Satire du peuple tchèque, Honneur et gloire est à réserver aux amoureux d’histoire et aux curieux qui souhaitent compléter leur soif de connaissance d’une cinématographie tchèque peu présente en France. Le métrage, quant à lui, est variablement intéressant.
Synopsis : Bohême, 1647, à la fin de la Guerre de Trente ans. Misère et désolation ont envahi le pays. Le chevalier Rynda, au sein de se forteresse, tente tant bien que mal de nourrir sa famille et ses gens. En 1620, son père avait subi une défaite lors de la Bataille de la Montagne Blanche, ce qui l’obligea à renier a foi protestante pour rejoindre la couronne catholique de l’Empereur. Un soir, un commissaire de l’Empereur, accompagné de son épouse, demande l’hospitalité à Rynda. Ils sont en fait des agents du Roi de France, cherchant à faire soulever les paysans contre les Habsbourg.
Un tournage en plein cœur de la tourmente du printemps de Prague
Critique : Elève à la FAMU, puis auteur de deux longs métrages qui appartiennent à la mouvance de la Nouvelle Vague tchèque (Personne ne rira d’après Milan Kundera, et Tempête sous les draps), le cinéaste Hynek Bočan souhaite tourner un film historique revenant sur une période rarement montrée au cinéma, à savoir la Guerre de Trente ans (1618-1848). Pour mémoire, cette période complexe a vu l’affrontement dans plusieurs pays européens entre catholiques et protestants.
Pour écrire cette histoire intitulée Honneur et gloire (1969), Hynek Bočan se fonde sur le livre rédigé par Karel Michal, publié deux ans auparavant. La gageure était de retranscrire le plus fidèlement possible à l’écran le mode de vie des petits seigneurs tchèques du milieu du 17ème siècle. Pour cela, le tournage a eu lieu en extérieurs en plein hiver, ainsi que dans les studios Barrandov pour tous les intérieurs, nettement plus nombreux. Il faut dire que les prises de vues ont été quelque peu décalées à cause des événements survenus lors du printemps de Prague de 1968 et la reprise en main de la Tchécoslovaquie par l’URSS.
Une intrigue historique complexe et parfois cryptique
Le spectateur est donc amené à suivre la vie quotidienne d’un petit seigneur local, très appauvri à cause de plusieurs décennies de guerre. On notera d’ailleurs que le cinéaste ne tente pas de faciliter le travail d’implication du spectateur puisqu’il n’explique absolument rien de ce conflit d’autant plus méconnu qu’il se situe ici sur les terres de Bohême. Au spectateur de reconstituer ce qu’il peut des événements à travers la profusion de dialogues dont on ne saisit pas toujours pleinement les implications.

© Artus Films / Création graphique : Benjamin Mazure. Tous droits réservés.
Finalement, Honneur et gloire doit être compris comme un titre ironique puisque le long métrage est une pure satire politique se moquant notamment de l’attentisme du peuple tchèque face aux événements extérieurs. Est-ce ici un clin d’œil à ce qui vient de se produire dans le pays ? Peut-être, mais Hynek Bočan cache plutôt bien son jeu si tel est le cas.
Le peuple tchèque toujours à rebours de l’Histoire ?
En fait, nous suivons l’inaction du seigneur local interprété par l’excellent Rudolf Hrusínský (L’incinérateur de cadavres de Juraj Herz, c’est lui) qui semble hésiter sans cesse sur la conduite à tenir, tandis qu’un mystérieux envoyé de l’Empereur lui demande de s’impliquer dans le conflit (correct Karel Höger pourtant en conflit direct avec le cinéaste). Finalement, le personnage principal, sorte d’alcoolique peu recommandable et grossier, va se décider à entrer en action, alors que l’on annonce déjà la paix. Pour autant, celui-ci décidera de poursuivre sa quête illusoire pour l’Honneur et la Gloire.
Tout au long du film, Hynek Bočan se moque donc de son propre peuple qui semble toujours être en décalage par rapport aux événements historiques. Ainsi, il décrit les Tchèques comme étant des paysans un brin stupides, menés par des brutes mal dégrossies. La charge n’est assurément pas tendre, même si elle nous laisse la plupart du temps assez froid. Effectivement, pour signifier que les protagonistes sont coincés dans leurs contradictions, le réalisateur a fait le choix de garder sa caméra fixe sur un trépied.
Une belle photographie qui compense la fixité des plans
Avec Honneur et gloire, tout est donc affaire de composition, de cadrage et de profondeur de champ. Heureusement, le directeur de la photographie Jirí Sámal parvient à sublimer plusieurs passages par son emploi d’un beau noir et blanc. On adore notamment les premières scènes montrant les massacres de la guerre. Mais cette belle promesse n’est pas toujours tenue car le film devient ensuite trop statique, et parfois même franchement théâtral dans son approche de la mise en scène.
Si l’on ajoute à cela de longs tunnels dialogués et un contexte historique pas franchement clair, on ne peut pas dire que le métrage soit passionnant à suivre. En tout cas, on conseille vraiment aux futurs spectateurs de se replonger dans cette période trouble avant le visionnage, car il ne faut pas compter sur le cinéaste pour éclairer leur lanterne. Outre un beau noir et blanc, le film dispose aussi d’une belle musique signée de l’incontournable Zdenek Liska. Là encore, on regrette simplement qu’elle ne soit pas davantage présente.
La Mostra de Venise, puis la disgrâce
Avec le raidissement de la censure tchécoslovaque, Honneur et gloire n’a connu qu’une sortie limitée dans le pays, même s’il a été présenté en compétition au prestigieux Festival de Venise en 1969, décrochant par ailleurs le prix du meilleur film étranger. Pour Hynek Bočan, ce fut le début d’une période très sombre puisqu’il a été contraint d’abandonner le tournage de son film suivant (La Prison) qui a été interdit alors qu’il était inachevé. Le réalisateur, désormais persona non grata ne pourra le terminer qu’en 1990 après la chute du régime communiste.
Critique de Virgile Dumez
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Hynek Bočan, Rudolf Hrusínský, Josef Kemr, Iva Janžurová, Zdeněk Kryzánek, Karel Höger, Blanka Bohdanová
Mots clés
Cinéma tchécoslovaque, Le monde paysan au cinéma, La chevalerie au cinéma, Satire, Drame historique, Artus Films
