Week-end de terreur est un slasher malin des années 80, produit par Paramount, pour surfer sur la vague intarissable des Vendredi 13.
Synopsis : Un groupe d’amis d’école se retrouvent pour passer le week-end du 1er avril dans un luxueux manoir, sur une île privée que possède l’une d’entre eux. L’un après l’autre, les invités disparaissent.
Une année noire pour Paramount
Critique : 1985, année noire pour Paramount. Quand le projet d’April Fool’s Day est lancé chez Paramount, le studio en interne est inquiet du déclin de la poule aux œufs d’or, Vendredi 13 dont le dernier numéro en date, le numéro 5, celui qui intervient après la mort de Jason Voorhees en 1984, n’a engendré que 19M$, soit le score le plus bas en 6 films. En fait, si l’on met de côté le triomphe du Flic de Beverly Hills qui est sorti à la fin de l’année 1984, 1985 est une année très médiocre pour la major, caractérisée par les flops du Secret de la pyramide, Peur bleue, Explorers, D.A.R.Y.L., Cluedo, Rex le magnifique de Hugh Wilson, et surtout de la fresque Le Roi David, avec Richard Gere.
Dans ce contexte, le producteur Franck Mancuso Jr. lance le chantier d’un slasher à petit coût de production (5 millions de dollars) qui reprend tous les éléments de Vendredi 13, dont il a produit tous les chapitres du 2e volet au cinquième. Le concept du jour maudit est déplacé au premier avril avec un “April Fool’s Day” qui, en France, ne sera pas traduit par “Poisson d’avril”, pour ne pas être trop ridicule, lors d’une sortie estivale à la carrière bien brève. Le distributeur français optera pour le titre plus impersonnel Week-end de terreur…
Par le scénariste du Flic de Beverly Hills
De façon intéressante, le producteur propose à Danilo Bach, scénariste du Flic de Beverly Hills (234M$ au box-office américain!), de développer une série B basée sur un mélange d’humour propre aux blagues potache du 1er avril, d’horreur référencée et de rebondissements inhérents aux thrillers qui se produisaient en série à l’époque.

© Rimini Editions
Pour mettre en scène ce moment d’angoisse entre amis sur une île inaccessible hors ferry, le producteur pense au réalisateur Fred Walton, dont l’unique morceau de bravoure est un thriller ingénieux où la fin était tout sauf téléphonée. Terreur sur la ligne a marqué son époque et Week-end de terreur doit réitérer l’exploit.
Un slasher sans gore, invariablement interdit aux moins de 13 ans
Peu friand du cinéma gore et des meurtres outranciers qu’offraient certains slashers de l’époque, Walton édulcore le plus possible le spectacle pour ne pas trahir le twist final et ne pas faire du spectacle un énième programme violent sans réserve réflexive. Annoncé comme cela sur le papier, on peut trouver la démarche intéressante, mais à vrai dire, cela restera l’un des points fâcheux du film où le désir de suggestion a des limites pour les amateurs d’un cinéma qui à l’époque lâchait du lourd avec les fantaisies sanglantes qu’étaient Ré-animator, Evil Dead 2, Le retour des morts vivants…
Dans cette farce sociale où des potes fraichement installés dans la vie active se retrouvent chez la conviviale et riche Muffy, sur l’île de ses parents, les morts s’accumulent dans la tradition discrète du genre développé par John Carpenter avec La nuit des masques et Sean Cunnigham avec Vendredi 13. C’est évidemment moins brillant, mais le cynisme de certains personnages donnent une dimension pas déplaisante à cette symphonie dépressive.
Si le dernier acte, celui de la révélation, théâtrale à souhait et parfaitement sombre, fait son effet, deux fins seront tournées. Celle voulue par Danilo Bach sera abandonnée pour sa noirceur au profit d’un énième (faux) twist qui semble avoir été rapiécé au métrage à la dernière minute. Dommage, Week-end de terreur aurait davantage marqué les esprits en optant pour le revirement initialement voulu que l’on n’explicitera pas pour éviter les spoilers.
Est-ce que ces menus défauts plombent l’ensemble du métrage? Certainement pas. Ce pur produit de studio des années 80 est élégant dans sa réalisation, soigné dans son élaboration, finement illustrée par une musique évocatrice du maître Charles Bernstein (L’Emprise, Cujo et surtout Les Griffes de la nuit, dont il est le compositeur génial). Week-end de terreur est également tenu par une jolie brochette de jeunes comédiens de l’époque comme Amy Steel (scream-girl mythique du Tueur du vendredi) et Deborah Foreman, tête d’affiche de Valley Girl et My Chauffeur.
Sortie française : Paramount n’y croit pas
Peu apprécié par la presse en son temps qui était complètement hermétique face aux slashers, Week-end de terreur ne connaît pas un véritable succès dans les salles aux USA. Le film d’horreur de 5M$ ne génère que 12M$ au box-office nord-américain et finit l’année en 67e place. Une position confortable par rapport à son budget, mais en retrait des 14M$ de Freddy 2 et de Psychose 3, des 19M$ de House, des 20M$ de F/X, et surtout des 29M$ de Vendredi 13 6e du nom, alias Jason le mort-vivant qui relance magnifiquement la machine durant l’été 86. Poltergeist 2, de son côté, chez MGM, atteindra les 41M$!
Semi-échec dans son pays, Week-end de terreur ne sera forcément pas traité avec déférence à l’étrange. Paramount, via CIC, ne croit absolument au marché français qui n’a jamais été un grand consommateur de slashers. Tous les sequels et ersatz de Vendredi 13 ont sous-performés. Le distributeur décide donc d’une sortie estivale pour profiter des écrans des stations de balnéaire, avec une affiche commandée à Jouineau Bourduge qui ne mise pas sur le gimmick du poisson d’avril, mais sur l’effroi… la terreur. Toutefois, difficile de faire plus impersonnelle.
Sur l’ensemble de la France, April Fool’s Day trouve à peine 133 000 spectateurs. Cette même année, Peur Bleue en affichait 354 000, House amusait 417 000 amateurs de comédies fantastique, Freddy 2 accueillait 473 000 spectateurs, Ré-animator vomissait son tripes sur 635 000 curieux, enfin Vampire, … vous avez dit vampire? dépassait le million sur la France.
Une sortie estivale dans un marché en crise saturé de séries B
Distribué en juillet 1986, Week-end de terreur est noyé parmi les séries B estivales que déversent majors et indépendants avec toutes les difficultés du monde tant le marché se resserre avec la réalité d’une crise naissante. Future Cop, La loi de Murphy avec Bronson, Le contrat avec Schwarzenegger, La cage aux vices, Le Camp de l’enfer, US Warriors, American Justice, Le métro de la mort, Campus 86, Poltergeist II, Psychose III, Dans les bras de l’enfer, F/X – effet de choc, Teen Wolf, Tex et le seigneur des abîmes… La concurrence est rude.
Pour sa première semaine, la production Paramount trouve une 7e place parisienne, avec 19 584 spectateurs dans 26 cinémas dont 12 en intra-muros. C’est la deuxième meilleure nouveauté de la semaine (sic) derrière La cage aux vices qui se positionne en 3e place, avec 27 106 entrées. Il double de justesse Le Camp de l’enfer qui entre 8e, avec 17 450 spectateurs.
En deuxième semaine, Week-end de terreur s’écroule plus vite que les autres, avec 8 099 entrées dans 13 salles. En troisième et dernière semaine, le thriller adolescent trouve à peine 1 606 retardataires dans 4 cinémas.
Week-end de terreur connaîtra un bien meilleur sort dans les vidéo-clubs français où il se forgera une petite réputation, ce qu’avait anticipé Paramount. Vingt ans plus tard, un mauvais remake signé par les Butcher Brothers sortira en vidéo en 2008, mais ne relancera pas l’intérêt autour du petit slasher des années 80.
Des éditions blu-ray et même 4K lui permettront néanmoins de parler directement à ses fans d’époque. En France, c’est Rimini Editions qui convoquera une édition blu-ray, en 2026, dans sa collection Angoisses.
Les sorties de la semaine du 23 juillet 1986

