Le Monstre aux yeux verts : la critique du film (1962)

Science-Fiction, Epouvante-horreur | 1h25min
Note de la rédaction :
4/10
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Le monstre aux yeux verts, l'affiche

  • Réalisateur : Romano Ferrara
  • Acteurs : Marco Guglielmi, Michel Lemoine, Jany Clair, Maria Pia Luzi (Jane Avril)
  • Date de sortie: 06 Juin 1962
  • Année de production : 1962
  • Nationalités : Italien, Français, Allemand
  • Titre original : I pianeti contro di noi
  • Titres alternatifs : Planets Around Us (USA) / Hands of a Killer (UK)
  • Casting : Michel Lemoine, Maria Pia Luzi, Jany Clair, Marco Guglielmi, Piero Palermini, Jacopo Tecchi, Otello Toso, Peter Dane, Osvaldo Ruggieri, Adriano Micantoni, Donatella Marrosu, Renato Navarrini, Roberto Meloni, Antonio Piretti, Anna Maria Surdo, Franca Lumachi, Elvira Cortese, Consalvo Dell'Arti, Giuseppe Nider, Franco Ciuchini
  • Scénaristes : Romano Ferrara, Piero Pierotti
  • D'après : le roman de Massimo Rendina
  • Monteur : Luciano Cavalieri
  • Directeurs de la photographie : Angelo Lotti, Pier Ludovico Pavoni
  • Compositeur : Armando Trovajoli
  • Chef Maquilleur : Franco Palombi
  • Chef décorateur : Antonio Visone
  • Directeur artistique : Antonio Visone
  • Producteurs : Alberto Chemin, Gaetano Ciccarone, Pier Ludovico Pavoni
  • Co-Producteur : Robert de Nesle
  • Sociétés de production : Comptoir Français du Film Production (CFFP), Wanguard Film
  • Distributeur : CFF (Comptoir Français du Film)
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur VOD : Studiocanal
  • Date de sortie vidéo :
  • Budget :
  • Box-office Paris-Périphérie : 332 101 entrées / 92 884 entrées
  • Classification : Tous publics
  • Formats : Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals :
  • Illustrateur/Création graphique : © Lorenzo Nistri (affiche). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Studiocanal. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Tentative ratée de SF à l’européenne, Le Monstre aux yeux verts de Romano Ferrara manque cruellement d’un point de vue cinématographique, tandis que le rythme s’avère terriblement languissant.

Synopsis : Branco, un cyborg extra-terrestre muni d’un squelette métallique, prend l’apparence du fils d’un scientifique puis débarque sur Terre pour préparer l’invasion prochaine de sa race…

Quand la course à l’espace faisait rage!

Critique : Au milieu des années 50, le genre de la science-fiction connaît un véritable essor, notamment grâce aux productions de séries B américaines. Le genre plaît notamment au jeune public qui y trouve un écho à la lutte que l’URSS et les Etats-Unis se livrent pour la conquête de l’espace. L’avantage est d’ailleurs pour le régime soviétique puisqu’ils parviennent à envoyer le premier satellite Spoutnik en orbite en 1957, puis le premier homme dans l’espace en 1961 en la personne de Youri Gagarine.

De quoi susciter l’intérêt des masses pour les mystères de l’univers et relancer les spéculations sur l’existence d’extraterrestres. Ce thème est sans cesse abordé dans la production américaine, notamment sous l’angle propagandiste, puisque derrière la menace spatiale se dissimule en réalité un commentaire politique sur l’invasion intérieure que représente le communisme.

Quand l’Italie cherchait à copier le cinéma hollywoodien

Malgré un manque de moyens évident, quelques artistes italiens tentent de se lancer dans le genre de la SF. Le pionnier en la matière est assurément Antonio Margheriti avec Le Vainqueur de l’espace (1960) et surtout La Planète des hommes perdus (1961) qui rencontre davantage de succès. C’est ainsi que des producteurs italiens de la Wanguard Film (Le Moulin des supplices, en 1960) ont choisi de s’infiltrer dans la brèche en collaborant avec la société française de Robert de Nesle Le Comptoir Français du Film Production.

Ils ont notamment commandé l’adaptation du roman I Pianeti contro di noi du journaliste et écrivain Massimo Rendina qui donnera en français Le Monstre aux yeux verts. Au script, on trouve notamment Romano Ferrara qui est également chargé de la réalisation alors qu’il s’agit d’un novice en la matière. Enfin, pour des raisons de coproduction, on trouve en tête de générique le jeune premier français Michel Lemoine, ainsi que Jany Clair, tandis que la part italienne est représentée par la jeune Maria Pia Luzi et Marco Guglielmi.

