Un prince à New York : la critique du film (1988)

Comédie | 1h57min
Note de la rédaction :
6/10
6
Eddie Murphy dans Un prince à New York

  • Réalisateur : John Landis
  • Acteurs : Samuel L. Jackson, Eddie Murphy, James Earl Jones, Arsenio Hall, Madge Sinclair, Shari Headley, John Amos
  • Date de sortie: 24 Août 1988
  • Année de production : 1988
  • Nationalité : Américain
  • Titre original : Coming to America
  • Titres alternatifs : Il principe cerca moglie (Italie), Der Prinz aus Zamunda (Allemagne), Amerika for mine føtter (Norvège), El príncipe de Zamunda (Espagne), Prinssille morsian (Finlande), Um Príncipe em Nova Iorque (Portugal), Um Príncipe em Nova York (Brésil)
  • Scénaristes : David Sheffield, Barry W. Blaustein
  • D'après une histoire de Eddie Murphy
  • Directeur de la photographie : Woody Omens
  • Monteur : Malcolm Campbell, George Folsey Jr.
  • Compositeur : Nile Rodgers
  • Producteurs : George Folsey Jr., Robert D. Wachs
  • Sociétés de production : Paramount Pictures, Eddie Murphy Productions
  • Distributeur : UIP
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : CIC Vidéo (VHS), Paramount Pictures (DVD, Blu-ray, Ultra HD 4K)
  • Date de sortie vidéo : 1989 (VHS), 17 mai 2001 (DVD simple), 20 novembre 2007 (DVD collector), 24 avril 2013 (Blu-ray), 6 janvier 2021 (Ultra HD 4K)
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 1 937 163 entrées / 533 579 entrées
  • Box-office USA / Monde 128 152 301$ / 288 752 301$
  • Budget : 39 000 000$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs - Technicolor - 35mm / Dolby Stereo (original)
  • Festivals et récompenses :
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : Un prince à New York, premier film d'un diptyque
Note des spectateurs :

Un prince à New York utilise toutes les conventions de la comédie eighties pour s’imposer comme une comédie drôle, malgré un sous-texte lourd dans son féminisme hypertrophié.

Synopsis : S’ennuyant dans son splendide palais où tout lui est dû, un jeune prince africain décide de parcourir le monde avec son fidèle ami pour trouver une épouse à son goût. Les deux compères atterrissent à New York dans un quartier miteux où on leur propose un emploi minable. Mais la fille du patron est belle et intelligente…

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1988, l’année où les Français aimaient les bêtes

Critique : Véritable succès de l’année 1988 avec une deuxième place annuelle aux USA et une douzième place en France où l’on préférait les dauphins (Le grand bleu), les ours (le film d’Annaud, donc), les lapins (Roger Rabbit),  crocodiles (Dundee 2) et autres animaux exotiques (la reprise du Livre de la jungle de Disney), Un prince à New York est un véritable oxymore cinématographique qui se résumerait à la dichotomie entre son acteur et le personnage qu’il incarne. L’extravagant et politiquement pas toujours correct Eddie Murphy (voir ses stand-up, dont Eddie Murphy Raw, sorti en salle) incarne un prince africain, promis à une vie de luxe avec une épouse élevée pour répondre à tous ses besoins qui, le jour de ses vingt et un ans, refuse le mariage royal pour aller trouver l’amour dans la simplicité d’un quartier indigent de New York, le Queens (car il lui faut tout de même une « Reine »).

Un prince à New York, une comédie qui a le cul entre deux chaises

Eddie Murphy, sex-symbol aux multiples conquêtes qui aura défrayé la chronique pendant vingt ans, avance dans le film en candide émerveillé par l’authenticité du New York communautaire de l’époque, des immeubles en ruines, des ordures jetées par la fenêtre, une misère reaganienne qui contraint les habitants du quartier à se réchauffer autour d’un baril enflammé, un district en proie au vol et à la prostitution.

