Tilda Thamar est une actrice argentine née en 1921, mais sa carrière sera essentiellement européenne, et en particulier française dans les années 50 où elle inonde les écrans de sa présence.
Après plus d’une vingtaine de longs métrages entre 1936 et 1947, dont Segundos afuera, avec la mythique femme politique Eva Peron que Madonna incarna dans un biopic. Elle s’exile en France en 1949 en raison d’une carrière compromise par une polémique autour d’une photo de nu et l’interdiction de tourner qu’érigea à son encontre l’épouse de Juan Peron. La femme libre ne retournera en Argentine qu’en 1955, lorsque le Peron sera écarté du pouvoir, pour y tourner un film.
Tilda Thamar est une révélation en France dans L’ange rouge de Jacques Daniel-Norman (1949). Le film avec Paul Meurisse atteint les 1 400 000 spectateurs. Il est suivi en 1949 par Ronde de nuit de François Campaux (1 381 000 entrées), Amour et compagnie de Gilles Grangier, la même année (1 909 000).
La Bombe argentine explose en France
Tilda Thamar connaît une décennie faste dans des divertissements oubliables où elle tient le ou l’un des premiers rôles. On la surnomme alors “la bombe argentine” de par son physique sensuel. Ainsi, dans les années 50, elle est présente dans une vingtaine de longs métrages dont Massacre en dentelles d’André Hunebelle, avec Raymond Rouleau (1952, 1 879 000), Paris Palace Hôtel de Henri Verneuil, avec Charles Boyer et Françoise Arnoul (1956, 2 260 000), Bouquet de joie, avec Charles Trenet (1952, 549 000), Une nuit au Moulin Rouge (1957, 756 000 entrées), Sérénade au bourreau, encore avec Paul Meurisse (1952, 680 000)…
Parmi ses plus gros succès au box-office, on citera Porte d’orient de Jacques Daroy, avec Yves Vincent (1951, 2 406 000), Paris Canaille de Pierre Gaspard-Huit, avec Dany Robin et Daniel Gélin (1956, 2 137 000), La caraque blonde de Jacqueline Audry (1954, 1 946 000), Chéri fais-moi peur de Jack Pinoteau, avec Darry Cowl (1958, 1 645 000), Incognito de Patrice Dally, avec Eddie Constantine (1958, 1 644 000), Les fanatiques d’Alex Joffé, avec Pierre Fresnay, Michel Auclair, Françoise Fabian (1957, 1 619 000)…
Des succès au box-office à la peinture
Après un premier mariage en 1948 avec un comte argentin, Thilda Thamar épouse le peintre espagnol Alejo Vidal-Quadras en 1956. Elle l’avait déjà rencontré en Argentine dans les années 40. Ils resteront mari et femme jusqu’à leur divorce, en 1970. Ce mariage permet à l’artiste de revenir à ses premières amours, la peinture. Elle se remet à cet art qu’elle avait étudié dans sa jeunesse argentine à l’Ecole Nationale des Beaux Arts. Elle expose et connaît un certain succès d’estime. Ses œuvres représentaient en particulier une beauté féline dans un cadre naturel, à la fois naïf et surréaliste.
Une réalisation érotique dans les années 70
Thilda Thamar s’éloigne du cinéma qui ne lui offre pas les rôles à la mesure de son ambition, avec seulement deux films dans les années 60, dont Safari Diamants de Michel Drach, avec Marie-José Nat et Jean-Louis Trintignant…
En 1972, désormais âgée de 50 ans, l’ancienne vedette démarre le tournage de sa première réalisation. L’appel sort en 1974 et surprend. Il s’agit d’un film érotique arty qu’elle a co-écrit avec son ancien époux et Michel Lemoine qui tient également le premier rôle masculin. L’insuccès de l’œuvre, sortie en catimini en mai 1974, lui vaut une disparition quasi immédiate des cinémas.
L’actrice tourne aussi en 1973 dans Un ange au paradis de Jean-Pierre Blanc. Michel Aumont et Bulle Ogier en sont les têtes d’affiche. Un nouvel échec.
Une fin tragique après un dernier long pour la route, chez Jesus Franco
On ne retrouvera cette grande dame qu’en 1988 dans une production de série B à gros budget produite par René Chateau, Les prédateurs de la nuit que Jess Franco réalise. Le célèbre éditeur vidéo est en effet un grand fan des cinémas de quartier et du patrimoine des années 50 dont il édite régulièrement des œuvres au sein de son immense répertoire, comme Les pépées au service secret de Raoul André, en VHS, puis en DVD, en 2019.
Dans Les prédateurs de la nuit, thriller horrifique avec Helmut Berger, Brigitte Lahaie et Telly Savalas, l’ancienne diva ne tient qu’un petit rôle hommage à sa carrière atypique. Elle intervient seulement face au grand Helmut Berger. Malheureusement, les spectateurs des années 80 semblent avoir oublié la vedette des années 50, tant son répertoire est passé aux oubliettes.
Tilda Thamar décède neuf mois après la sortie du film, dans l’indifférence générale, victime d’un accident de voiture tragique. Elle n’avait que 67 ans. Il est toujours temps de redécouvrir cette vamp iconoclaste.
Les personnalités disparues en 1989

Jaquette Recto des Pépées au Service Secret © Les Films Marceau © Collection René Chateau © 2019 René Chateau Vidéo