A la fois drôle, délirant et violent, Bugonia est une satire qui dézingue à tout va et développe une misanthropie typique du cinéaste grec qui retrouve ici ses fondamentaux.
Synopsis : Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise, convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre.
Bugonia, le remake d’un film culte coréen
Critique : Depuis quelques temps, le cinéaste grec Yórgos Lánthimos a fait évoluer son style vers davantage de baroquisme notamment dans son très esthétique Pauvres créatures (2023). Mais il s’est aussi égaré en chemin en livrant son œuvre la plus décevante avec le film à sketches Kinds of Kindness (2024) qui partait véritablement dans tous les sens et ne trouvait jamais le bon rythme. Il était donc temps pour lui de revenir à un cinéma plus proche de son style habituel, généralement froid et clinique comme l’étaient Canine (2009), The Lobster (2015) et surtout l’excellent Mise à mort du cerf sacré (2017).

© 2025 Universal Pictures / Photographie : Atsushi Nishijima/Focus Features. Tous droits réservés.
L’idée de le retrouver aux manettes d’un remake d’un film culte sud-coréen (Save the Green Planet de Jang Joon-hwan, datant de 2003) n’était pas forcément très enthousiasmante puisque cela supposait à priori de se conformer à un matériau préexistant. Pourtant, le cinéaste impose sa marque dès les premiers plans, entièrement tournés en pellicule VistaVision dans un format étriqué 1.50 : 1. Usant souvent du grand angle, le cinéaste organise surtout ses plans de manière parfaitement géométrique, jouant également beaucoup sur la profondeur de champ. Ce format carré convient également très bien aux nombreuses scènes se déroulant dans un lieu clos, enfermant les personnages dans leur délire complotiste.
Une satire virulente, violente et étonnante
Pour rendre son long métrage plus dérangeant, le cinéaste joue également sur le contraste assez effrayant entre une bande-son souvent dépouillée de tout bruit, avant que ne retentisse une musique assourdissante composée à nouveau par Jerskin Fendrix, le collaborateur attitré du réalisateur. Cette musique quasiment bruitiste vient donc souligner les passages les plus violents et crée régulièrement un malaise profond, typique des anciens films du Grec fou.
Ainsi, ceux qui s’attendent à une œuvre lisse qui viendrait leur confirmer la profonde stupidité des complotistes peuvent abandonner leurs espoirs. Dans le cinéma de Yórgos Lánthimos, rien n’est jamais vraiment ce qu’il semble être de prime abord. Car l’homme est un adepte de l’humour noir et surtout il adore la satire, ainsi que la pure provocation.
Face à la bêtise humaine, le rire devient une arme
Avec Bugonia, il nous offre donc une violente critique du capitalisme, du complotisme, de la stupidité humaine en général, mais il va également jusqu’au bout de sa logique misanthrope dans un final assez inattendu dont nous ne dévoilerons rien. En tout cas, l’artiste va bien jusqu’au bout de son délire, avec quelques passages très violents et gratinés, mais qui, généralement, ont pour vocation de faire rire – ou plutôt grincer des dents.

© 2025 Universal Pictures / Photographie : Atsushi Nishijima/Focus Features. Tous droits réservés.
Pour agrémenter cette intrigue qui fonctionne essentiellement à huis-clos, sans que l’on s’ennuie une seule seconde, le cinéaste a pu compter sur l’implication totale de son casting. Emma Stone fait une PDG froide et insensible dont le physique particulier peut faire douter de sa nature humaine. Face à elle, Jesse Plemons est assez impressionnant, d’autant qu’il a perdu beaucoup de poids et que sa métamorphose physique fait de lui un parfait redneck, d’une crédibilité absolue.
Bugonia, le retour en forme d’un cinéaste iconoclaste
Enfin, le cousin qui aide le complotiste dans son opération de kidnapping est interprété par l’adolescent Aidan Delbis dont le TSA (Trouble du Spectre Autistique) relativement marqué correspond totalement au rôle qu’il doit tenir ici. Le trio nous délivre plusieurs scènes d’anthologie, notamment lors des séquences plus trash et violentes.
Présenté à la Mostra de Venise en 2025, Bugonia est reparti bredouille du festival. Sorti sur les écrans français depuis le 26 novembre de la même année, on lui souhaite de rencontrer un certain succès car il s’agit d’une production (du cinéaste culte Ari Aster) qui se distingue clairement du lot.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 26 novembre 2025

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Yórgos Lánthimos, Emma Stone, Alicia Silverstone, Jesse Plemons, Aidan Delbis
Mots clés
Cinéma américain, Satire sur l’Amérique, Les extraterrestres au cinéma, L’Amérique profonde au cinéma, Les enlèvements au cinéma, Remake