Le tigre du ciel : la critique du film (1977)

Film de guerre, Drame | 1h54min
Note de la rédaction :
7/10
7
Le tigre du ciel, affiche française

Note des spectateurs :

Desservi par un certain classicisme dans sa réalisation, Le tigre du ciel n’en demeure pas moins une intéressante évocation de la bataille aérienne faisant rage lors de la Première Guerre mondiale. Le tout à échelle humaine. Poignant.

Synopsis : Croft n’a pas oublié l’enthousiasme qui l’avait étreint lorsqu’au début de la guerre, le fringant Gresham (par ailleurs fiancé de sa sœur Jane) était venu porter la parole guerrière dans son collège. C’est fier de ses 15 heures de vol qu’il débarque en cette année 1917 dans l’escadrille anglaise que commande Gresham non loin d’Amiens. Les temps héroïques ont bien changé : aujourd’hui Gresham se noie dans l’alcool et l’arrivée de Croft, qui risque de découvrir son secret, bouleverse le jeune homme.

Un roman transposé dans l’univers de l’aviation

Critique : En 1929 paraissait le roman Journey’s End où l’écrivain britannique R.C. Sherriff relatait son expérience en tant que capitaine durant la Seconde Guerre mondiale. Assez rapidement, une adaptation cinématographique a été mise sur pied par le réalisateur James Whale dont La fin du voyage (titre français) fut d’ailleurs le tout premier film en 1930. Toutefois, l’intrigue générale se déroulait dans les tranchées et le film ne se distinguait pas du tout-venant concernant la Première Guerre mondiale.

Lorsqu’au milieu des années 70, le producteur britannique (d’origine polonaise) Benjamin Fisz envisage d’en produire un remake, il souhaite transposer la trame générale dans le milieu de l’aviation britannique. Le producteur n’est pas à son galop d’essai en matière de film de guerre puisqu’il a déjà financé Les héros de Télémark (Anthony Mann) en 1965 et surtout l’aérien La bataille d’Angleterre (Guy Hamilton, 1969). Son but est donc de retrouver le succès à travers l’adaptation d’une œuvre prestigieuse, agrémentée d’un casting so british à fort impact international.

Une adaptation plus intime que spectaculaire

Pour donner vie à cette page d’histoire, le producteur fait appel au réalisateur Jack Gold qui a plusieurs films corrects à son actif, ainsi qu’une flopée de téléfilms. L’homme sait être efficace, tout en livrant des œuvres de bonne qualité. Pourtant, sa discrétion est à la fois un atout et un cruel défaut pour la fresque que devait être Le tigre du ciel. Effectivement, loin de privilégier le spectaculaire, le cinéaste préfère largement se concentrer sur les enjeux humains, ce qui a pu désarçonner un public désireux de grand spectacle.

Certes, les évolutions aériennes des as de la Première Guerre mondiale sont impressionnantes et réalisées sans aucun effet numérique. Par contre, le choix d’utiliser des transparences pour suivre les réactions des personnages dans l’appareil est un peu plus discutable. Cela place immédiatement le film dans la catégorie des réalisations old school, ringardisées par les productions hollywoodiennes du moment. Pourtant, il serait injuste de stigmatiser cette technique qui est ici utilisée avec un réel savoir-faire. En gros, on y croit tout de même et cela ne ruine pas trop le réalisme des scènes de combat.

Un point de vue humaniste et dénué d’héroïsme crétin

Aujourd’hui, on préfère s’attarder sur les scènes au sol qui mettent en scène une compagnie d’aviateurs britanniques pris dans la tourmente de la guerre sur le front français en 1917. Loin d’être un film de guerre classique, Le tigre du ciel a le mérite de proposer une vision décalée, comme si le conflit n’était qu’une toile de fond aux tourments intérieurs des différents personnages.

Autre grande qualité, le long-métrage n’adopte aucunement un point de vue héroïque, mais préfère traiter le courage de certains de manière réaliste. Ainsi, dans cette compagnie, on trouve des naïfs comme le jeune héros incarné avec justesse par Peter Firth (l’adolescent torturé du fabuleux Equus, de Sidney Lumet), mais aussi un couard dont on ne stigmatise pas l’attitude bien humaine (excellent Simon Ward, peu de temps avant Holocaust 2000) et enfin un vieux routard rongé par la peur et l’alcool (Malcolm McDowell). Point d’appel au sacrifice dans ce film humble qui ose donc montrer les soldats dans leur plus simple humanité.

Outre d’excellents acteurs issus de la nouvelle génération des années 70, les gradés sont essentiellement incarnés par des autorités de la scène théâtrale britannique comme John Gielgud ou Trevor Howard, auquel il faut ajouter Ray Milland en fin de carrière.

Le tigre du ciel fut un échec public cinglant

Présenté en grande pompe lors d’une avant-première en présence de la Reine, Le tigre du ciel n’a pourtant pas obtenu le succès escompté. Sorti partout dans l’indifférence générale, le long-métrage, sans doute par son aspect déjà démodé, est tombé rapidement dans l’oubli, ce qui est finalement dommage au vu de ses réelles qualités humanistes. L’année suivante, Jack Gold allait enchaîner avec La grande menace, film assassiné par la critique mais dont nous pensons le plus grand bien.

Note : Attention, en France, ce film ne doit pas être confondu avec son homonyme Le tigre du ciel (The McConnell Story) réalisé par Gordon Douglas en 1955 avec Alan Ladd.

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Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 8 juin 1977

Le tigre du ciel, affiche française

© 1976 S. Benjamin Fisz Productions – Les Productions Jacques Roitfeld / Illustrateur : Landi. Tous droits réservés.

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