Bilan Box-office France en octobre : avec les phénomènes Muganga et Sacré Coeur… le marché se fait plus militant et démontre que la culture a de plus en plus de mal à se partager en dehors de ses idées. Les succès fédérateurs de blockbusters cannibalisant les attentions ne sont plus. Place à la diversité, au détriment des multiplexes qui ont besoin de grosses machines…
Les vacances de la Toussaint apportent aux cinémas, et en particulier aux multiplexes, chaque année, quelques-uns de leurs plus grands succès. Le message que nous envoient les sorties du mois d’octobre est loin d’être celui d’un optimisme retrouvé si l’on s’en tient aux chiffres globaux. Le cinéma ne fédère plus. Il ne fait plus société. Les géants d’antan ne sont plus. Chaque âge, genre, communauté “streame” l’actualité dans son cercle et ses algorithmes de la colère. Le choix d’un film est désormais politique, avec un boycott potentiel pour les films trop franchouillards ou trop progressifs. Il ne faudrait pas que l’on enrichisse l’ennemi et que l’on se fasse prendre pour ce que l’on n’est pas.
Ainsi, avec une première position à 500 000 entrées pour le blockbuster du rire Kaamelott – deuxième volet (partie 1), on ne retrouve pas les chiffres extravagants des grosses comédies impliquant des cohues dans les salles à cette période de l’année. La comédie d’Alexandre Astier est loin de réitérer l’engouement autour du premier volet (707 000 entrées en une semaine, auxquelles on ajoutera 300 000 entrées en avant-premières). Pourtant celui-ci, à l’époque du fameux pass sanitaire, avait été catapulté dans des conditions qui avaient déjà diminué son impact potentiel. Kaamelott parle-t-il aujourd’hui à tous les publics? La raison semble être non.
En réalité, tous les gros films du mois d’octobre ont sous-performé : Chien 51 profite des vacances pour ne perdre que 12% de sa niche en semaine 2, mais ses 796 000 entrées en 15 jours laissent un peu à désirer. A cette même époque, Gilles Lellouche, cette fois-là réalisateur, s’apprêtait à flirter avec les 5 millions, avec L’Amour ouf. Y-a-t-il un ras-le-bol autour de Lellouche et Exarchopoulos ? Certainement…

© 2025 Chi-Fou-Mi Productions, Studiocanal, France 2 Cinéma, Jim Films / Affiche : Le Cercle Noir pour Silenzio. Photographie : Ombeline Le Gendre-Martin. Tous droits réservés.
C’était mieux demain, comédie avec Didier Bourdon et Elsa Zylberstein, a eu la chance de rebondir après une première semaine catastrophique (200 000 entrées). La comédie du stéréotype perdait 4% en semaine 2, mais, grâce aux vacances, a rebondi de 12% en semaine 3 dans 804 salles, soit la plus grosse combinaison de la semaine. Ses 636 000 entrées en 21 jours nourrissent quand même la nostalgie du temps où les grosses comédies populaires réalisaient ce score en première semaine… On restera attentif quant aux chiffres déterminants de Le Jour J de Claude Zidi Jr. en 3e semaine. Le divertissement lourd dingue a engendré 245 000 entrées en 15 jours, ce qui est déprimant. Kev Adams a vraiment beaucoup de mal à séduire les spectateurs contemporains. Il n’a pourtant que 34 ans…
S’il l’on peut déplorer de vrais échecs (Tron Ares à 460 000 entrées en 3 semaines et une baisse qui se poursuit pendant la première semaine des vacances ; le biopic de Bruce Springsteen, Deliver Me From Nowhere, qui a ouvert à 75 000 entrées dans 292 cinémas ; le biopic sur Montand et Signoret, Moi qui t’aimais, n’a toujours pas franchi les 200 000 entrées en 4 semaines), beaucoup de longs métrages réalisent des scores pourtant enthousiasmants. Comme si, loin des ogres américains de jadis, la diversité l’emportait.
Catho versus Gaucho, la diversité s’impose au cinéma, dans tous ses courants
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Les mangas ont encore de beaux jours devant eux : Chainsaw Man – le film (181 000 entrées en 8 jours avec avant-premières) démontre la fidélité des amateurs après le triomphe de DemonSlayer un mois plus tôt (1 722 000). Avec une petite combinaison e 287 sites, le film animé se retrouve en 6e place, au milieu de titres qui ont tous plus de 600 écrans.
