The Shadow : la critique du film (1994)

Film de super-héros | 1h48min
Note de la rédaction :
6/10
6
The Shadow, l'affiche du film

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Respectueux du style pulp des années 30, The Shadow est un spectacle séduisant qui pâtit de sa trop grande ressemblance avec les deux Batman de Tim Burton. La comparaison n’étant pas à son avantage.

Synopsis : A la fin des années trente, The Shadow règne sur New York, traquant les criminels et les assassins. C’est en réalité un ancien chef de guerre chinois sanguinaire repenti par la magie d’un saint homme. Mais un félon a détourné les sortilèges à son profit et menace de détruire la ville. Les deux hommes doivent s’affronter.

Un héros oublié, dans l’ombre de Batman

Critique : Même si Superman (Donner, 1978) a marqué de son empreinte la fin des années 70 et l’ensemble des années 80, le véritable essor du film de super-héros intervient avec le triomphe rencontré par le Batman de Tim Burton en 1989. Dès lors, plusieurs producteurs cherchent à exploiter le catalogue des différentes maisons d’édition. On songe notamment au Dick Tracy de Warren Beatty (1990), au Darkman de Sam Raimi (1990), au Rocketeer de Joe Johnston (1991) ou encore au Fantôme du Bengale de Simon Wincer (1996).

Au cœur de cette production se niche une tentative du studio Universal d’adapter un personnage de pulp américain créé dans les années 30 par Walter B. Gibson. Initialement présent dans des romans et des nouvelles, le célèbre personnage a été rapidement décliné en comics et même dans quelques films des années 30 et 40 de type serial. Bob Kane, le créateur de Batman, a d’ailleurs signalé à plusieurs reprises qu’il s’était inspiré de The Shadow pour inventer l’homme chauve-souris. Oublié depuis longtemps, le personnage est donc choisi par la firme pour cartonner dans le monde entier et prendre la suite de Batman.

Une équipe chevronnée au service d’un produit trop formaté

Pour cela, ils font appel à David Koepp qui venait de donner vie au Jurassic Park de Steven Spielberg afin d’écrire un scénario original qui respecterait l’esprit des romans des années 30. Pour donner vie à cette grosse production de 40 millions de dollars, le studio fait à nouveau confiance au réalisateur australien Russell Mulcahy qui vient pourtant d’enchaîner les échecs et déconvenues sur le plan commercial.

Ils estiment alors que l’univers visuel déployé par l’auteur de Razorback et surtout de Highlander pouvait s’accorder avec celui du super-héros. Enfin, le héros est incarné par Alec Baldwin qui était alors au top de sa carrière grâce au triomphe rencontré par A la poursuite d’Octobre Rouge (McTiernan, 1990). Toutefois, une suite de mauvais choix commençait à faire vaciller sa trop récente carrière. Il n’était sans doute pas une option très judicieuse pour porter une telle production.

Un couple d’acteur peu charismatique

Jamais catastrophique, le résultat final manque tout simplement de personnalité pour se distinguer du tout-venant de la production d’alors. Ainsi, les décors et éclairages sont tous intégralement repris du Batman de Tim Burton, avec une tendance rétro-futuriste plutôt séduisante. Si l’intrigue se déroule bien dans le New York des années 30, l’esthétique générale s’inscrit davantage dans la foulée des délires urbains à la Metropolis (Lang, 1927) ou plus récemment de Blade Runner (Scott, 1982). Comme la plupart des décors sont encore constitués de matte painting, cela rend le film séduisant pour l’œil.

Le gros défaut du long-métrage vient de son scénario transparent qui raconte simplement la tentative d’invasion d’un héritier de Genghis Khan sur New York. On reconnait là la tendance des romans populaires des années 30 à s’inquiéter du « péril jaune ». Cette menace est incarnée ici par un John Lone en roue libre, mais plutôt charismatique en grand méchant.

On sera davantage réservé quant à l’aura du couple glamour formé par Alec Baldwin et Penelope Ann Miller. Le premier est quelque peu insignifiant dans le rôle du héros, tandis que sa partenaire a beau multiplier les poses coquines, elle ne dégage aucune sensualité. Pire, le Shadow, en principe déchiré entre sa fonction de super-héros et son passé de monstre sanguinaire, n’est guère traversé par de sombres tourments. La prestation fade de Baldwin condamne le personnage à n’être qu’un héros de papier glacé sans aspérité.

The Shadow est sauvé par une action soutenue

Mis à part ces éléments qui empêchent de faire de The Shadow un grand film, il faut reconnaître le savoir-faire d’un réalisateur qui parvient à sauver les meubles lors des séquences d’action, plutôt efficaces. Malgré la présence de quelques effets numériques douteux – le couteau vivant par exemple – la plupart des SFX sont encore traditionnels et tiennent donc encore la route aujourd’hui. Au moins, ils conservent un certain charme. La dernière demi-heure est même très efficace, reprenant certaines figures de style visibles dans le premier Highlander (vitres explosées, pyrotechnie et caméra hystérique et virevoltante).

Au final, The Shadow est une œuvre de série sympathique, plutôt bien conçue, mais qui souffre de sa trop grande proximité stylistique avec les deux chefs d’œuvre de Tim Burton.

Un échec commercial cinglant

L’échec en salles fut particulièrement sévère puisque le film n’a pas remboursé son imposant budget aux Etats-Unis où le personnage est pourtant connu de tous. Par contre, à l’étranger, ce fut la curée. En France, à l’heure où les super-héros américains n’étaient pas encore populaires, le film s’est vautré avec seulement 111 262 spectateurs sur l’ensemble du territoire national. Un désaveu qui tient de l’accident industriel, alors que le long-métrage est loin d’être le pire rejeton d’un genre profus en spectacles médiocres.

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Critique de Virgile Dumez

The Shadow, l'affiche du film

© 1994 Universal Studios – Bregman / Baer Productions. Inc. Tous droits réservés.

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