Line Noro fut l’un de ces talentueux seconds rôles du cinéma français en noir et blanc. Elle a tourné avec Duvivier, Pagnol, Becker…
Une prédilection pour le mélodrame
Line Noro fait ses débuts de comédienne au théâtre en 1921. Elle collabore avec de grands metteurs en scène comme Jacques Copeau au Théâtre du Vieux-Colombier (Les plaisirs du hasard de René Benjamin, 1922), Charles Dullin au Théâtre de l’Atelier (Les dieux de la vengeance de Sholem Asch, 1925) et Louis Jouvet au Théâtre Pigalle (Judith de Jean Giraudoux, 1931).
Julien Duvivier la fait débuter au cinéma en 1928. Le parlant la cantonne à des rôles de « pleureuse » dès le mélodrame Faubourg Montmartre (1931) de Raymond Bernard, où elle interprète la sœur de Gaby Morlay. Le film est suivi de Mater Dolorosa (1932) d’Abel Gance dont elle tient le rôle-titre. Elle est ensuite prostituée dans La tête d’un homme (1933) de Julien Duvivier, avant d’incarner Gervaise dans L’assommoir (1933), adaptation de Zola signée Gaston Roudès.
Line Noro apparaît ensuite dans des incunables de Claude Heyman ou André Berthomieu, avant de trouver son rôle le plus célèbre de la décennie avec Inès, la femme délaissée par Jean Gabin dans Pépé le Moko (1937) de Duvivier. Abel Gance la dirige l’année suivante dans J’accuse (1938).
Line Noro, entre les studios et la Comédie-Française
Sous l’Occupation, elle interprète avec finesse Mme Mazel dans La fille du puisatier (1940) de Marcel Pagnol, puis Marie des Goupis dans Goupi Mains Rouges (1943) de Jacques Becker. On la revoit au générique du méconnu La fiancée des ténèbres (1945) de Serge de Poligny.
De 1945 à 1966, Line Noro est pensionnaire de la Comédie-Française. Mais elle reste fidèle au grand écran, renouant avec le mélodrame dans La symphonie pastorale (1946) de Jean Delannoy, où elle joue l’épouse du pasteur. Elle campe ensuite celle de Fernand Ledoux dans Éternel conflit (1948) de Georges Lampin, et de Fernandel dans Meurtres ? (1950) de Richard Pottier.
On la retrouve dans quelques autres films dont Nous sommes tous des assassins (1952) et Avant le déluge (1954) d’André Cayatte. Line Noro met un terme à sa carrière cinématographique en 1956. Olivier Barrot et Raymond Chirat ne l’ont pas oubliée dans leurs ouvrages de référence Les excentriques du cinéma français (1983) et Noir et Blanc – 250 acteurs français du cinéma français 1930-1960 (Flammarion, 2000).