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La production d’animation art et essai retrouve du « Flow », avec la première semaine magnifique de Arco (152 000 entrées avec avant-premières). En l’absence de blockbusters animés, beaucoup de distributeurs en profitent pour exploiter quelques produits européens à moins coût (SND a séduit 491 000 bambins en quinze jours pour Hopper et le secret de la marmotte; KMBO profite de 317 000 pilotes en herbe pour Super Grand Prix en 3 semaines…). Reste le cas de figure Marcel et Monsieur Pagnol qui semble un peu daté aux yeux des spectateurs, puisque seuls 109 000 nostalgiques ont fait le déplacement en 15 jours, malgré une belle couverture publicitaire, depuis sa découverte à Cannes. Pagnol est-il “cancel”?
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Cannes, justement, est plutôt une valeur sûre : En semaine 1, La petite dernière d’Hafsia Herzi trouve 168 000 curieux issus des rangs de France Inter et Quotidien, et se classe même en 4e place à Paris, ville inclusive par excellence. La Palme d’or Un simple accident est d’une belle stabilité avec une perte peu sévère de 18% en 4e semaine, et un total très provisoire de 567 000 entrées. Un score solide pour cette Palme d’Or produite par la France mais que l’on peut qualifier d’iranienne. Un carton qui fait suite à celui de Sirat (672 000 entrées en 7 semaines). Evidemment, Nouvelle Vague et ses 109 000 entrées en 3 semaines, est loin d’être au niveau, mais un film de Richard Linklater, cela ne monte jamais très haut…
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Les films d’auteur dits « inspirants » qui déchirent les réseaux sociaux font le plein de progressisme ou de conservatisme : Muganga – celui qui soigne est un conte de fées pour la petite structure L’Atelier Distribution, avec 250 000 entrées en 5 semaines. L’émotion est palpable chez ses spectateurs qui portent aux nues ses combats. Dans un contexte catho conservateur différent, Sacré Cœur fait l’unanimité avec 278 000 entrées en 4 semaines (+72% en 2e semaine, – 1% en 3e, + 10% en semaine 4)… On retrouve ici la même dichotomie que sur les réseaux sociaux où le choix cinématographique devient tristement idéologique. D’ailleurs, on notera que les médias d’Extrême Droite, toujours prompts à pointer du doigt les échecs français qui gaspillent, selon eux, l’argent du contribuable, célèbrent le carton du documentaire Sacré Cœur, mais ne relève même pas l’existence de Muganga et son triomphe atypique… On appelle cela, le mensonge par l’omission.
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Le cinéma d’auteur américain de qualité a encore de beaux jours devant lui : Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson est le premier vrai (petità succès populaire de son auteur avec 1 322 000 entrées en 5 semaines. Sa belle longévité confirme l’éternel charisme de Leonardo DiCaprio qui s’approche des 20 films millionnaires dans une filmographie (il faut remonter aux 880 000 entrées de Mensonges d’état, en 2008, pour voir le comédien sous le million). Il est l’ultime star américaine, malgré son catalogue de jeunes compagnes qui font de lui un repoussoir pour certaines spectatrices.
Dans ce panorama, on mettra en avant un bide : L’homme qui rétrécit, victime d’une bataille culturelle où Jean Dujardin serait un mâle blanc rance à fuir. Ce récit original au sein de la production française se devait d’être fédérateur, notamment au niveau des jeunes adultes, mais il a fini par cliver malgré lui. Le film de Jan Kounen a calé à 150 000 spectateurs en première semaine. Un score nul. Avec Pierre Niney, le démarrage aurait été plus élevé.
Des perspectives intéressantes : La femme la plus riche du monde avec Huppert et L’Etranger d’Ozon
La dernière semaine des vacances de la Toussaint ne profitera d’aucuns blockbusters français ou américains pour inverser la tendance, mais, d’après leurs premiers chiffres, La femme la plus riche du monde (60 000 entrées en un jour avec avant-premières pour ce long qui s’amuse gentiment de l’affaire Bettencourt) et L’Etranger de François Ozon (54 000 entrées sur cette première journée, avec previews) ne feront pas de la figuration. Une nécessité pour la production hexagonale qui n’affichait que 32% de part de marché sur l’année 2025.
Bilan Box-office France en octobre : avec les phénomènes Muganga et Sacré Coeur

Création : Silenzio. Photo : Renaud Chassaing, Benoît Delfosse. © Petites poupées productions. All Rights Reserved.