 (DVD), 8 juillet 2008 (DVD), 6 avril 2022 (Combo DVD/Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Paramount (2004), Swift (2008), Rimini Editions (2022)
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35mm) / Dolby Stéréo, DTS (reprise 1999)
  • Budget : 18 000 000$
  • Box-office France / Paris-Périphérie / Reprise France : 209 956 entrées / 31 429 entrées - 372 entrées (2018)
  • Box-office USA : 11 657 385$
Note des spectateurs :

L’adaptation d’une pièce d’Edmond Rostand, d’après le personnage du Roman de Renart, par Don Bluth accouchait d’une œuvre charismatique et attrayante qui ne fut pas récompensée par le succès qu’elle méritait en 1992. Au bonheur de le redécouvrir à l’ère du tout numérique.

Synopsis : Tous les matins, le coq Chantecler commande au soleil de se lever par un terrible « Rock-o-Rico ». Jaloux de son succès, le Grand Duc le provoque en duel. Epuisée, la star du poulailler en oublie alors de chanter : et là, stupeur, le soleil se lève quand même…

Chantecler, le coq qui croyait faire la pluie et le beau temps

Critique : Véritable échec cinématographique aux USA et en France, Rock-O-Rico fut à sa sortie probablement l’une des œuvres les moins attrayantes de Don Bluth. Le projet était difficile à vendre, puisqu’il s’agissait d’une authentique comédie musicale du poulailler, avec un coq comme protagoniste central, que l’on assimile à un King du rock, bref, à une sorte d’Elvis Presley de la basse-cour quand les enfants n’avaient pas forcément envie de se laver les oreilles à la bande-son pêchue des années 50 ou 60. Les tendances jeunes étaient bien différentes et commençaient à s’orienter vers des rythmes plus urbains ou dance, et ce dès le plus jeune âge, époque de la radio FM oblige.

Pour Don Bluth, transfuge de chez Disney au coup de crayon magnifique, l’occasion est à la fois de se distinguer du folklore du studio mythique de l’animation, tout en restant dans un bestiaire du conte proche des intentions animées de Walt Disney en personne, puisque l’adaptation de la pièce de théâtre Chantecler de Rostand ou plutôt du Roman de Renart, avait été envisagée par le père fondateur très tôt, dès les années 30, et fut développée sous différents angles pendant plus de 20 ans, avant d’être in fine abandonnée au début des années 60 pour la mise en chantier de Merlin l’enchanteur.

Quand s’industrialisait l’animation, Don Bluth entre chant du coq ou chant du cygne

Au début des années 90, Disney avait connu une renaissance magnifique qui allait donner à tous les studios hollywoodiens des intentions d’animation au vu des recettes stellaires désormais amassées. La petite sirène (1990), La Belle et la Bête (1991), et Aladdin (1992), c’est-à-dire des blockbusters à part entière, se sont succédé à un rythme industriel d’un film par an, avec une qualité qui leur permettait de glaner des nominations aux Oscars et de dépasser les 100M$, puis les 200M$ de recettes au box-office. L’apothéose sera Le roi Lion en 1994, avec 300M$.

Ces résultats étaient inimaginables quelques années plus tôt, à l’époque de Taram et le chaudron magique ou de Basil détective privé, puisque le long métrage animé Disney était frappé par l’infamie de l’échec commercial dans les années 80, quand Don Bluth, de son côté, aidé par Steven Spielberg, faisait une irrésistible percée. Fievel et le nouveau monde (1986) et Le petit dinosaure et la vallée des merveilles (1988), donc les 2e et 3e longs de Don Bluth, accompliront des chiffres finaux deux fois plus élevés que ceux de Taram  et le chaudron magique, et évidemment, supérieurs à Basil détective privé.

Fort de son ascension à la notoriété – il est le seul à rivaliser avec Disney dans les années 80 -, Don Bluth va toutefois connaître un échec avec le mélancolique Charlie (All Dogs Go To Heaven), en 1989, qui va toutefois mettre à mal son ascension. Rock-O-Rico en 1991 sapera un peu plus ses efforts d’originalité et d’excentricité quand l’animation s’industrialise en ouvrant les bras aux techniques du numérique qui couleront à jamais l’auteur avec Titan AE, accident industriel entièrement réalisé en images de synthèse, qui mettra un terme à la carrière du légendaire animateur.

Une sortie par le distributeur légendaire Forum Distribution

Rock-O-Rico émerge chez un distributeur indépendant en France, le formidable Forum Distribution. Né au tout début des années 80, cette société mythique avait révélé Hector Babenco (Pixote, la loi du plus faible), Jim Jarmusch (Stranger than Paradise), Lars Von Trier (Element of Crime), Leos Carax (Boy Meet Girls), Virginie Thevenet (La nuit porte-Jaretelles), Olivier Assayas (Désordre), Krzysztof Kieslowski (Brève histoire d’amour), Claire Devers (Noir et blanc), Gus Van Sant (Drugstore Cowboy), Whit Stillman (Metropolitan), Arnaud Desplechin (La vie des morts), et même Xavier Beauvois (Nord).

