L’Inconnu de la Grande Arche : la critique du film (2025)

Biopic, Historique, Drame | 1h44min
Note de la rédaction :
7/10
7
L'inconnu de la Grande Arche, l'affiche

  • Réalisateur : Stéphane Demoustier
  • Acteurs : Swann Arlaud, Xavier Dolan, Sidse Babett Knudsen, Cécile Ducrocq, Claes Bang, Michel Fau, Marc-Antonu Mozziconacci
  • Date de sortie: 05 Nov 2025
  • Année de production : 2025
  • Nationalités : Français, Danois
  • Titre original : L'Inconnu de la Grande Arche
  • Titres alternatifs : The Great Arch (titre international) / El gran arco (Espagne) / Nieznajomy pod Wielkim Łukiem (Pologne) / Architekt (Tchèque)
  • Casting : Claes Bang, Sidse Babett Knudsen, Xavier Dolan, Swann Arlaud, Michel Fau, Micha Lescot, Villbjørk Malling Agger, Cédric Appietto, François Raison, Olivier Marguerit, Jean des Forêts, Ilaria Cabras, Alessandro Bressanello, Patrick Sobelman, Axelle Bossard, Jiang Hong Chen, Benjamin Cléry, Guillaume Foresti, Cécile Ducrocq, Olivier Galliano
  • Scénariste : Stéphane Demoustier
  • D'après : le roman La Grande Arche de Laurence Cossé
  • Monteur : Damien Maestraggi
  • Directeur de la photographie : David Chambille
  • Compositeur : Olivier Marguerit
  • Cheffe maquilleuse : Flore Chandes
  • Cheffe décoratrice : Catherine Cosme
  • Directrice artistique : Catherine Cosme
  • Productrices : Muriel Meynard, avec Marie Gade Denessen
  • Producteurs exécutifs :
  • Sociétés de production : Ex Nihilo, Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte, MPC
  • Distributeur : Le Pacte
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Budget : 6 500 000 euros
  • Box-office France / Paris-Périphérie :
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Rentabilité :
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 :1 / Couleurs / Son : 5.1
  • Festivals : Festival de Cannes 2025 : sélection Un certain regard / Festival du film francophone d'Angoulême 2025 : sélection Les Flamboyants / Festival du film de Gijón 2025 : en compétition
  • Nominations :
  • Récompenses :
  • Illustrateur/Création graphique : © Silenzio (affiche) ; Julien Panié (photographie). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Ex Nihilo, Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte, MPC. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachée de presse : Marie Queysanne
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  • Franchise :
Note des spectateurs :

Avec L’Inconnu de la Grande Arche, Stéphane Demoustier s’empare d’une histoire peu connue et livre un film très intéressant, toujours traité à échelle humaine. Une réussite, assurément.

Synopsis : 1983, François Mitterrand décide de lancer un concours d’architecture international pour le projet phare de sa présidence : la Grande Arche de la Défense, dans l’axe du Louvre et de l’Arc de Triomphe ! A la surprise générale, Otto von Spreckelsen, architecte danois, remporte le concours. Du jour au lendemain, cet homme de 53 ans, inconnu en France, débarque à Paris où il est propulsé à la tête de ce chantier pharaonique. Et si l’architecte entend bâtir la Grande Arche telle qu’il l’a imaginée, ses idées vont très vite se heurter à la complexité du réel et aux aléas de la politique.

Une coproduction franco-danoise habilement conçue

Critique : Lorsqu’il découvre le livre de Laurence Cossé intitulé La Grande Arche, publié en 2016, le cinéaste Stéphane Demoustier (La Fille au bracelet et Borgo) se dit qu’il y a là de quoi en tirer un vrai film de cinéma. Cela ramène d’ailleurs le réalisateur à ses propres débuts dans le métier puisqu’il a travaillé pendant une dizaine d’années pour le compte du Pavillon de l’Arsenal et la Cité d’architecture en tournant des œuvres de commande dont les sujets étaient justement consacrés à l’architecture, un domaine peu exploré par les cinéastes, si l’on excepte le récent The Brutalist (Brady Corbet, 2024).

L'inconnu de la Grande Arche, photo 1

© 2025 Ex Nihilo, Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte, MPC . Tous droits réservés.

Malheureusement pour Stéphane Demoustier, les droits du roman étaient déjà acquis et il n’a pu s’intéresser de près au sujet que lors de leur cession à la société de production Ex Nihilo. Dès lors, le réalisateur et ses producteurs ont mis sur pied une coproduction avec le Danemark pour débloquer un budget assez cossu de 6,5 millions d’euros. Effectivement, L’Inconnu de la Grande Arche devait reconstituer le plus fidèlement possible les années 80, tout en utilisant une technologie informatique permettant d’animer des photographies du véritable chantier de la Grande Arche de la Défense en y intégrant également des acteurs.

