Villa Amalia : la critique du film (2009)

Drame | 1h31min
Note de la rédaction :
9/10
9
Villa Amalia, affiche

  • Réalisateur : Benoit Jacquot
  • Acteurs : Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois, Maya Sansa
  • Date de sortie: 08 Avr 2009
  • Année de production : 2009
  • Nationalité : Français, Suisse
  • Titre original : Villa Amalia
  • Titres alternatifs : Вилла Амалия (Russie)
  • Scénaristes : Benoît Jacquot, en collaboration avec Julien Boivent
  • D'après l'œuvre de : Pascal Quignard
  • Directeur de la photographie : Caroline Champetier
  • Monteur : Luc Barnier
  • Compositeur : Bruno Coulais
  • Producteur : Edouard Weil
  • Sociétés de production : Rectangle Productions - Europacorp - France 2 Cinéma - Point Prod - TSR (Télévision Suisse-Romande)
  • Distributeur : EuropaCorp Distribution
  • Editeur vidéo : EuropaCorp Vidéo
  • Date de sortie vidéo : 14 octobre 2009
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 306 909 entrées / 89 506 entrées
  • Budget : 4 550 000€
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35mm) / Dolby SR- Surround
  • Festivals et récompenses : Karlovy Vary International Film Festival (2009), Montréal Film Festival (2009), Vancouver International Film Festival (2009), Oldenburg International Film Festival, BFI London Film Festival, Buenos Aires International Festival of Independent Cinema
  • Illustrateur / Création graphique : Affiche © Pascal Lesoing pour YDEO - Photos : Jérôme Prébois. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2008 Rectangle Productions - Europacorp - France 2 Cinéma - Point Prod - TSR. Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Villa Amalia est le chef d’œuvre de Benoît Jacquot, mais seulement son 5e plus gros succès au box-office, loin derrière Les adieux à la reine.

Synopsis : Comme la goutte d’eau fait déborder le vase, Ann voit une nuit Thomas embrasser une autre, et elle décide de le quitter, de tout quitter.
Elle est musicienne, seule la musique la tient mais ne la retient pas. Elle ne tient qu’à la musique.
Avec l’amitié de Georges, surgi de son enfance, elle rompt et fuit, part à la rencontre de son origine et de son destin, trouve une île, là où est la Villa Amalia.

Villa Amalia du roman à l’écran

Critique : Au jeu cruel de l’autodestruction de l’être et de sa reconstruction par l’errance, Benoît Jacquot, fort de l’expérience vagabonde de A tout de suite (2004), ressort grand gagnant en adaptant le roman de Pascal Quignard, le prolifique auteur de Tous les matins du monde. Son adaptation de Villa Amalia s’impose sans nul doute parmi l’une de ses plus belles réussites, voire même comme son plus beau trophée de cinéaste, quelque part entre le charisme lumineux du cinéma de Téchiné et le malaise psychologique qu’engendre le cinéma d’Hanneke.

L’intrigue démarre sous les auspices d’un film noir ancré dans le mystère. Une nuit, sur le trottoir d’une ville de banlieue, Ann, pianiste de grande renommée (Huppert, forcément, LA pianiste), découvre que son mari entretient une liaison. La révélation nocturne assène à l’épouse cocufiée un choc émotionnel qui la fait basculer dans la dépression ou une forme de folie apparente. Alors que parallèlement le passé ressurgit sous les traits de la coïncidence, à savoir d’un vieil ami perdu de vue depuis des décennies, retrouvé sur ce même trottoir, Jean-Hugues Anglade, formidable dans le rôle tout en retenu d’un homosexuel écarté de la vie et de ses joies, Ann emprunte la voie déraisonnable de la destruction de tout ce qui peut l’identifier – sa carrière, son mariage, ses biens et même son nom.

La métamorphose d’une femme

Semblable aux figures cristallisées dans le borderline qu’incarne régulièrement Huppert, le personnage féminin central semble, a priori, capable de la frénésie du pire. Pourtant, le réalisateur la conduit sur les chemins sinueux d’une Europe sublimée par des paysages à faible densité. Huppert part en quête de la sérénité, lénifiant ses passions et surtout restaurant la primauté du moi profond sur l’identité sociale. Sans attache et sans but, le personnage d’Huppert erre par-delà les cimes et les mers, couche par besoin avec un inconnu, s’éprend même d’une belle Italienne, dans une quête irrépressible d’une renaissance qu’elle accomplira au contact d’une nature réparatrice.

La caméra de Jacquot, d’une précision fulgurante, filme aussi bien les ténèbres d’une nuit mélodramatique que les paysages solaires. Ses images sont d’une beauté fascinante, évoquant aussi bien le danger que l’hystérie, le détachement que la quiétude, sans jamais distancer le spectateur qui est convié à toutes ces émotions. Le cinéaste et sa comédienne, qui se retrouvent pour la cinquième fois, semblent eux-mêmes renaître de leurs cendres dans ce grand bleu profond, parfaitement imprévisible dans son parcours narratif et surtout sans but apparent, si ce n’est celui d’offrir de nouvelles perspectives à deux artistes qui peuvent se targuer d’un nouveau jalon dans leur impressionnante carrière.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 8 avril 2009

Villa Amalia, affiche

Affiche © Pascal Lesoing pour YDEO – Photos : Jérôme Prébois. Tous droits réservés / All rights reserved

Box-office :

Avec 300 000 entrées France, Villa Amalia a été un beau succès pour le cinéaste Benoît Jacquot qui n’a atteint ce score qu’avec quatre autres de ses réalisations sur une vingtaine de longs : Les adieux à la reine (570 000, 2012), Sade (441 000, 2000), 3 cœurs (382 000, 2014), et Journal d’une femme de chambre (340 000, 2015).

Sur 21 films affichant son nom entre 2000 et 2009, cela sera le 8e meilleur résultat de la décennie pour un film avec Isabelle Huppert.

Villa Amalia a quasiment triplé sa mise de départ, avec un démarrage convaincant à 115 777 entrées dans 125 cinémas. En 2e semaine, la chute à 72 736 entrées est limitée par l’ajout de 21 écrans. Le déclin sera progressif (39 000, 21 000, 17 000, 12 000). Il faudra attendre 7 semaines pour que le film glisse sous les 10 000 spectateurs. C’est la boîte de Luc Besson, EuropaCorp, qui distribua le film en salle et l’édita en DVD, exclusivement.

Malheureusement, comme toujours avec Jacquot, les César bouderont le Monsieur, même si globalement la critique appréciera cette métamorphose d’une femme dans l’épure. Pour ceux qui connaissent mal l’œuvre de Benoît Jacquot, ce choix marginal s’impose.

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