Débutant comme une pure comédie, Magnum Cop aborde ensuite des thématiques plus sombres avec un certain sens de l’efficacité. Du cinéma bis recommandable.
Synopsis : Ancien flic devenu détective privé à cause de ses méthodes expéditives, Walter Spada se voit confier par un riche homme d’affaires australien la mission de retrouver sa fille, enlevée récemment. Il va se retrouver dans Vienne, au cœur d’un réseau de prostitution impliquant plusieurs notables.
Le duo Stelvio Massi – Maurizio Merli est de retour
Critique : Lorsqu’il tourne Magnum Cop en 1978, le réalisateur Stelvio Massi est déjà un grand spécialiste du poliziottesco, genre qu’il a abordé sur près de huit productions différentes. Après avoir fait jouer Franco Gasparri et Tomás Milián avec beaucoup de succès, il fait la rencontre de l’acteur et cascadeur Maurizio Merli sur SOS jaguar, opération casse gueule (1977) qui rencontre un très gros succès en Italie. Dès lors, les deux hommes ne vont plus vraiment se quitter.
Ainsi, en 1978, ils tournent Un flic explosif qui pâtissait d’un script écrit à la va-vite. D’ailleurs, on ne peut pas dire que ce soit le point fort de Magnum Cop non plus. Le spectateur sent bien que la production a été précipitée et que tous les rebondissements de l’intrigue ne s’imbriquent pas forcément de manière très harmonieuse.
Magnum Cop, un film… sans flic
Ainsi, comme dans Un flic explosif, le film se divise en deux parties bien distinctes. La première, située à Rome, penche largement du côté de la comédie, tandis que la seconde localisée à Vienne, en Autriche, paraît bien plus sombre et sérieuse. Toutefois, dans Magnum Cop, il existe bien une continuité narrative entre les deux sections, ce qui rend le long métrage nettement plus intéressant.
Visiblement désireux de s’affranchir des règles du poliziottesco classique, Stelvio Massi et ses scénaristes préfèrent évacuer la police de leurs préoccupations pour livrer une œuvre plus proche du film de gangsters. Contrairement aux différents titres utilisés à l’international – et même en Italie – point de flic dans le film puisque Maurizio Merli incarne un détective privé un peu minable.
Merli aborde la comédie policière
Là aussi les fans du comédien seront surpris de le voir souvent en difficulté face aux méchants, lui qui d’habitude maîtrise toujours la situation. Mieux, dans la première partie, Stelvio Massi pousse l’acteur dans ses retranchements en lui faisant aborder le genre délicat de la comédie. S’il n’est pas exceptionnel, Merli s’en tire quand même plutôt bien et son personnage apparaît nettement plus sympathique qu’à l’accoutumée.

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Sur ce point donc Magnum Cop se distingue du tout-venant de l’époque en tirant vraiment vers la comédie, avec un sens de la répartie et du grotesque typiquement italien. La première demi-heure, par ailleurs très bis, est vraiment drôle et le spectacle apparaît donc comme franchement dynamique et prenant.
Joan Collins continue à incarner les garces savoureuses
Dès l’arrivée sur le sol autrichien, coproduction oblige, Magnum Cop change de ton et d’ambiance pour évoquer des faits plus sombres comme la prostitution de mineures – une obsession de l’époque – mais aussi la corruption des élites et la multiplication des enlèvements et des chantages à l’époque de ce que l’on a appelé les années de plomb. Le scénario noie le poisson en multipliant les digressions qui ne servent pas toujours à faire avancer l’intrigue (à quoi peut bien servir la trop longue séquence de l’effeuillage de Joan Collins, sinon à satisfaire le spectateur mâle en manque de sensations fortes ?). Même si Stelvio Massi ajoute régulièrement des scènes d’action, l’ensemble pâtit de ce scénario peu abouti.
Il est en partie sauvé par la prestance de Joan Collins dans un rôle marquant où la star continue à construire son image de garce impériale. Elle domine haut la main la deuxième partie du film, grâce à une présence imposante à l’écran et un personnage finalement assez complexe à cerner. A cela, il convient d’ajouter une très bonne partition musicale de Stelvio Cipriani qui livre ici des pastiches de rock progressif plutôt intrigants. En fait, il parvient à copier les compositions virtuoses de groupes comme Genesis et Pink Floyd (on pense beaucoup aux synthétiseurs éthérés de l’album Wish You Were Here datant de 1975) sans que cela relève du pur plagiat. En tout cas, les amateurs du genre entendront vite la ressemblance avec certains morceaux culte des deux groupes.
Une seconde partie plus sombre et intéressante
Cela ajoute une dimension plus sombre à cette seconde partie qui bénéficie également des paysages et constructions monumentales de la ville de Vienne. Ici, les personnages paraissent souvent écrasés par l’architecture massive de l’ancien empire austro-hongrois et cela confère au polar une ambiance très différente de ceux réalisés en Italie.
Efficace et plutôt bien fichu malgré une dimension bis indéniable, Magnum Cop appartient donc plutôt aux petites réussites du genre. Il a d’ailleurs rencontré un beau succès dans son pays d’origine. Pas assez cependant pour avoir le droit à une sortie française, puisque Magnum Cop n’aurait été diffusé que dans l’Est de la France selon le site Encyclociné. Par la suite, il a surtout connu une sortie VHS chez VIP en 1985 dont la jaquette insiste sur le rôle tenu par Joan Collins qui triomphait alors à la télévision dans la série Dynastie. Désormais, le métrage a rejoint la belle collection de polars italiens édités en blu-ray par Artus Films.
Critique de Virgile Dumez
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Stelvio Massi, Andrea Scotti, Werner Pochath, Gastone Moschin, Joan Collins, Maurizio Merli
Mots clés
Cinéma bis italien, Les gangsters au cinéma, La prostitution au cinéma, La pédophilie au cinéma, Artus Films