L’Inconnu de la Grande Arche, effet de réalisme garanti

Cette approche minutieuse a permis l’exploit de reconstituer de la manière la plus conforme possible le vaste chantier, sans avoir recours à des décors trop gigantesques et donc forcément coûteux pour une telle production. Afin de parler d’un cube, Stéphane Demoustier a fait également le choix de proposer un format carré (1.37:1) qui ne choque jamais car il permet d’insister sur la profondeur de champ, tout en embrassant les structures architecturales de manière harmonieuse.

Autre avantage de ce format carré, L’inconnu de la Grande Arche semble filmé comme un documentaire qui aurait été tourné à l’époque sur ce projet pharaonique. L’effet de réalisme est tout à fait probant et offre au spectateur une parfaite immersion dans cette histoire dont, pour l’avouer franchement, nous ne connaissions pas grand-chose. La première scène à l’Elysée où tout le monde s’interroge sur l’identité de celui qui a remporté le prix d’architecture pour construire la Grande Arche fonctionne d’ailleurs comme une vraie comédie.

En art, du maximalisme au pragmatisme

Par la suite, le cinéaste décrit systématiquement deux approches opposées de l’art : l’une qui veut que l’artiste ne souhaite pas dénaturer son œuvre coûte que coûte, s’accrochant à sa vision de manière obstinée au risque qu’elle ne voit jamais le jour ; l’autre est nettement plus pragmatique et opte pour le compromis avec le pouvoir afin de parvenir à élever malgré tout le monument. La première vision est incarnée par l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen qui était un illustre inconnu lorsqu’il a remporté le concours pour créer le célèbre monument.

L'inconnu de la Grande Arche, photo 2

© 2025 Ex Nihilo, Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte, MPC . Tous droits réservés.

Totalement intransigeant, l’artiste est un puriste qui cherche le meilleur pour sa création quitte à multiplier les dépenses inconsidérées. Il est interprété par un Claes Bang excellent dans sa raideur aussi bien morale que physique. Face à lui, Swann Arlaud incarne l’architecte Paul Andreu qui est bien plus pragmatique et termine donc le monument quitte à trahir les volontés premières du créateur du Cube.

Les jeux de pouvoir au cœur de l’art

Dans tous les cas, les deux hommes sont deux artistes qui doivent faire face à une commande de l’Etat, et plus précisément du président François Mitterrand (très bon Michel Fau qui reprend la gestuelle du socialiste, mais démontre aussi sa très grande culture humaniste). Si Mitterrand semble ne pas vouloir compter – ce qui est confirmé par ses biographes qui insistent sur le peu d’appétence du président pour l’économie – le principe de réalité va s’imposer à lui lorsqu’en 1986 il doit composer avec la droite qui vient de remporter les élections législatives. Ainsi, le film s’en prend directement au ministre de l’Économie Alain Juppé qui tente de se débarrasser de ce projet encombrant en le faisant financer par le privé.

Ce sont bien ces restrictions budgétaires qui vont petit à petit dénaturer le projet d’origine pour aller à l’économie. Autant d’éléments qui vont ulcérer Johan Otto von Spreckelsen au point de renoncer à l’œuvre de sa vie. Si tous les passages dans les arcanes du pouvoir sont passionnants à suivre, Stéphane Demoustier parvient également à rendre stimulants les affrontements verbaux liés au maximalisme de Spreckelsen d’un côté et le pragmatisme d’Andreu de l’autre.

L’utopie peut-elle triompher du réel ?

Porté par des comédiens excellents – n’oublions pas les prestations réussies de Sidse Babett Knudsen et Xavier DolanL’Inconnu de la Grande Arche finit quasiment par ressembler à un thriller tant on se demande comment le projet va pouvoir aboutir face à l’avalanche d’entraves, qu’elles soient politiques ou administratives.

Dans tous les cas, le pouvoir n’en sort pas forcément grandi et l’administration pléthorique apparaît comme un frein envers l’innovation. Entre la volonté farouche d’hommes qui rêvent de s’affranchir de toute limite et la cruelle réalité des faits, le fossé est gigantesque et il n’y a guère de doute sur l’issue d’un combat inégal. L’utopie ne remporte jamais la bataille face au réel. C’est sans aucun doute la leçon bien triste de cet Inconnu de la Grande Arche fort intéressant.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 5 novembre 2025

L'inconnu de la Grande Arche, l'affiche

© 2025 Ex Nihilo, Zentropa, France 3 Cinéma, Le Pacte, MPC / Affiche : Silenzio ; Photographie : Julien Panié. Tous droits réservés.

Biographies +

Stéphane Demoustier, Swann Arlaud, Xavier Dolan, Sidse Babett Knudsen, Cécile Ducrocq, Claes Bang, Michel Fau

Mots clés

Cinéma français, Cinéma danois, L’architecture au cinéma, Paris au cinéma, Reconstitution des années 80, Le président français au cinéma

 

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L'inconnu de la Grande Arche, l'affiche

Bande-annonce de L'Inconnu de la Grande Arche

Biopic, Historique, Drame

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