Les scènes sont drôles, car les personnages sont pittoresques. Elles sont épicées car les protagonistes sont irrémédiablement rustres et balourds dans les stéréotypes auxquels ils correspondent. Le pastiche est drôle car, en utilisant les clichés du Bronx à la Bronson, il rend humain le quartier et démontre avec succès sa vitalité, son caractère et sa contagiosité dans l’humour qui transcende l’assez pitoyable romance mise en place par la suite. Le stéréotype nourrissait Un prince à New York sans qu’Eddie Murphy ne cherche à excuser quoi que ce soit, allant jusqu’à s’amuser des clichés que les Afro-Américains nourrissaient eux-mêmes des Africains. Le racisme dans les gags serait perçu de façon impitoyable en 2021.

Un prince à New York en couverture du pariscope

© Tous droits réservés.

Des stéréotypes désopilants

Sa majesté le prince, habituée à ne rien faire depuis sa prime jeunesse, est un vrai cas de cinéma burlesque. Jamais il ne se lava lui-même les arrières et la verge. Jamais il ne se lassa les chaussures… Il est de cette façon dépeint comme le fruit hilarant d’une caricature de nanti, d’une élite qui, sous couvert de tradition, marche sur la dignité des autres et en particulier des femmes, irrémédiablement esclaves bienveillantes des hommes de sa lignée. C’est d’un mauvais goût à moitié assumé par le Dr. Jekyll & Mr. Hyde qu’est Murphy puisque celui-ci reste convaincu que c’est hilarant, mais essaie de rendre la chose grand public en ternissant son personnage par la romance à la mode.

Eddie Murphy sait ce qui fait rire les foules, et en roi du stand-up au bagout légendaire, s’en donne à cœur joie dans des blagues de piliers de bar qui se tiennent au coin de la rue, dans un salon de coiffure miteux, où il se déguise, avec son acolyte Arsenio Hall (deuxième rôle du film, vraiment solide) pour tailler des costumes dans la bonne humeur sans chercher à se dissimuler derrière la bienveillance. Dans ce petit salon de coiffure, les grands-pères ont la langue vipérine et s’amusent à dénigrer, avec en fait une bienveillance fondamentale qui rend leur verve tout à fait amusante.

Un prince à New York 4K Ultra HD

© 2021 Paramount Pictures. Tous droits réservés.

Eddie Murphy se noiera dans le cynisme avec Boomerang quatre ans plus tard, en incarnant un goujat obsédé prêt à tout pour garder son poste y compris à coucher avec sa future patronne, incarnée par Eartha Kitt, volontairement hilarante dans le rôle de la cougar pas très fraîche qui se paie des petits jeunes, dont Murphy, gigolo prostitué le temps d’une scène franchement drôle.

Une romance navrante

Dans Un prince à New York, il est plus sage et essaie d’encorseter le plus possible son personnage qui part en quête de l’exact contraire des rencontres féminines new-yorkaises qu’il fera (une actrice porno, une adepte de la partouze, une furie alcoolique qui veut des mecs ayant de la poigne entre la cuisse), lors d’une scène de casting en boîte de nuit mémorable…

Eddie Murphy ou plutôt le prince Akeem, tombe d’amour pour le personnage le plus fade qui soit, une femme de caractère (du moins on essaie de nous le faire croire) car dans son désir moderne d’indépendance, elle réfute l’idée d’un mariage décidé entre hommes et ne souhaite donc pas épouser un paon vaniteux et riche, car elle a des valeurs. Tristement, ce parangon d’indépendance devient surtout l’image même que l’on peut alors se faire d’une épouse domestiquée, mère parfaite en devenir qui saura élever ses enfants tout en poursuivant le caritatif. En arrière-plan, effectivement, elle essaie de lutter pour que la population noire du quartier se lève pour ses droits et afin d’aider l’éducation des enfants. Dans un contexte de joyeux bordel où le révérend qui présente la soirée est un obsédé notoire dont la Bible serait plutôt Lui magazine, cette femme moderne sert surtout de pot de fleur dans une intrigue où elle détonne.

Les bons sentiments font souvent les mauvaises comédies

Il ressort ainsi de ce personnage de comédie romantique une fadeur inhérente au genre, où l’égo masculin d’Eddie Murphy ne pouvait se voir associer à un personnage féminin trop anticonformiste qui lui aurait fait de l’ombre. D’ailleurs, signe du machisme de l’époque ou en raison de son jeune statut de jeune actrice inconnue, Shari Headley n’apparaît qu’en sixième position au générique et tombera dans l’oubli immédiat, incapable d’inspirer les réalisateurs et scénaristes pour d’autres comédies. Elle est devenue une actrice kleenex, à l’image de son personnage pas très drôle qui démontre que les bons sentiments font souvent les mauvaises comédies.

