Mélodrame politique et historique, The Queen relève de la catharsis d’un peuple en quête de réconciliation avec le pouvoir monarchique à juste-titre vu comme déconnecté. En 2006, Stephen Frears en profitait pour réhausser l’intérêt autour de son œuvre avec un film à Oscars brillant.
Synopsis : Dimanche 31 août 1997 : Diana, princesse de Galles, ex-épouse de l’héritier de la Couronne britanique, meurt des suites d’un accident de voiture survenu sous le pont de l’Alma à Paris.
Si la disparition de la femme la plus célèbre du monde plonge la planète dans la stupeur, elle provoque en Grande-Bretagne un désarroi sans précédent.
Alors qu’une vague d’émotion et de chagrin submerge le pays, Tony Blair, élu à une écrasante majorité au mois de mai précédent, sent instantanément que quelque chose est en train de se passer, comme si le pays tout entier avait perdu une soeur, une mère ou une fille.
Au château de Balmoral en Ecosse, Elizabeth II reste silencieuse, distante, apparemment indifférente.
Désemparée par la réaction des Britanniques, elle ne comprend pas l’onde de choc qui ébranle le pays. Pour Tony Blair, il appartient aux dirigeants de réconforter la nation meurtrie et il lui faut absolument trouver le moyen de rapprocher la reine de ses sujets éplorés.

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Critique : Quand Stephen Frears présente The Queen au cinéma, son œuvre est quelque peu en difficulté. La perte d’influence de l’auteur dans les années 2000 avait suivi la courbe déclinante du cinéma britannique, en dehors des coproductions hollywoodiennes à gros budget comme Harry Potter.
The Queen intervient à un moment opportun dans sa carrière pour redorer le blason de celui qui, dans les années 80 avait excellé avec Les liaisons dangereuses. Son dernier petit succès, High Fidelity (2000) commençait à dater et avait été terni par les échecs successifs du mélodrame Liam (2001) et du thriller ténébreux Dirty Little Things avec Audrey Tautou (2003).
Stephen Frears l’homme de toutes les liaisons
Quand le scénariste Peter Morgan (Le dernier roi d’Ecosse) propose à Frears le scénario du drame historique The Queen, pour cet homme de culture et d’histoire qu’est Frears, son acceptation du projet est une évidence. Il y trouve une écriture exceptionnelle, des dialogues riches, des enjeux nationaux remarquables qui le séduisent immédiatement. Le cinéaste se sent comme investi d’une mission. En dressant le portrait d’une monarchie déclinante et de sa nécessaire quête de modernité, il s’agit aussi de rabibocher un peuple – qui s’est senti trahi lors de son deuil de la princesse du peuple -, avec la Couronne. Docteur Frears va donc sortir sa caméra pour unifier à nouveau un peuple et sa reine.
Spécialiste de la couronne britannique, Peter Morgan, futur créateur et showrunner de la série culte The Crown, a trouvé le cinéaste parfait pour un exercice de trait d’union. Pour le cinéaste, il n’est plus question de “liaisons dangereuses” mais de servir de liaison entre un film et un public, une œuvre et une nation (ce fut un très gros succès au cinéma et à la télévision au Royaume-Uni). The Queen sert de liant entre une monarchie rigide et ses sujets, dans un exercice d’approfondissement des enjeux du pouvoir, en psychologisant via des dialogues imaginés au cœur de la famille royale ou lors de scènes en aparté entre la Reine et son nouveau premier ministre.
Par le créateur de The Crown
Peter Morgan a décidé de démarrer son intrigue en mai 1997 lors de la victoire travailliste écrasante de Tony Blair. Celui-ci, qui ouvre le film en allant rencontrer Sa Majesté, après sa victoire dans les urnes, devait alors moderniser le pays, les institutions. Le leader travailliste (impeccable Michael Sheen) était élu pour satisfaire la voix du peuple au sein d’un pouvoir jugé trop distant et méprisant, pour désamorcer le divorce entre le peuple et les élites. C’est bel et bien l’espoir d’un homme de proximité, comme le fut Diana, dans un Royaume-Uni populaire revigoré par le goût de la Brit-Pop que le film de Stephen Frears essaie de retrouver.
Cet homme, dès son élection, nous est dépeint face à un raz-de-marée émotionnel qui fait basculer la société dans un deuil national qui ne veut pas se prononcer. A la mort de la Princesse Diana, tuée à Paris en août 1997, des suites d’un accident de la route fatal, traquée par des paparazzis, le personnage de Tony Blair va donc servir à essayer de désamorcer ce qui apparaît comme une crise de régime et de déconnection entre l’élite ultime et ses sujets. La mort de cette malheureuse issue du peuple, connue pour sa proximité avec les Britanniques et son œuvre caritative, est salie par le silence royal qu’impose la Reine Elizabeth II, emmurée dans un décorum du passé – dépassée par une société de l’ultra-médiatisation et de la globalisation – qu’elle ne comprend plus. Tout comme le peuple ne la comprend plus, elle et ses règles figées d’une autre ère qui n’a plus de rationalité au sein d’une nation où l’émotion déborde.
