La tête d’un homme : la critique du film (1933)

Policier | 1h30min
Note de la rédaction :
8/10
8
La tête d'un homme, l'affiche

  • Réalisateur : Julien Duvivier
  • Acteurs : Alexandre Rignault, Harry Baur, Jean Brochard, Valéry Inkijinoff, Gaston Jacquet, Gina Manès, Damia, Line Noro
  • Date de sortie: 17 Fév 1933
  • Nationalité : Français
  • Titre original : La tête d'un homme
  • Titres alternatifs : A Man's Head (USA) / O Preço de uma Vida (Portugal) / Głowa mężczyzny (Pologne) / Il delitto della villa (Italie) / Maigret - Um eines Mannes Kopf (Allemagne) / A Cabeça de um Homem (Brésil)
  • Année de production : 1933
  • Scénariste(s) : Pierre Calmann, Louis Delaprée, Julien Duvivier, d'après le roman éponyme de Georges Simenon
  • Directeur de la photographie : Émile Pierre, Armand Thirard
  • Compositeur : Jacques Dallin
  • Société(s) de production : Les Films Marcel Vandal et Charles Delac
  • Distributeur (1ère sortie) : Pathé Consortium Cinéma
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : RCV (VHS) / TF1 Studio (DVD, 2017)
  • Date de sortie vidéo : 2017
  • Box-office France / Paris-périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.37 : 1 / Noir et Blanc / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : TF1 Studios (Droits Audiovisuels)
  • Franchise 3ème adaptation d'une enquête du commissaire Maigret dans les années 30
Note des spectateurs :

La tête d’un homme est non seulement l’un des meilleurs Maigret, mais aussi un grand cru méconnu dans la filmographie de Julien Duvivier. Harry Baur et Valéry Inkijinoff y sont exceptionnels.

Synopsis : Willy Ferrière n’a plus d’argent et sa maîtresse lui coûte cher. Un jour, au bar, il déclare qu’il paierait bien 100 000 francs à qui ferait mourir sa tante à héritage. Quelqu’un lui fait comprendre qu’il va s’en occuper. La tante est tuée. Un homme, apparemment simple d’esprit, est le coupable idéal. Le commissaire Maigret sent que quelque chose ne va pas.

La troisième adaptation cinématographique d’un Maigret

Critique : Au début des années 30, Julien Duvivier connaît un gros succès avec David Golder (1931) interprété par le grand Harry Baur qui devient un monstre sacré en très peu de temps. Parallèlement, l’œuvre romanesque de Georges Simenon commence à faire l’objet d’adaptations cinématographiques, et notamment les livres consacrés aux enquêtes du commissaire Maigret. Jean Renoir vient de livrer La nuit du carrefour (1932) avec Pierre Renoir en Maigret, tandis que Jean Tarride a tourné Le chien jaune (1932) avec Abel Tarride. La grande réussite du film de Jean Renoir pousse les producteurs Marcel Vandal et Charles Delac à proposer une adaptation d’un roman de Simenon à Julien Duvivier, leur réalisateur maison le plus talentueux. Le cinéaste s’empare donc du roman La tête d’un homme, publié en 1931 et propose le rôle de Maigret à Harry Baur.

Maigret au cinéma

Toutefois, il est important de signaler que le fameux commissaire n’a ici qu’un rôle assez secondaire, Harry Baur s’effaçant devant ses partenaires aux rôles plus complexes. L’intrigue est notamment centrée sur la figure étrange d’un certain Radek, parfaitement interprété par l’acteur russe Valéry Inkijinoff (Tempête sur l’Asie de Poudovkine, 1928). Le criminel – nous ne révélons rien car l’identité du tueur est donnée dès les premières minutes du film – est de loin le protagoniste le plus intéressant, tout comme dans le roman qui était largement inspiré du Crime et châtiment de Dostoïevski.

Un film touchant, à forte connotation sociale

Ainsi, Julien Duvivier insiste sur les inégalités sociales qui minent la société française des années 30. Radek, par ses origines étrangères, développe une rancœur tenace envers une population française aisée qu’il jalouse. Souffrant d’un manque évident de reconnaissance, tout en se sachant condamné par une maladie incurable, l’Asiatique choisit donc de terminer son existence sur un coup d’éclat en signant le crime parfait. Ainsi, il tisse une toile inextricable autour d’un pauvre bougre innocent (magnifique interprétation d’Alexandre Rignault) qui devient le coupable idéal et désigné par tout un faisceau de preuves indiscutables.

Par la suite, Radek ne cherche même pas à masquer sa culpabilité auprès du futé Maigret puisque rien ne peut l’impliquer dans le meurtre. C’est finalement ce jeu du chat et de la souris auquel nous convie un Julien Duvivier parfaitement à l’aise avec la sonorisation. Le réalisateur contourne les problèmes techniques en tournant quasiment tout le film en studio et en utilisant des transparences pour les extérieurs. Si cela date inexorablement le long-métrage, cette technique avait le mérite de pouvoir obtenir un son de meilleure qualité. Le tournage en studio permet aussi au cinéaste d’éviter le statisme, avec de nombreux mouvements de caméra et des cadrages maîtrisés.

Moins une enquête trépidante qu’un constat social particulièrement pessimiste

Mais le plus intéressant vient de la peinture extrêmement sombre d’une société française minée par la pauvreté (la crise de 1929 est passée par là) et les inégalités. Duvivier dépeint ici des quartiers populaires où les jeunes femmes ne s’en sortent qu’en se prostituant, tandis que la haute société se prélasse à l’abri du besoin dans des décors de rêve. En décrivant des personnages torturés, Duvivier retranscrit avec maestria la noirceur de l’univers de Simenon, ce qui fait d’ailleurs écho à son propre pessimisme qui ne cessera de se développer dans la suite de son œuvre. Ainsi, La tête d’un homme (1933) annonce l’extrême noirceur de son chef-d’œuvre Panique (1946) avec Viviane Romance et Michel Simon, encore d’après Simenon.

Alors que le long-métrage peut désarçonner les amateurs de whodunit puisque l’intrigue policière s’avère finalement très secondaire, il doit impérativement être redécouvert par les amoureux du cinéma français des années 30. Trop souvent ignoré, La tête d’un homme est assurément un excellent exemple de la pertinence d’un cinéaste qui a toujours su dépeindre ses contemporains. Son regard à la fois très pessimiste et humaniste ne peut qu’émouvoir. Il s’agit en l’occurrence de l’un des meilleurs films consacrés au commissaire Maigret, d’autant que le grand Harry Baur s’y révèle sobre et finalement proche du personnage littéraire.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 15 février 1933

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La tête d'un homme, l'affiche

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