L’ultime succès de John Landis

Heureusement pour le spectateur, la comédie de John Landis – qui signait là son ultime succès au box-office et sa deuxième rencontre avec Eddie Murphy après Un fauteuil pour deux (Trading Places) -, fourmille de situations piquantes et d’acteurs drôles. L’adjuvant du Prince, joué par Arsenio Hall, le roi père habité par le vétéran extraordinaire James Earl Jones, la classe de Madge Sinclair, et la présence toujours imposante de John Amos, relèvent le niveau quand des apparitions donnent le ton du cinéma afro-américain des années 90 : le môme qui se fait couper les cheveux, lors d’une scène bavarde autour de sa tignasse, c’est Cuba Gooding Jr. qui allait crever l’écran en 1991 dans Boyz n the Hood de John Singleton. Le braqueur de fast-food est Samuel L. Jackson, alors pote d’Eddie Murphy, qui trouvait là son premier vrai rôle de cinéma.

Hit parade vidéo 7, septembre 1989

Copyrights Vidéo 7 (numéro 94, novembre 1989). Tous droits réservés

Une comédie eighties pétillante et pleine d’entrain

Tous ces acteurs, avec l’humour incarné d’Eddie Murphy dont la présence est indéniablement charismatique, corroborent le charme de ce produit typique des années 80, époque où les comédies étaient produites de façon industrielle, mais avec des stars irrésistibles au caractère débordant de générosité, d’excentricité et de bagout. La musique toc de Nile Rodgers est là pour le rappeler. Energie, humour et bonne humeur généralisé caractérisaient alors le divertissement hollywoodien pétillant et plein d’entrain.

En 2019, Paramount décide enfin de faire une suite à l’un des plus gros succès personnels d’Eddie Murphy. Le coronavirus envoie celle-ci sur la plateforme Amazon, puisque le studio historique qui en attendait beaucoup ne peut le sortir sur les écrans qui sont mondialement fermés.

En 2021, Murphy aura-t-il encore le droit d’amuser comme il le faisait jadis ? On est curieux et on attend le résultat de pied ferme.

Frédéric Mignard

Les tops et les flops d’Eddie Murphy : pourquoi a-t-il disparu de l’écran?

Les sorties de la semaine du 24 août 1988

Eddie Murphy dans Un prince à New York, archives cinedweller

© 1988 Paramount Pictures – Tous droits réservés.

Box-office Paris-Périphérie :

  • Premier jour : 23 333 entrées dans 34 salles.
  • 1e meilleure nouveauté sur Paris de la semaine devant Quelques jours avec moi de Claude Sautet (85 851/34 salles) et Homeboy (48 111/28 salles).
  • Le saviez-vous ? Un prince à New York est sorti le même jour que le premier film de Peter Jackson, Bad Taste qu’Eurogroup sortait dans 15 salles pour une première semaine désastreuse à 6 003 spectateurs.

Les chiffres hebdomadaires parisiens

  1. semaine : 155 552 entrées
  2. semaine : 134 031 (40 salles)
  3. semaine : 62 548 (45 salles)
  4. semaine : 46 012 (39 salles)
  5. semaine : 37 632 (34 salles)
  6. semaine : 27 627 (28)
  7. semaine : 23 380 (25)
  8. semaine : 16 524 (22)
  9. semaine : 8 561 (13)
  10. semaine : 5 731 (4)…

Le film restera 18e semaines à l’affiche sur Paris, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’année, et achèvera sa brillante carrière sur la capitale à 533 579 fans du comique.

Pour la France, il faudra compter sur 1 937 163 spectateurs. La comédie de John Landis restera trois semaines en tête du box-office national, avant d’être délogée par l’increvable Le grand bleu de Luc Besson qui était un véritable phénomène de société (pour mémoire, il était sorti en mai).

CIC proposera le film à la location en VHS en septembre 1989. Ce fut un carton de vidéo-club.

Un prince à New York sur Paris en première semaine

Les salles parisiennes diffusant Un prince à New York en première semaine (Pariscope, Tous droits réservés)

Le top flop d’Eddie Murphy

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