Harvey Keitel est l’un des meilleurs acteurs américains de ces dernières décennies. Il a brillé dans les univers de Scorsese, Ferrara et Tarantino.
Harvey Keitel ou le meilleur de l’Actors Studio
Harvey Keitel débute au cinéma en 1967, avec un petit rôle dans Reflets dans un œil d’or de John Huston, et un premier dans Who’s That Knocking at My Door. Ce film marque aussi les premiers pas cinématographiques de Martin Scorsese. Keitel y incarne un jeune homme vivant de menus larcins dans le quartier de Little Italy à New York. L’univers de Scorsese est déjà présent dans cet essai, et il n’est guère étonnant que les deux hommes, tous deux cinéphiles et natifs de New York, aient souhaité entreprendre une collaboration. Celle-ci se poursuit avec Mean Streets, dans lequel Keitel partage l’affiche avec un débutant nommé Robert De Niro. C’est le premier succès critique et public de Scorsese, dont profitent ses interprètes. Keitel, formé à l’Actors Studio, excelle en frère protecteur plongé avec sa famille dans la jungle de la mafia new-yorkaise.
Après ce rôle, Harvey Keitel est encore dirigé par Scorsese. Tout en déployant le même jeu incisif, il incarne des personnages en retrait par rapport aux figures campées par Ellen Burstyn dans Alice n’est plus ici (1974) et Robert De Niro dans Taxi Driver (Palme d’or à Cannes en 1976), deux films qui contribuent toutefois à assoir sa notoriété. Au cours de cette brillante décennie, on le voit aussi en neveu de Buffalo Bill dans Buffalo Bill et les Indiens (1976) de Robert Altman, et en inspecteur dans Enquête sur une passion (1979) de Nicolas Roeg. Il est tête d’affiche de trois premiers métrages, montrant par là-même sa volonté de soutenir un nouveau cinéma indépendant. Il s’agit de Bienvenue à Los Angeles (1976) d’Alan Rudolph, Les Duellistes (1977) de Ridley Scott (primé à Cannes), et Blue Collar (1978) de Paul Schrader, le scénariste de Scorsese.
Dans les années 80, Harvey Keitel tourne une vingtaine de films, mais peine à se maintenir au niveau de la décennie antérieure. Il collabore pourtant avec de bons cinéastes européens. Dans La Mort en direct (1980) de Bertrand Tavernier, il incarne le cadreur voyeur traquant Romy Schneider pour ce que l’on ne nommait pas encore la téléréalité. Et il campe un insolite Thomas Paine dans La Nuit de Varennes (1982) d’Ettore Scola, où il est quelque peu éclipsé par Jean-Louis Barrault, Marcello Mastroianni et Jean-Claude Brialy. Mais ni Tony Richardson, ni Lina Wertmüller, ni Damiano Damiani ne réussissent à le mettre en valeur. Ce n’est guère mieux avec les cinéastes américains : un De Palma en mode mineur (Mafia Salad, 1986), et des réalisateurs de second ordre (James Toback, Ulu Grosbard). Mais il retrouve Scorsese qui lui confie le rôle de Judas dans le sulfureux La Dernière tentation du Christ, en 1988.

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Acteur culte pour Scorsese, Ferrara et Tarantino
Les années 90 vont toutefois le remettre au premier plan. C’est d’abord un second rôle remarqué dans Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott, suivi par son interprétation peut-être la plus géniale : le flic corrompu et torturé de Bad Lieutenant (1992) d’Abel Ferrara. La même année, il joue dans Reservoir Dogs (1992), le premier long métrage de Quentin Tarantino : sa composition de M. White / Larry Dimmick est un délice. Deux ans plus tard, il est du casting éblouissant de Pulp Fiction (Palme d’or à Cannes), pour le même cinéaste : l’un des films les plus culte du septième art, où il incarne un incroyable délégué au nettoyage d’une voiture salie par des morceaux de cervelles. Entre les deux métrages, il aura donné la réplique à Nicolas Cage dans Snake Eyes (1993), brillant polar de De Palma, et à Holly Hunter dans La Leçon de piano (1993) de Jane Campion (encore une Palme d’or !). Et en 1995, il tourne trois films d’affilée : plus que Clockers de Spike Lee, on retiendra le poignant diptyque Smoke / Brooklyn Boogie, concocté par Wayne Wang et Paul Auster ; et Le Regard d’Ulysse, chef-d’œuvre de Theo Angelopoulos. La fin de la décennie est moins brillante, mais il ne démérite pas dans le casting de Copland (1997) de James Mangold, et pour sa seconde collaboration avec Jane Campion dans le sous-estimé Holy Smoke (1999).
Les années 2000 et 2010 le voient toujours très présent à l’écran, mais les bons rôles (et les bons films) se font plus rares. On pourra toutefois citer son personnage de commandant Pierce dans Moonrise Kingdom (2012) de Wes Anderson, sa confrontation amicale avec Michael Caine dans Youth (2015) de Paolo Sorrentino, et ses retrouvailles avec Scorsese pour The Irishman (2019). Mais le mythe Keitel est intact, et il est surprenant que l’Académie des Oscars ne l’ait jamais récompensé : tout au plus a-t-il obtenu une modeste nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Bugsy (1991) de Barry Levinson.