Distributeur d’une génération, Forum avait eu également le nez en sortant en 1991 un premier film d’animation dans leur répertoire, le mythique Akira d’Otomo. Malheureusement, en 1992, la société vit ses derniers mois et Rock-O-Rico sonne comme le chant du cygne, métaphore aviaire volontaire. Néanmoins, le choix confirme une fois de plus le flair de son équipe, puisqu’il s’agissait ici de récompenser un auteur méritant sur un projet exaltant, car in fine, malgré quelques défauts patents, Rock-O-Rico est bel et bien une somptueuse réussite artistique.

Un cinéma d’une beauté intemporelle

Le film animé est un récit de l’illusion : un coq orgueilleux et machiste qui règne en vedette sur la ferme, admiré pour la qualité de son chant que l’on associe à la levée du soleil, devient l’objet de moqueries collectives quand on découvre que l’apparition de l’astre de feu n’est nullement liée à ses qualités vocales. La mort de dieu vient de tomber et l’animal plumé part en ville vivre la gloire, mais aussi connaître la solitude, loin de ses vrais amis. Evidemment, son départ sera l’occasion pour de terrifiants hiboux grands-ducs de prendre le pouvoir et d’imposer les ténèbres dans le territoire anciennement protégé par le coq Chantecler. Toute ressemblance avec des personnages de Brisby et le secret de Nimh est forcément volontaire.

Avec la même beauté visuelle, de trait et de design que dans les films Disney des années 70 et 80, Don Bluth dispose certes d’un budget peu élevé pour faire des miracles, mais parvient souvent à en réaliser. Rock-O-Rico est ambitieux visuellement, riche, foisonnant d’idées et de personnages tantôt attachants ou effrayants, et parvient sans grand mal à faire d’une figure peu évidente à humaniser comme le coq, un véritable personnage, même si Chantecler, qui disparaît un temps de l’écran, n’est pas toujours le protagoniste central lors de nombreuses séquences.

Le succès de l’anthropomorphisme a toutefois des limites, celles d’un scénario aux choix parfois contestables. En se dégageant du tout animé, lors de quelques (heureusement rares) scènes live, autour d’un petit enfant, le charme est rompu. Celui-ci est invité à plonger dans le décor animé sous les traits d’un chat mignon. Le procédé de mise en abîme évoque évidemment celui de L’histoire sans fin, monument du conte, mis en image par Wolfgang Petersen en 1984, où l’on retrouvait aussi un enfant lecteur impliqué de façon surnaturelle dans l’ouvrage qu’il dévorait.

C’est avec enthousiasme que l’on réagit à ce festin de sons et d’images, où la musique vintage, avec, entre autres, la voix du grand Eddy Mitchell pour les séquences chantées. En haute définition, des décennies après, la splendeur visuelle resplendit d’autant plus que l’aspect kitsch qui pouvait servir de repoussoir en 1992, est aspiré par la beauté du conte qui s’en nourrit pour le rendre exaltant et intemporel. Indubitablement du grand Bluth.

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 24 juin 1992

Rock-o-rico, affiche du film de Don Bluth

© Goldcrest, Sullivan Bluth (Irelande) LTD

Box-office :

Sorti en France le 24 juin 1992, soit pour la Fête du Cinéma qui s’est tenue le 25 juin, Rock-O-Rico a été un échec effroyable en France, en particulier sur Paris, où le rejet fut total.

Sur la capitale, malgré 17 écrans, le film ouvre en 14e place avec 9 333 spectateurs. Le numéro 1 de la semaine, la comédie canine Beethoven a aspiré tous ses spectateurs potentiels (121 830 entrées dans 40 cinémas), quand la comédie pré-ado My Girl avec Macaulay Culkin trouvait 55 675 spectateurs donc plus de 55% sur le seul jour de la Fête du Cinéma. Doc Hollywood dans 30 salles réunissait paresseusement 47 485 entrées, le franchouillard Room Service de Lautner trouvait à peine de quoi loger 14 659 visiteurs. Quant à Vidéokid de Todd Holland, avec Fred Savage et Christian Slater, trouvait à peine 7 406 amateurs de jeux vidéo sur 12 sites.

Rock-O-Rico était exploité au Gaumont Ambassade, à La Bastille, au 14 Juillet Odéon, au Montparnos, au Pathé Wepler, au Français, au Reflet Républic, au Gaumont Alésia, au Gaumont Convention et au Gambetta.