De l’usage de stock-shots et de transparences foireuses

Malgré la coproduction franco-italienne, la première chose qui saute aux yeux face au Monstre aux yeux verts vient de son aspect fauché. Les premières scènes qui proposent un crash d’avion et l’explosion inexpliquée de plusieurs centrales nucléaires sont entièrement constituées de stock-shots, ce qui choque moins car le long métrage est en noir et blanc. Toutefois, un œil exercé verra immédiatement la supercherie qui consiste à emprunter des images d’autres films ou de documentaires pour donner l’impression d’une production luxueuse. De même, les nombreuses scènes en voiture donnent lieu à des transparences bien ratées.

Ensuite, le long métrage se situe intégralement sur la planète Terre et l’unique engin extraterrestre volant (en forme de soucoupe, comme toujours à l’époque) est constitué d’une maquette très visible. En réalité, le spectateur va suivre le périple d’un extraterrestre incarné par Michel Lemoine (en mode inexpressif comme Arnold Schwarzenegger dans Terminator) pour tenter de détruire toute forme de puissance nucléaire terrestre, afin de plus facilement conquérir le monde.

Une apparente neutralité politique qui s’envole dans le dernier tiers

Alors que le discours semble d’abord assez original puisque l’extraterrestre vient alerter du danger nucléaire une humanité sur la voie de l’autodestruction, la suite vient contredire cet aspect progressiste. Alors que le métrage s’affranchit pendant sa première partie du duel entre l’Est et l’Ouest typique de la Guerre froide, la dernière demi-heure se fait à nouveau plus conformiste en régurgitant la propagande américaine sur la menace intérieure que serait le communisme.

Mais ce qui se révèle le plus marquant dans Le Monstre aux yeux verts vient de sa tendance à tirer vers l’horreur. Ainsi, les pouvoirs de notre E.T. lui permettent de dissoudre instantanément les corps humains, ce qui donne lieu à quelques moments gore inattendus dans une production du début des années 60. Bien entendu, tout ceci n’est guère effrayant de nos jours, mais cela ajoute une touche d’originalité par rapport aux productions américaines bien plus timides en la matière.

Malgré ces efforts, Le Monstre aux yeux verts a tout de même très mal vieilli avec son rythme languissant, ses tunnels dialogués entre scientifiques, ainsi que ses nombreuses incohérences scénaristiques. A plusieurs reprises, les militaires comprennent bien des choses sans que l’on sache comment ils ont pu arriver à de telles déductions. De même, certains allers et retours du personnage principal paraissent un peu obscurs, comme si des scènes manquaient à l’appel.

Un film de SF passé inaperçu à l’époque

Outre le jeu assez étrange de Michel Lemoine, la réalisation de Romano Ferrara est assurément le gros point faible d’une œuvre tournée de manière plan-plan et sans grande imagination par un cinéaste débutant qui n’avait rien d’un visionnaire. Mis en scène par un autre, le métrage aurait sans doute davantage marqué les esprits. Romano Ferrara n’en avait apparemment pas le talent nécessaire.

Sorti à Paris le 6 juin 1962 par le Comptoir Français du Film, Le Monstre aux yeux verts a réalisé 12 543 entrées en 2 semaines, soit 8 023 entrées en exclusivité au Midi Minuit, puis 4 520 entrées dans la salle du Lynx, aujourd’hui connu comme sex-shop monumental, sous le nom du Sexodrome à Paris. Au fil des programmations, il glanera au total 92 884 entrées sur la capitale et pas moins de 332 101 entrées en France, soit un score de série B tout à fait satisfaisant.

Méconnu, le long métrage n’aura toutefois jamais le droit à la moindre sortie en VHS ou en DVD sur notre territoire. L’unique moyen de le visionner en France est de louer le métrage sur la plateforme VOD de Canal + qui en possède les droits. On notera d’ailleurs que la copie proposée est plutôt de belle tenue.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 6 juin 1962

Voir le film en VOD

Le monstre aux yeux verts, l'affiche

© 1962 Comptoir Français du Film Production (CFFP) – Wanguard Film. Tous droits réservés.

Biographies +

Romano Ferrara, Marco Guglielmi, Michel Lemoine, Jany Clair, Maria Pia Luzi (Jane Avril)

Mots clés

Cinéma italien, Cinéma franco-italien, Films de SF des années 60, Les extraterrestres au cinéma, Les attaques extraterrestres au cinéma

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