Filmographie d’Harvey Keitel
(Acteur, longs métrages)
- 1967 : Reflets dans un œil d’or (Reflections in a Golden Eye) de John Huston
- 1967 : Who’s That Knocking at My Door (I Call First) de Martin Scorsese
- 1973 : Mean Streets de Martin Scorsese
- 1974 : Alice n’est plus ici (Alice Doesn’t Live Here Anymore) de Martin Scorsese
- 1975 : That’s the Way of the World de Sig Shore
- 1976 : Taxi Driver de Martin Scorsese
- 1976 : Ambulances tous risques (Mother, Jugs & Speed) de Peter Yates
- 1976 : Buffalo Bill et les Indiens (Buffalo Bill and the Indians, or Sitting Bull’s History Lesson) de Robert Altman
- 1977 : Bienvenue à Los Angeles (Welcome to L.A.) d’Alan Rudolph
- 1977 : Les Duellistes (The Duellists) de Ridley Scott
- 1978 : Blue Collar de Paul Schrader
- 1978 : Mélodie pour un tueur (Fingers) de James Toback
- 1979 : L’Étalon de guerre (Eagle’s Wing) d’Anthony Harvey
- 1979 : Apocalypse Now de Francis Ford Coppola
- 1979 : Saturn 3 de Stanley Donen
- 1979 : Enquête sur une passion (Bad timing) de Nicolas Roeg
- 1980 : La Mort en direct de Bertrand Tavernier
- 1981 : Police frontière (The Border) de Tony Richardson
- 1982 : La Nuit de Varennes d’Ettore Scola
- 1983 : Une pierre dans la bouche de Jean-Louis Leconte
- 1983 : À couteau tiré (Copkiller) de Roberto Faenza
- 1983 : Surexposé (Exposed) de James Toback
- 1984 : Falling in Love d’Ulu Grosbard
- 1984 : Némo d’Arnaud Sélignac
- 1985 : Le Chevalier du dragon (El caballero del dragón) de Fernando Colomo
- 1986 : Camorra (Un complicato intrigo di donne, vicoli e delitti) de Lina Wertmüller
- 1986 : Le flic était presque parfait (Off Beat) de Michael Dinner
- 1986 : Mafia Salad (Wise Guys) de Brian De Palma
- 1986 : L’Enquête (L’inchiesta) de Damiano Damiani
- 1986 : The Men’s Club de Peter Medak
- 1986 : La sposa americana de Giovanni Soldati
- 1987 : Le Dragueur de James Toback
- 1987 : Blindside de Paul Lynch
- 1988 : Grandi cacciatori d’Augusto Caminito
- 1988 : Caro Gorbaciov (Dear Gorbachev) de Carlo Lizzani
- 1988 : La Dernière Tentation du Christ (The Last Temptation of Christ) de Martin Scorsese
- 1989 : Calendrier meurtrier (January Man) de Pat O’Connor
- 1990 : Les Cavaliers de la gloire (La Batalla de los tres reyes) de Souheil Ben Barka et Uchkun Nazarov
- 1990 : Deux Yeux maléfiques (Due occhi diabolici) (segment “Le Chat noir”) de Dario Argento
- 1990 : The Two Jakes de Jack Nicholson
- 1991 : Pensées mortelles (Mortal Thoughts) d’Alan Rudolph
- 1991 : Thelma et Louise (Thelma & Louise) de Ridley Scott
- 1991 : Bugsy de Barry Levinson
- 1992 : Reservoir Dogs de Quentin Tarantino
- 1992 : Sister Act d’Emile Ardolino
- 1992 : Bad Lieutenant d’Abel Ferrara
- 1993 : Nom de code : Nina (Point of No Return) de John Badham
- 1993 : La Leçon de piano (The Piano) de Jane Campion
- 1993 : Soleil levant (Rising Sun) de Philip Kaufman
- 1993 : Les Jeunes Américains (The Young Americans) de Danny Cannon
- 1993 : Snake Eyes (Dangerous Game) d’Abel Ferrara
- 1994 : Mon ami Dodger (Monkey Trouble) de Franco Amurri
- 1994 : Pulp Fiction de Quentin Tarantino
- 1994 : Somebody to Love d’Alexandre Rockwell
- 1994 : Le Point de rupture (Imaginary Crimes) d’Anthony Drazan
- 1995 : Le Regard d’Ulysse (Το Βλέμμα του Οδυσσέα) de Theo Angelopoulos
- 1995 : Smoke de Wayne Wang & Paul Auster
- 1995 : Clockers de Spike Lee
- 1995 : Brooklyn Boogie (Blue in the Face) de Wayne Wang et Paul Auster
- 1995 : Get Shorty de Barry Sonnenfeld
- 1996 : Une nuit en enfer (From Dusk till Dawn) de Robert Rodriguez
- 1996 : Petits Meurtres entre nous (Head Above Water) de Jim Wilson
- 1997 : Copland (Cop Land) de James Mangold
- 1997 : Le Mystère des fées : Une histoire vraie (FairyTale: A True Story) de Charles Sturridge
