Deux moi : la critique du film (2019)

comédie dramatique | 1h49mn
Note de la rédaction :
8/10
8
Deux Moi de Cédric Klapisch

Note des lecteurs

Entre comédie et drame, Cédric Klapisch signe avec Deux moi, un film touchant et optimiste sur la quête de bonheur d’une jeunesse prise au piège d’une époque hyper connectée.

Synopsis : Rémy et Mélanie ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu’il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyper connectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Deux individus, deux parcours. Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… celle d’une histoire amour ?

François Civil dans Deux moi

© Emmanuelle Jacobson-Roques – Ce qui me meut

 

Klapisch cherche encore son chat pour notre plus grand plaisir

Critique : Après avoir fait un détour par les vignobles de Bourgogne pour aborder le thème des liens familiaux et de la transmission dans Ce qui nous lie, Cédric Klapisch fait à nouveau vibrer le cœur de ces mégapoles qui n’ont jamais cessé de servir de décor à son cinéma et dont il sait, mieux que personne, restituer l’âme. Ici, on retrouve un jeune homme solitaire qui cherche le chat qu’une voisine lui a collé dans les bras alors qu’il n’en voulait pas mais dont il ne peut désormais plus se passer, une épicerie de quartier haute en couleur, version réduite du monde contenu dans une rue de Paris et des cours de danse qui rapprochent les cœurs et les corps. Il ne s’agit pourtant pas de faire la version bis du Chacun cherche son chat qui apporte à Klapisch, en 1996, la reconnaissance publique et critique. Car si son amour pour Paris reste intact, il ne manque pas de souligner les difficultés d’y vivre aujourd’hui, surtout depuis l’apparition des réseaux sociaux qui ont modifié les rapports humains. Toujours attentif au sort des jeunes générations, il met ses pas dans ceux de deux jeunes trentenaires esseulés, pas vraiment taillés par la routine métro/boulot/dodo des cités tentaculaires, peu à peu gagnés par une inexplicable mélancolie toute proche de la dépression. Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) habitent le même quartier, se croisent dans les couloirs du métro, chez les commerçants sans jamais se voir privilégiant les rendez-vous ratés et les rencontres inopportunes (qui nous offre cependant le plaisir d’une scène réjouissante avec Pierre Niney) via les applications de rencontres. Il travaille dans un entrepôt gigantesque qui contient (presque) tous les objets du monde. Elle regarde le monde au travers d’un microscope. Il est en proie à des insomnies, elle dort tout le temps et partout. Pourtant, malgré les obstacles, et sans le savoir, ils cultivent la même envie profonde de rencontre mais y arriveront-ils ? Qu’est ce qui les relie entre eux ? Se met alors en place le jeu du suspense, élément supplémentaire pour dynamiser une narration déjà riche.

 

Ana Gorardot dans Deux moi

© Emmanuelle Jacobson-Roques – Ce qui me meut

Deux moi restitue avec authenticité les émotions de la vie

A contre-courant des codes de la comédie romantique, cette histoire de rencontres sur fond de réconciliation avec soi-même aurait facilement pu s’égarer entre banalité et mièvrerie. Mais l’œil tout à la fois bienveillant et malicieux que Klapisch pose sur les paradoxes de l’époque, son écriture fluide et la tendresse dont il entoure tous ses personnages préservent son récit de tout risque de misérabilisme ou même d’ennui.

Il s’attache aux détails minuscules du quotidien de gens ordinaires, immédiatement identifiables pour le spectateur, et à travers les personnages facétieux et pleins de vie de Simon Abkarian et Eye Haïdara, clame haut et fort qu’aucune rencontre virtuelle ne remplacera jamais la chaleur d’une relation réelle. Pour sortir nos deux jeune héros de leur marasme, il leur ouvre, entre légèreté et empathie, les portes de la psychothérapie et offre ainsi à Camille Cottin (déjantée juste à point) et François Berléand (touchant observateur des errements de l’âme humaine) des rôles qui, s’ils frôlent d’abord la caricature, se parent finalement de tonalités souvent subtiles et toujours drôles.

Si le réalisateur a le don de restituer avec authenticité les émotions de la vie, il a également celui de s’entourer des comédiens adéquats. La lumineuse Ana Girardot apporte charme et crédibilité à cette jeune femme perdue dans un monde trop grand pour elle tandis que François Civil prête une fois encore sa fragilité à un personnage plus complexe qu’il n’y paraît.

Faire un film qui fait du bien avec des gens qui vont mal, tel est le pari risqué mais réussi de celui qui, fasciné dès son plus jeune âge par les affiches des cinémas parisiens, avait espéré devenir un jour l’un des plus grands cinéastes français.

Critique : Claudine Levanneur 

 

Sorties de la semaine du 11 septembre 2019

Deux Moi de Cédric Klapisch

Copyright : 2019 StudioCanal

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Deux Moi de Cédric Klapisch

Bande-annonce du film

comédie dramatique

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