Remake argentin de M le maudit, Le vampire noir constitue une excellente surprise par son esthétique expressionniste et la qualité de sa réalisation, très inspirée. A découvrir.
Synopsis : Un professeur d’anglais cible de moqueries de la part des femmes se met à tuer des enfants.
Le remake argentin de M le maudit
Critique : Alors qu’il vient d’achever un film noir intitulé Que la bête meure (1952), le cinéaste argentin d’origine uruguayenne Román Viñoly Barreto choisit de s’attaquer à une autre histoire très sombre, celle du tueur allemand Peter Kurten, également surnommé le « vampire de Düsseldorf ». Effectivement, le personnage réel semble avoir bu le sang de certaines de ses victimes, ce qui justifie le titre choisi par Barreto : Le vampire noir (1953).

© 1953 Argentina Sono Film S.A.C.I. / Photo : Les Films du Camélia. Tous droits réservés.
En réalité, il ne s’agit aucunement d’un film fantastique ou horrifique, mais du remake du grand classique M le maudit (Fritz Lang, 1931). Il fallait d’ailleurs un certain culot pour s’attaquer à un tel monument du cinéma mondial, mais Román Viñoly Barreto a livré ici une version tout à fait valeureuse qui s’impose même comme la meilleure déclinaison du chef d’œuvre de Lang. Certes, le script reprend de nombreux éléments emblématiques du film original, avec même un tueur interprété par l’excellent Nathán Pinzón, au physique très proche de celui de Peter Lorre. Celui-ci se promène dans les rues de Buenos Aires en sifflant l’air de Dans l’antre du roi de la montagne composé par le Norvégien Edvard Grieg, tout comme son modèle, et c’est ce détail qui finira par le perdre.
Une œuvre sur les pulsions inavouables de l’être humain
De même, les motivations du personnage sont identiques et fondées sur des pulsions irrépressibles. Protagoniste central de cette œuvre très sombre, le tueur ne peut réfréner ses pulsions de mort lorsqu’il approche des petites filles qu’il croise sur sa route. Certes, le cinéaste condamne de manière explicite les agissements du monstre, mais, comme dans le film de Lang, il tente de comprendre les mécanismes psychologiques qui mènent le tueur à passer à l’acte. Il en fait ainsi un personnage pathétique.
A sa poursuite, le procureur interprété par Roberto Escalada semble au départ un héros classique et sans tache. Toutefois, au cours du long métrage, le spectateur se rend compte que lui aussi est mu par ses pulsions sexuelles lorsqu’il essaie de profiter des charmes de la jeune femme témoin d’un meurtre (très convaincante Olga Zubarry). Puisque l’homme de loi considère cette danseuse de cabaret comme une femme légère, il tente sa chance avant de se faire violemment rabrouer. Cette scène vient ajouter une part de complexité dans une intrigue qui n’oppose donc pas de manière binaire le Bien et le Mal, mais qui cherche au contraire à identifier la part maléfique et pulsionnelle cachée en chacun de nous.
Un superbe hommage à l’expressionnisme allemand
Construit de manière plus classique et linéaire que le classique de Fritz Lang, Le vampire noir n’a rien à lui envier sur le plan esthétique. Ainsi, Román Viñoly Barreto et son directeur de la photographie Aníbal González Paz rendent un hommage absolument remarquable à l’expressionnisme allemand des années 20-30. Grâce à un noir et blanc très contrasté, jouant sans cesse sur le clair-obscur, le long métrage s’avère de toute beauté sur le plan esthétique.

© 1953 Argentina Sono Film S.A.C.I. / Photo : Les Films du Camélia. Tous droits réservés.
La réalisation de Barreto privilégie des cadrages biscornus et très travaillés, ainsi qu’une profondeur de champ extraordinaire. Le tout est également sublimé par des décors magnifiques créés par Jorge Beghé. Dès lors, Le vampire noir peut être considéré lui aussi comme un petit classique du cinéma argentin des années 50. Finalement, son seul défaut est de n’être que le remake d’un pur joyau du cinéma mondial.
Un bijou inclus dans la rétrospective de 3 films noirs argentins
Selon le site Encyclociné, le long métrage serait sorti épisodiquement dans le nord de la France sous son titre belge de L’étrangleur traverse la ville en mai 1962. Toutefois, cela ne constitue aucunement une sortie officielle qui n’est intervenue que fort tardivement. Ainsi, il a fallu attendre le mois de juin 2024 pour que le distributeur Les Films du Camélia sorte Le vampire noir au sein d’une rétrospective de trois films noirs argentins. Il s’agit en tout cas d’une bien belle surprise, d’autant que le film a été magnifiquement restauré aux Etats-Unis en 2022.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 19 juin 2024
Voir le film en VOD

© 2024 Les Films du Camélia. Tous droits réservés.
Biographies +
Román Viñoly Barreto, Georges Rivière, Olga Zubarry, Roberto Escalada, Nathán Pinzón
Mots clés
Cinéma argentin, Film noir, Les tueurs fous au cinéma, La pédophilie au cinéma