L’incinérateur de cadavres : la critique du film (1971)

Drame, Thriller | 1h36min
Note de la rédaction :
10/10
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L'incinérateur de cadavres, affiche de la reprise 2019

  • Réalisateur : Juraj Herz
  • Acteurs : Rudolf Hrusinsky, Vlasta Chramostová, Jana Stehnova, Milos Vognic
  • Date de sortie: 21 Juil 1971
  • Nationalité : Tchécoslovaque
  • Titre original : Spalovac mrtvol
  • Année de production : 1969
  • Distributeur : Cinémas Associés
  • Distributeur de la reprise : Malavida
  • Date de la reprise : 20 novembre 2019
  • Editeur vidéo (DVD) : Malavida
  • Sortie vidéo (DVD) : 9 mai 2014
  • Classification : Interdit aux moins de 12 ans

Plongeant au cœur de la monstruosité ordinaire, Juraj Herz signe avec L’incinérateur de cadavres une œuvre atypique et audacieuse qui demeure l’un des grands classiques du cinéma d’avant-garde des années 60. A redécouvrir d’urgence dans une nouvelle copie restaurée en 4K.

Synopsis : Monsieur Kopfringl, homme brave et peu avare de sa personne, exerce son métier d’incinérateur avec un amour troublant. Et cherche à développer son commerce, qu’il considère comme un bienfait pour l’humanité. Il revoit par hasard un compagnon d’armes – et sympathisant nazi – qui lui suggère qu’il pourrait avoir du sang allemand dans les veines.

Un contexte troublé pour un film qui critique le régime

Critique : Il aura fallu pas moins de deux ans à Juraj Herz pour parvenir à adapter à la fin des années 60 le livre de Ladislav Fuks L’incinérateur de cadavres. Malgré la collaboration au scénario de l’auteur du roman, la tâche fut particulièrement délicate à relever puisqu’il fallait refondre l’intégralité de la narration, inadaptable en l’état.  Par ailleurs, le cinéaste a profité du relâchement certain de la censure précédant le printemps de Prague pour obtenir le financement nécessaire au tournage.

L'incinérateur de cadavres, l'affiche tchèque

Copyright 1969 Filmové studio Barrandov – Sebor. Tous droits réservés.

Toutefois, les événements du mois d’août 1968 (l’entrée des chars soviétiques à Prague et la reprise en main par Moscou) ont obligé les auteurs à interrompre le tournage, tandis que le long-métrage achevé n’est finalement sorti que durant trois jours au début de l’année 1969, avant d’être purement et simplement interdit par des autorités sous haute surveillance soviétique.

Chronique d’un fascisme ordinaire

Même si L’incinérateur de cadavres n’est pas à proprement parler une œuvre politique, elle décrit un état délétère de la société tchèque qui dérangeait fortement le pouvoir en place. Pourtant, les auteurs dénoncent avant tout le conformisme des petites gens en faisant la chronique d’un fascisme ordinaire. Situant l’intrigue durant la conquête de l’espace tchèque par les nazis, le cinéaste ausculte la lente dérive d’un homme banal vers la collaboration consentie et l’impact que cela entraîne sur l’ensemble de sa famille.

Herz déconstruit la forme

Si le thème est finalement assez classique, le traitement est loin de se conformer aux canons du réalisme socialiste prôné dans les pays satellites de l’URSS. Effectivement, Juraj Herz et son chef opérateur Stanislav Milota usent et abusent du grand angle pour déformer les images, se servent du montage abrupt à la Eisenstein pour provoquer des collisions insolites porteuses de sens, tout en se laissant aller à une grande liberté de ton qui rappelle les innovations de la Nouvelle Vague française.

L'incinérateur de cadavres, photo d'exploitation

Copyright 1969 Filmové studio Barrandov – Sebor / 2019 Malavida. Tous droits réservés.

Ce mélange étonnant aboutit à la création d’une œuvre étrange qui provoque à la fois la fascination et le dégoût. Car, sans jamais aborder de front le thème de la Shoah, Juraj Herz signe une métaphore particulièrement affreuse de cet épisode historique. En se concentrant sur le destin d’une unique famille, il fait prendre conscience de l’horreur d’une idéologie qui contamine peu à peu les esprits au point de leur faire admettre l’impensable. Par un renversement sémantique impressionnant, le monstre se persuade d’être un bienfaiteur et de servir l’humanité en la précipitant dans un gouffre sans fond.

Hautement transgressif, L’incinérateur de cadavres sublime son sujet par une ironie cinglante

Anticipant de plusieurs décennies le cinéma transgressif et immersif d’artistes comme Gaspar Noé, Juraj Herz nous oblige à côtoyer un personnage détestable durant l’intégralité de la projection. Il le fait avec une distance ironique salvatrice, un humour noir terrifiant et un brio formel qui en font un digne représentant du cinéma des pays d’Europe centrale des années 50-60. Et de fait, L’incinérateur de cadavres est un vrai film culte, mais à réserver à un public averti.

Le distributeur Malavida a l’excellente initiative de ressortir le film dans une version restaurée en 4K. L’occasion rêvée de découvrir ou de revoir ce chef-d’œuvre encore trop méconnu dans des conditions optimales.

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Critique de  Virgile Dumez 

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L'incinérateur de cadavres, affiche de la reprise 2019

Copyright 1969 Filmové studio Barrandov – Sebor / 2019 Malavida. Graphisme : Fabrice Montignier. Tous droits réservés.

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L'incinérateur de cadavres, affiche de la reprise 2019

Bande-annonce de L'incinérateur de cadavres (VOSTF)

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