Chloé Zhao confirme son immense talent avec Hamnet, superbe tragédie portée par une réalisation magnifique et des comédiens au sommet de leur talent. Attention, chef d’œuvre !
Synopsis : Angleterre, 1580. Un professeur de latin fauché, fait la connaissance d’Agnes, jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel.
A l’origine, un roman à succès
Critique : Depuis ses débuts vers 2008, la réalisatrice Chloé Zhao n’a eu de cesse d’explorer des univers très différents avec un point de vue humaniste qui ne s’est jamais émoussé. Que ce soit le monde des cowboys dans Les Chansons que mes frères m’ont apprises (2015) et The Rider (2017), l’Amérique des déclassés avec le magnifique Nomadland (2020) et même l’univers Marvel avec l’excellent Les Eternels (2021), la cinéaste a toujours su ajouter un point de vue personnel à ces œuvres apparemment disparates.
Cela se confirme avec Hamnet (2025) qui amène la réalisatrice d’origine chinoise dans l’Angleterre de la fin du 16ème siècle sur les traces du dramaturge William Shakespeare et surtout de son épouse Anne (ou Agnes) Hathaway. En réalité, l’intrigue est issue du roman éponyme écrit par Maggie O’Farrell qui revient en détail sur la création hypothétique de la pièce Hamlet, ainsi que sur les déboires sentimentaux du célèbre écrivain. L’écrivaine raconte notamment le poids de la disparition du fils de l’auteur, le jeune Hamnet, sur le chef d’œuvre du grand William.

Credit: Agata Grzybowska / © 2025 FOCUS FEATURES LLC
Un projet soutenu par Sam Mendes et Steven Spielberg
Bien entendu, étant donné le flou qui entoure la vie de l’écrivain, Hamnet doit bien être vu comme une fiction et non comme un biopic qui conterait une réalité historique clairement établie. En fait, les manques au sein de sa biographie permettent aux artistes de se laisser porter par la fiction, ce qui est le cas de Maggie O’Farrell dont le livre a été immédiatement acheté par Liza Marshall et Sam Mendes. Dès l’annonce du projet, l’écrivaine a travaillé en parfaite osmose avec la réalisatrice Chloé Zhao, intéressée par le projet.
Rapidement, les comédiens Jessie Buckley et Paul Mescal sont annoncés au casting, Steven Spielberg se greffe à la production et le tournage a eu lieu à partir du mois de juillet 2025 au pays de Galles. Le résultat final s’avère au-delà de toutes nos espérances tant la cinéaste est entrée en communion avec cette époque compliquée de l’histoire britannique, marquée notamment par l’épidémie de peste.
Une ode magnifique à la vie et à la nature
L’excellente idée est d’avoir centré le film sur l’histoire de l’épouse d’un William Shakespeare qui n’est pas encore un écrivain reconnu. A chaque fois que celui-ci quitte sa campagne pour se rendre à Londres, la réalisatrice préfère rester aux côtés de son épouse et de sa famille, laissant donc dans l’ombre l’ascension progressive du dramaturge.
Véritable ode à la nature et aux liens qu’entretient Agnes avec celle-ci, Hamnet fait preuve d’un réel panthéisme lorsque Chloé Zhao fait de cette famille des créatures proches des forces silvestres. Considérée comme une sorcière par la famille de Shakespeare, la jeune femme est surtout en communion permanente avec cette nature sauvage qui la définit si bien. Ainsi, lorsqu’elle enfante, elle le fait sous la protection des grands arbres qui forment comme un cocon protecteur. Certains plans sur la terre gorgée d’eau évoquent même un sexe féminin, insistant ainsi sur les forces telluriques à l’œuvre.

Credit: Agata Grzybowska / © 2025 FOCUS FEATURES LLC
Comment la pire des douleurs est transcendée par l’art
Doté d’une photographie somptueuse qui reprend l’esthétique des toiles de Vermeer pour les intérieurs, Hamnet séduit donc initialement par le soin maniaque apporté aux costumes, aux décors et à la reconstitution de l’Angleterre de l’époque. Débutant comme une superbe histoire d’amour, le métrage embrasse ensuite la thématique de la disparition tragique d’un enfant à la suite de l’épidémie de peste qui ravage le pays.
Tourné avec beaucoup de pudeur, Hamnet bénéficie du jeu très inspiré de Jessie Buckley et de Paul Mescal qui intériorisent beaucoup avant de laisser exploser leur douleur lors de scènes déchirantes. Si le film peut parfois se laisser aller au mélodrame, il demeure toujours tenu par une écriture d’une belle finesse concernant l’évolution psychologique des différents protagonistes. A la fois ode à la vie, mais aussi magnifique tragédie sur les malheurs qui parsèment nos existences, Hamnet démontre que la pire des douleurs peut être transcendée par l’art.

Credit: Agata Grzybowska / © 2025 FOCUS FEATURES LLC
Parvenir à la catharsis par l’œuvre d’art
Ainsi, la dernière séquence située au Globe Theatre démontre la dimension cathartique de l’œuvre d’art et introduit une mise en abime habile où le spectateur de la salle de cinéma observe l’auditoire de l’œuvre théâtrale. Dès lors, la réalisatrice ajoute à ses images le morceau de musique le plus célèbre de Max Richter (On the Nature of Daylight) et propulse son propre film au paroxysme de l’émotion. Certains pourront d’ailleurs lui reprocher cet usage qui manipule les émotions des spectateurs dans une forme de sentimentalité lacrymale. Pourtant, elle permet justement de crever l’abcès et d’arriver à cette fameuse catharsis qui est aussi la marque des grandes créations.
Tel quel, Hamnet est donc un bijou qu’il convient de célébrer, confirmant au passage le talent d’une réalisatrice à la vision artistique intacte. Initialement présenté lors du Festival de Toronto en 2025, Hamnet a reçu d’excellentes critiques lors de ses sorties à l’étranger. Le chef d’œuvre à la sensibilité exacerbée vient également de glaner huit nominations aux Oscars dont celles du meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleure actrice pour Jessie Buckley, meilleur scénario, meilleurs décors, meilleurs costumes, meilleur casting et meilleure musique. On lui souhaite sincèrement de triompher, aussi bien en salles que dans les différentes cérémonies tant le long métrage nous réconcilie avec un certain cinéma classique qui charrie son lot de sensations fortes.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 21 janvier 2026

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Biographies +
Chloé Zhao, David Wilmot, Jessie Buckley, Emily Watson, Noah Jupe, Paul Mescal, Joe Alwyn
Mots clés
Cinéma britannique, Cinéma américain, Biopic, Les écrivains au cinéma, Tragédie, Les films à Oscars

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