Heureusement, Rock-O-Rico pourra compter sur une deuxième semaine stable en raison d’un manque total de nouveautés la semaine du 1er juillet 1992, où Devenir Colette de Danny Huston, avec Mathilda May, trouve quelques petits écrans. Sur 19 salles, le film d’animation glane 13 825 spectateurs. Evidemment, il profite également de la première vraie semaine de vacances pour les enfants.

En 3e semaine, il faut changer de disque. Présent dans 14 cinémas fidèles au distributeur Forum en quête d’un succès sur la durée, Rock-O-Rico fait flop : aucun des cinémas le diffusant ne dépasse les 752 entrées ! Il bénéficie pourtant de 11 cinémas en intramuros. Le box-office en 1991 étant très bas, Don Bluth n’en reste pas moins à la 15e place du classement hebdo parisien. On notera que sa baisse est notamment due à la reprise estivale de Peter Pan de Walt Disney (52 290 entrées dans 30 salles).

La 4e semaine le voit encore profiter de 10 écrans dans l’enceinte de Paris et une salle à Versailles. La programmation est exclusivement matinale pour quelques séances qui lui vaut 2 218 entrées. Une pacotille.

Il faudra compter sur une ultime semaine, la 5e, pour que le film distille encore un peu de magie dans 2 cinémas, le Français et le St. Lambert, soit un total pingre de 267 poulets.

La cassette vidéo éditée par TF1 Vidéo apparaîtra quelques mois plus tard, avant de passer au format DVD via différents éditeurs. Le film GoldCrest connaîtra une ressortie HD en juin 2018, via le distributeur Splendor, qui en tire 372 nostalgiques sur 4 salles le 13 juin 2018. Enfin, Rimini Editions le propose en combo DVD Blu-ray dans une édition luxuriante en avril 2022, avant de prévoir la ressortie en vidéo de nombreux films de Don Bluth, dont le culte Charlie.

Les sorties cinéma du 24 juin 1992

Les archives de CinéDweller – Extrait du Pariscope du 24 juin 1992, numéro 1258. Tous droits réservés.

Test blu-ray

Après une édition DVD lointaine, en 2004, chez Swift, Rimini Editions propose Rock-O-Rico dans une édition Combo DVD & Blu-ray qui vaut surtout pour le film proposé, magnifiquement restauré.

Packaging & suppléments : 2.5 / 5

Ce n’est pas un digipack, mais seulement un boîtier traditionnel au format DVD accompagne la sortie vidéo HD de Rock’O’Rico. Cela plaira à ceux qui aiment les boîtiers grand format. Les autres, un peu moins. Au moins, trouve-t-on un fourreau très beau, avec un visuel rayonnant qui redonne à ce titre ses lettres de noblesse, et la possibilité d’être enfin identifié visuellement.

Un goodie accompagne la sortie physique : quatre cartes postales. Les images qui y sont imprimée sont approximatives. Un livret, une affichette, une reproduction du dossier de presse d’époque… Plein de choses auraient pu être utiles ou jolies. Et pourquoi pas des cartes reprenant les visuels promo personnage par personnage.  Cet insert physique ne présente rien de très pertinent.

Au niveau des suppléments audiovisuels, Xavier Kawa-Topor propose pendant 25 minutes une présentation convenable de Don Bluth et de Rock-O-Rico. Il resitue cette oeuvre à part dans la carrière de l’artiste, tout en présentant soigneusement la pièce d’Edmond Rostand et la genèse du projet développé chez Disney. Scolaire, mais intéressant.

Image : 4 / 5

C’est beau, c’est fort, c’est pimpant. Le coq de Rock-O-Rico peut plastronner, son retour à l’écran se fait dans les formes attendues. Une image résolument tournée vers l’effort colorimétrique et la générosité de ton. Du bel ouvrage.

Son : 4 / 5

La promo se focalise à raison sur la version française d’époque qui regroupait des chanteurs culte du moment, comme Eddy Mitchell, Lio, ou Tom Novembre. On apprécie les efforts de restitution sonore destinés à dynamiser la piste Dolby Stéréo de 1992. Désormais présenté  en DTS HD Master Audio 2.0, l’ensemble est dynamique. Tout se marie dans un ensemble équilibré entre dialogues pêchus et morceaux musicaux endiablés.

Une belle édition sur un plan technique qui permet au film d’apparaître sous une forme inédite, bien supérieure à celle connue en salle en 1992.

Test blu-ray effectué à partir de la version définitive du film, proposé par Rimini Editions.

Rock-O-Rico en blu-ray chez Rimini (2022)

© 1990 Goldcrest Animation LTD / Design blu-ray : Dreano

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Rock-o-rico, affiche du film de Don Bluth

Bande-annonce de Rock-O-Rico

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