Affiche : Jouineau Bourduge. © Paramount Pictures.
Le test blu-ray de Week-end de terreur
Slasher pertinent des années 80, Week-end de terreur est un gros morceau pour la collection Angoisses de Rimini dont il s’agit du premier film pour l’année 2026. Un must pour les collectionneurs.
Packaging & Compléments : 2.5 / 5
Week-end de terreur bénéficie d’une édition canonique au sein de la collection Angoisses, avec un packaging digipack d’une grande beauté.
Au niveau des suppléments audiovisuels, Rimini s’est concentré sur une présentation du film par Mylène da Silva (Welcome to prime time bitch). La jeune femme situe le thriller dans la vague de slashers de fin de cycle, en cette deuxième moitié des années 80, abondamment arrosée d’humour, avant le revival du genre chez Wes Craven, avec Scream en 1996.
Marc Toullec est toujours à la plume du livret avec 24 pages érudites qui complèteront notre critique d’anecdotes, notamment sur le réalisateur et la genèse du projet.
Image : 4.5 / 5
Disponible depuis quelques années en blu-ray à l’étranger (et même désormais en ultra HD 4K désormais chez Kino Lorber, pour ceux qui apprécient les éditions bardées de bonus), Week-end de terreur dispose d’une belle copie, avec une restauration 2K perfectible, mais gratifiante quant aux détails fournis, aux contrastes et à la colorimétrie.
Son : 4 / 5
Les deux pistes satisferont les cinéphiles. La piste originale a été augmentée d’un DTS HD Master Audio 5.1… C’est beaucoup pour ce film tourné en Dolby Stéréo en 1986. Les arrières seront d’ailleurs peu sollicités. En revanche, on apprécie le confort sonore pour profiter de la bande-originale de Charles Bernstein. Les voix sont par ailleurs claires et distinctes.
La piste française, seulement en DTS 2.0, est moins naturelle, mais elle dispose d’un doublage d’époque qui saura raviver les souvenirs des premiers fans de Week-end de terreur, qui ont découvert cette curiosité très certainement en VF, en salle ou en VHS.
Biographies +
Fred Walton, Deborah Goodrich, Deborah Foreman, Ken Olandt, Amy Steel

© Paramount Pictures.