- 1997 : City of Crime (City of Industry) de John Irvin
- 1998 : Shadrach de Susanna Styron
- 1998 : Lulu on the Bridge de Paul Auster
- 1998 : Road to Graceland (Finding Graceland) de David Winkler
- 1998 : Il mio West de Giovanni Veronesi
- 1999 : Trois Saisons (Three Seasons) de Tony Bui
- 1999 : Holy Smoke de Jane Campion
- 1999 : Presence of Mind de Antoni Aloy
- 2000 : U-571 de Jonathan Mostow
- 2000 : Little Nicky de Steven Brill
- 2000 : Prince of Central Park de John Leekley
- 2001 : Accroché ou Pris au piège (Nailed) de Joel Silverman
- 2001 : Vipera de Sergio Citti
- 2001 : Taking Sides : Le Cas Furtwängler (Taking Sides) d’István Szabó
- 2001 : The Grey Zone de Tim Blake Nelson
- 2002 : Nowhere de Luis Sepúlveda
- 2002 : Ginostra de Manuel Pradal
- 2002 : Dragon rouge (Red Dragon) de Brett Ratner
- 2002 : Beeper de Jack Sholder
- 2003 : Wanted (Ils vont braquer l’Amérique !) (Crime Spree) de Brad Mirman
- 2003 : Galindez (El Misterio Galíndez) de Gerardo Herrero
- 2003 : Dreaming of Julia (Cuban Blood) de Juan Gerard
- 2004 : Traque à Puerto Vallarta (Puerto Vallarta Squeeze) d’Arthur Allan Seidelman
- 2004 : Benjamin Gates et le Trésor des Templiers (National Treasure : The Treasure of the Templiers) de Jon Turteltaub
- 2004 : Le Pont du roi Saint-Louis (The Bridge of San Luis Rey) de Mary McGuckian
- 2005 : One Last Dance de Max Makowski
- 2005 : Be Cool de F. Gary Gray
- 2005 : Coup de foudre en Toscane (The Shadow Dancer) de Brad Mirman
- 2006 : Un crime (A Crime) de Manuel Pradal
- 2006 : Il mercante di pietre de Renzo Martinelli
- 2006 : Arthur et les Minimoys de Luc Besson (voix version anglaise)
- 2007 : My Sexiest Year de Howard Himelstein
- 2007 : Benjamin Gates et le Livre des secrets (National Treasure: Book of Secrets) de Jon Turteltaub
- 2009 : Inglourious Basterds de Quentin Tarantino (voix non créditée)
- 2009 : Les Anges noirs (The Ministers) de Franc Reyes
- 2009 : Engrenage mortel (Wrong Turn at Tahoe) de Franck Khalfoun
- 2010 : A Beginner’s Guide to Endings de Jonathan Sobol
- 2010 : Mon beau-père et nous (Little Fockers) de Paul Weitz
- 2011 : The Last Godfather de Shim Hyung-rae
- 2011 : Gandhi of the Month de Kranti Kanade
- 2012 : Moonrise Kingdom de Wes Anderson
- 2012 : Le Congrès d’Ari Folman
- 2013 : Ipu, condamné à vie (A Farewell to Fools) de Bogdan Dreyer
- 2013 : La Voie de l’ennemi de Rachid Bouchareb
- 2014 : By the Gun de James Mottern
- 2014 : The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson
- 2014 : Rio, I Love You (Rio, eu te amo), film à sketches, segment Le Miracle (O Milagre) de Nadine Labaki
- 2015 : Youth (La giovinezza) de Paolo Sorrentino
- 2015 : The Ridiculous 6 de Frank Coraci
- 2016 : L’Élu (Chosen) de Jasmin Dizdar
- 2016 : The Comedian de Taylor Hackford
- 2017 : Lies We Tell de Mitu Misra
- 2017 : Madame d’Amanda Sthers
- 2018 : L’Île aux chiens (Isle of Dogs) de Wes Anderson (voix)
- 2018 : The Last Man de Rodrigo H. Vila
- 2018 : La Loi de Brooklyn (First We Take Brooklyn) de Danny A. Abeckaser
- 2019 : The Irishman de Martin Scorsese
- 2019 : L’Oiseau bariolé (Nabarvené ptáče) de Václav Marhoul
- 2019 : Esau de Pavel Lounguine
- 2020 : Fatima de Marco Pontecorvo
- 2021 : Just Noise de Davide Ferrario
- 2021 : Lansky d’Eytan Rockaway
- 2022 : The Baker de Jonathan Sobol
- 2023 : Paradox Effect de Scott Weintrob
- 2024 : Joe Baby de Steven Brand
- 2024 : Spread de Ellie Kanner
- 2024 : Les Justiciers de l’ombre (Laws of Man) de Phil Blattenberger
- 2025 : Milarepa de Louis Nero
- 2025 : The Wrecker de Art Camacho
- 2025 : The Letter de Rodrigo H. Villa
- 2026 : Hard Matter de Justin Price
- 2026 : Hellfire de Isaac Florentine
- 2026 : FATE de Jonathan Baker