Parking : la critique du film (1985)

Drame, Musical, Fantastique, Nanar | 1h35min
Note de la rédaction :
2/10
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Parking, l'affiche du film de Demy

  • Réalisateur : Jacques Demy
  • Acteurs : Francis Huster, Marie-France Pisier, Laurent Malet, Jean Marais, Gérard Klein, Keiko Itô
  • Date de sortie: 29 Mai 1985
  • Nationalité : Français
  • Scénariste : Jacques Demy
  • Directeur de la photographie : Jean-François Robin
  • Compositeur : Michel Legrand
  • Distributeur : Arts et Mélodie Films (A.M. Films)
  • Editeur vidéo : MPM Production (VHS) / Fil à Film (VHS)
  • Box-office France / Paris-périphérie : 142 035 entrées / 45 400 entrées
  • Format : 1.66 : 1 / Son : Mono
  • Crédits affiche : © 1985 France 3 Cinéma - Garance / Affiche : Michel Landi
  • Illustrateur : Michel Landi
Note des spectateurs :
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Nanar stratosphérique, Parking est un pur accident industriel pour Jacques Demy qui signe ici son plus mauvais film. Francis Huster s’y révèle particulièrement ridicule en star du rock en toc.

Synopsis : Orphée est une pop star adulée. Lorsque sa compagne Eurydice meurt subitement, il tente de la rejoindre dans l’au-delà. Un mystérieux personnage va lui proposer un bien étrange contrat.

Cinéaste sur une voie de garage

Critique : Au début des années 80, la situation de Jacques Demy est plutôt compliquée. Celui qui a enchanté le public et les critiques dans les années 60 avec ses contes musicaux, a connu une décennie 70 faite de déceptions et d’exil afin de trouver des financements. Au début des années 80, il semble sorti d’affaire et peut mettre sur pied l’ambitieux Une chambre en ville (1982). Malgré le soutien indéfectible des critiques, le long-métrage connaît un cuisant revers au box-office (231 624 entrées sur toute la France), alors même que son budget était conséquent.

Finalement, Jacques Demy parvient à monter un ancien projet qui était une relecture du mythe d’Orphée en version moderne. Le but initial du réalisateur était de rendre un hommage au Orphée (1950) si poétique de Jean Cocteau, d’où la présence très symbolique de Jean Marais, cette fois-ci dans le rôle d’Hadès. Malheureusement, si Jacques Demy avait un temps envisagé David Bowie ou encore Johnny Hallyday dans le rôle de cette star du rock qui va devoir suivre son amour aux enfers pour la libérer de l’emprise de la Mort, il doit se résoudre à diriger Francis Huster dont le nom a été suggéré par la grande productrice Mag Bodard. Outre le déficit de notoriété de l’acteur, ce dernier insiste pour chanter tous les morceaux lui-même. Enfin, l’autre concession de Jacques Demy est d’engager l’actrice japonaise Keiko Itô afin de pouvoir vendre le film au Japon, pays où le cinéaste est populaire. Pourtant, à l’époque, l’artiste justifie son choix par ces mots, dans Le Film Français (numéro 2036) :

Je voulais créer un choc culturel. En effet, aujourd’hui on ne comprend plus une histoire d’amour aussi forte, aussi romantique. C’est pour la rendre crédible que j’ai choisi une Japonaise : elle apporte la magie, le rêve. Elle rend tout possible.

Des concessions fatales

Jacques Demy a donc cédé sur de nombreux points uniquement pour voir enfin aboutir l’un de ses projets, tout en ayant conscience que ces concessions pouvaient entamer le potentiel initial du long-métrage. Et de fait, Parking est assurément une monstrueuse erreur de parcours au sein de sa filmographie.

Tout d’abord, il faut signaler que la relecture « moderne » du mythe d’Orphée est entachée par une ringardise de chaque instant. Les chansons dégoupillées par le duo Jacques Demy et Michel Legrand sont toutes plus déplorables les unes que les autres, déclenchant l’hilarité par leur naïveté. La musique ne s’élève jamais au-dessus d’un simple « easy listening », tandis que les paroles sont indigentes. Mais le pire vient de l’interprétation de Francis Huster qui articule exagérément chaque mot au point de rendre ridicule chaque phrase.

Des chansons et une interprétation déplorables

Le ratage tient en cette dichotomie entre la nullité absolue du répertoire chanté par la star Orphée et les réactions enthousiastes d’un public envoûté. Le chanteur incarné par Huster ne peut en aucun cas être une superstar, tout juste un petit chanteur pour midinettes. La gestuelle maladroite de l’acteur quand il est sur scène renforce encore ce sentiment d’embarras.

L’acteur n’est guère meilleur dans les autres séquences, d’autant qu’il doit jouer face à Keiko Itô qui n’a ici aucune présence à l’écran. De tous les acteurs, on saluera uniquement la prestation très sobre de Jean Marais, de loin celui qui se fourvoie le moins dans un univers poétique qu’il a maintes fois arpenté au cours de sa mémorable carrière.