Mise à mort du cerf sacré
Pourtant, la Reine est dévoilée comme obsédée par la communication, mais elle y rétorque par un refus de communiquer sur cette tragédie qu’elle considère comme relever du privé et non du deuil national, puisque le divorce du Prince de Galles et de Diana Spencer a été déclaré un an auparavant.
Le film de Stephen Frears brasse ainsi cinq mois d’échanges entre la monarque et son nouveau premier ministre. L’imaginaire et l’Histoire se conjuguent au gré d’un script rigoureux, parfois drôle, étrangement poétique (autour notamment de la métaphore de la chasse dans les propriétés royales à la beauté automnale d’une Ecosse spectrale), souvent embué d’émotions – les images d’archives nombreuses agrémentent la fiction d’une charge (mélo)dramatique qui trouve un écho pendant quelques instants lorsque la reine, en pleine solitude, lâche enfin ses larmes, en toute sobriété, de dos…
The Queen : Helen Mirren, bien sûr
Fins psychanalystes, le scénariste Peter Morgan et le cinéaste Stephen Frears envisagent l’humain, y compris royal, au-delà de la binarité pour explorer la complexité de la monarque. Elle est de loin le personnage le plus fouillé et le plus passionnant, quand d’autres autour d’elle sont brossés dans la caricature de l’humour (l’obsession de Charles pour sa vie qu’il croit en danger, le manque total d’empathie du Prince Philip, époux d’Elizabeth II, joué par James Cromwell).
Et pour cause. Dans la peau de la reine, Dame Helen Mirren est époustouflante. Dans sa ressemblance physique, sa capacité à reproduire le décorum royal, mais surtout à approfondir son personnage qu’elle revisite dans la pluralité de sentiments contrastés qu’elle retranscrit magnifiquement. En incarnant Elizabeth II, une femme courage qui a affronté le XXe siècle et la plupart de ses crises, Helen Mirren ne se laisse jamais déstabiliser ; elle ne ploie jamais face à l’énormité du personnage au sommet d’une crise de régime qu’elle n’avait pas connue depuis des décennies. The Queen a permis à Helen Mirren de relancer sa carrière pour les vingt ans à suivre, dans des films de prestige ou même des blockbusters, gratifiée d’une saison des récompenses exceptionnelle : Oscar, Bafta, Golden Globe, Coupe Volti à la Mostra de Venise où le film a fait sa première mondiale… Son incarnation a fait d’elle l’une des plus grandes donnant au titre du long métrage une polysémie ironique. Alors, aujourd’hui, who’s the Queen?
Box-office de The Queen
Après son passage par le Festival de Venise où il est reparti avec trois prix prestigieux, notamment le prix d’interprétation féminine, The Queen, de Stephen Frears, a été un succès solide dans le monde, notamment aux États-Unis où il a rapporté plus de 56 000 000 dollars.
Pour Stephen Frears, qui n’avait plus l’habitude de tels sommets, il s’agit ni plus ni moins de ses plus grosses recettes en Amérique du Nord.
Les pays anglophones sont évidemment les plus gros clients de ce biopic qui touche à leur histoire : le Royaume-Uni, avec 18 000 000 dollars, a connu un véritable triomphe pour un genre loin des blockbusters dont le pays est particulièrement friand. L’Australie, membre du Commonwealth, a également répondu présente avec 8 000 000 dollars de recettes. Un succès évident.
En dehors du Royaume-Uni, c’est en France, coproductrice du long métrage via Pathé, que la biographie remportera le plus gros succès européen avec 6 000 000 dollars de recettes. The Queen y atteint les 932 000 spectateurs, soit le troisième meilleur score pour un film de Stephen Frears dans l’Hexagone, après Les Liaisons dangereuses, qui avait récolté 1 695 000 entrées en 1989, et le film hollywoodien Héros malgré lui (Hero), qui a fait plus ou moins le même score en 1993.
Au total, ce petit budget de 10 000 000 dollars a su convaincre le public à travers le monde, asseyant la légitimité de biopic royal comme événement cinématographique de fin d’année 2006, ce qui le propulsera dans les grandes cérémonies de récompenses comme les Oscars, les BAFTAs, les Golden Globes. The Queen récolta de très nombreux prix, notamment autour de son actrice principale, Helen Mirren, dont la carrière ne sera plus jamais la même après cette éclatante réussite. À désormais 60 ans, la comédienne devient l’une des actrices les plus demandées d’Hollywood. Elle va jouer dans des gros budgets tels que Benjamin Gates et le Livre des secrets, Jeux de pouvoir, la franchise Red, le biopic Hitchcock, Fast and Furious 8, 9 et 10. Elle est partout, même chez Luc Besson, bref, surtout là où on ne l’attend pas.
Admirée par tous, Helen Mirren, actrice de théâtre redoutable (en 2013, elle jouait encore Elizabeth II sur les planches dans The Audience) est devenue sur le tard une star populaire, au moment où d’autres envisagent la retraite. Effectivement, la reine, c’est elle.
Les sorties de la semaine du 18 octobre 2006

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Stephen Frears, Helen Mirren, James Cromwell, Michael Sheen, Helen McCrory
Mots clés :
Les succès de l’année 2006, 2006, La famille Royale au Cinéma, Lady Diana au cinéma