L’enfer est décidément pavé de bonnes intentions

Outre les acteurs et la musique, Parking propose une vision des enfers passablement décevante. Si l’on aime l’idée de représenter cet espace en noir et blanc, les costumes peints en rouge viennent ajouter une note kitsch supplémentaire. Au final, le drame amoureux qui se voulait émouvant est un désastre tel qu’il ne provoque que l’hilarité, ce qui arrive à son comble lors de la chanson finale d’Orphée, cri d’amour déchirant, non pas pour notre cœur mais pour nos oreilles. Rires garantis.

Initialement prévu pour être montré à Cannes en 1985, Parking n’a officiellement pas été prêt à temps (ou judicieusement écarté pour ne pas se faire étriller ?). Il a donc été distribué dans les salles par Arts et Mélodie à la fin du mois de mai. Le film se crashe dès sa première semaine parisienne en ne se hissant qu’à la huitième place du box-office avec seulement 18 928 spectateurs consternés. Le bouche à oreille désastreux aura rapidement raison du film qui s’écrase à moins de 50 000 entrées sur Paris et à peine trois fois plus sur toute la France. Un désastre à la hauteur de la débâcle artistique de ce nanar.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 29 mai 1985

La page Unifrance du film

Parking, l'affiche du film de Demy

© 1985 France 3 Cinéma – Garance / Affiche : Michel Landi © ADAGP Paris, 2020. Tous droits réservés.

Box-office :

Les sorties du 29 mai 1985

Sorti le 29 mai 1985, juste après Cannes, à une période creuse de l’année, Parking était condamné à un échec sans appel. Face à lui, deux authentiques productions cannoises, le succès de Woody Allen La rose pourpre du Caire, un triomphe à 9 037 entrées pour son premier jour sur P.P. Il est suivi par Mask de Peter Bogdanovich avec Cher qui revient glorieuse de la croisette. Le drame rassemble 3 658 spectateurs dans 24 salles.

Parking intervient en 3e place avec 3 088 spectateurs sur 25 écrans. Suit le premier Toxic Avenger, alias Toxic, 2 325 entrées dans 18 cinémas qui n’avaient pas froid aux yeux. Gigolo avec David Bowie échouait à susciter la moindre curiosité avec 1 777 fans du chanteur, dans 17 cinémas. On peut également remarquer la présence discrète de l’avant-dernier film de Tarkovski, Nostalghia, avec 513 spectateurs dans 4 salles pour son premier jour sur la « francilie ».

Alors que les chiffres de début 1985 marquent un effondrement de la fréquentation (baisse du pouvoir d’achat, concurrence de la VHS et de Canal +), l’heure est à l’inquiétude et Parking est voué à la sortie de route, puisqu’il ne restera que 6 semaines à l’affiche.

Parking perd des places de semaine en semaine

En première semaine, Parking de Demy est distancé par la concurrence et réalise moins d’entrées en première semaine sur P.P. qu’un film trash de Troma (Toxic accomplissait une belle 7e place, avec 19 833 entrées) et surtout faisait à peine mieux qu’un porno avec Marilyn Jess avec 19 salles de plus (Marilyn mon amour entrait 11e avec 13 200 spectateurs dans 6 salles). Avec 18 928 fidèles venu acclamer son œuvre, Jacques Demy fonce dans le mur.

Quelles salles pour Parking sur Paris?

Le conte musical revisitait le mythe d’Orphée au George V, Marignan Pathé, Paramount Maillot, Clichy Pathé, Français Pathé, à l’Hautefeuille Pathé, l’UGC Montparnasse, l’UGC Convention, au Rex, 3 Murat, Mistral, Parnassiens, Forum Cinémas, l’Athéna et à la Fauvette. La banlieue lui apportait 10 écrans supplémentaires.

En 2e semaine Francis Huster perd 3 salles et glisse à la 12e place, avec 14 673 entrées quand ses concurrents du 29 mai ressortent renforcés (La Rose pourpre et Mask voient leurs entrées grossir).

Arts et Mélodie, qui va souffrir énormément de ce bide jusqu’à déposer le bilan en fin d’année, peine à lui trouver des salles en 3e semaine. Le film voit donc son parc d’écrans s’affaisser de 50%. Pis, sur Paris, il n’est plus que sur 5 vaillants sites, à savoir le George V, le Français Pathé, les Parnassiens, le Forum Cinémas et le Fauvette. A ce stade, le musical n’a atteint que 40 596 spectateurs, dont 7 005 en 3e semaine.

Pour sa 5e semaine, il ne lui restera plus qu’un écran, l’UGC Marbeuf où il va finir sa carrière en 6e semaine, avec un écran supplémentaire, L’Épée de Bois pour une poignée d’entrées de plus (584 entrées en 6e semaine, total de 45 400). Parking sera le flop d’une carrière, même si l’auteur en essuiera un dernier avec Trois places le 26 en 1988, qui au moins aura de bons papiers.

Le Parking est abandonné à 142 035 spectateurs France et ne sera jamais repris au cinéma. S’il sort en VHS, l‘accident industriel demeurera inédit en DVD et sera extirpé des limbes par Netflix en 2020.

Frédéric Mignard

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