Comédie satirique qui met en boite le journalisme sensationnaliste, Héros malgré lui possède un petit charme à la Frank Capra, confirmant le talent de conteur du réalisateur britannique Stephen Frears.
Synopsis : Bernie LaPlante, éternel loser, considéré comme un tocard par son entourage, sauve, une nuit où il erre aux abords de Chicago, les passagers d’un avion qui vient de s’écraser sous ses yeux. Quand Gale Gayley, jeune reporter TV qui se trouve parmi les victimes, veut le remercier, Bernie a disparu, laissant derrière lui un indice, une chaussure embourbée. La jeune femme bat la campagne pour retrouver le propriétaire de la chaussure et c’est un clochard, John Bubber, auquel Bernie avait confié son aventure, qui se présente à l’Amérique reconnaissante…
Presse qui roule…
Critique : La productrice Laura Ziskin est à l’origine du sujet développé dans Héros malgré lui (1992) lorsqu’elle a constaté la capacité des médias américains à créer des événements à partir de faits anodins. Cette tendance l’a fascinée et elle s’est dit que cela pouvait donner lieu à une comédie satirique forte sur le quatrième pouvoir. Dès lors, elle a signé avec Alvin Sargent et David Webb Peoples un scénario qui s’inspire clairement des comédies à la Frank Capra. On songe notamment à L’homme de la rue (Capra, 1941), mais aussi à la comédie de Preston Sturges Héros d’occasion (1944) dont les scénaristes avouent les influences.
Le projet a aussitôt intéressé la star Dustin Hoffman qui y voyait un moyen de composer un personnage ambigu. Le tout a été proposé au réalisateur britannique Stephen Frears qui venait de triompher avec Les liaisons dangereuses (1988) et ses 3 Oscars, puis qui a confirmé les espoirs placés en lui avec l’excellent thriller Les arnaqueurs (1990), et ceci malgré un résultat commercial décevant.
Casting trois étoiles pour une comédie à gros budget
Afin de mettre toutes les chances de leur côté, les producteurs engagent également l’actrice Geena Davis qui venait tout juste de remporter un énorme succès avec Thelma & Louise (Scott, 1991), mais aussi le jeune Andy Garcia (en vogue depuis sa prestation dans Les Incorruptibles de De Palma en 1987). Pour couronner le tout, le rôle du chef de rédaction est confié au comique Chevy Chase qui n’est toutefois pas crédité au générique pour des questions de contrat. La Warner a ainsi accepté que le comédien joue dans le métrage de la Columbia à condition que son nom n’apparaisse nulle part.
Tourné entre Chicago et Los Angeles avec un budget confortable de 42 M$ (soit 89,2 M$ au cours de 2022), Héros malgré lui bénéficie de quelques séquences mémorables qui ont nécessité des moyens considérables. La fameuse séquence initiale du crash a ainsi été tournée avec un véritable avion déposé et soudé à un pont, puisque nous étions encore à l’aube des effets numériques et qu’un tel film était tourné de manière traditionnelle. De même la séquence où Dustin Hoffman et Andy Garcia sont juchés sur la corniche d’un immeuble a été tournée sur la façade d’un véritable gratte-ciel de Chicago. De quoi occasionner parfois des frictions sur le tournage, notamment entre Stephen Frears et sa star Dustin Hoffman. Ce dernier est effectivement connu pour son interventionnisme et son perfectionnisme, au point de pousser à bout les cinéastes qui le dirigent.
Quand l’information spectacle n’était pas encore arrivée en France…
En tout cas, le résultat final est plutôt réussi puisque la comédie fonctionne vraiment bien. La description du personnage de Bernie LaPlante (Hoffman en plein numéro de cabotinage) est franchement drôle, tandis que la peinture à charge des médias sensationnalistes amuse. Certes, les constatations ne sont guère originales et la caricature n’est jamais très loin. Pourtant, on doit admettre que les auteurs ont vu plutôt juste, avec plusieurs années d’avance. Si l’information spectacle existait déjà bel et bien aux Etats-Unis, il a fallu attendre encore une grosse décennie pour voir débarquer ce fléau en France, avec le développement des chaînes d’information en continu. On serait donc tenté de dire que Héros malgré lui a davantage de résonnances de nos jours qu’à l’époque de sa sortie.
A la fois drôle et émouvante, la comédie satirique de Stephen Frears bénéficie d’un traitement intelligent de son sujet, évitant le pathos typique d’un certain cinéma américain. Le casting s’avère convaincant et la réalisation de Frears trouve le rythme adéquat pour faire mouche la plupart du temps. Ainsi, sa réflexion sur le besoin du grand public de s’identifier à un héros ne se borne pas à exposer des évidences et des banalités. Grâce à une belle écriture, tous les protagonistes possèdent leur part d’ombre et de lumière, si l’on excepte les quelques êtres uniquement cyniques qui gravitent dans le milieu du journalisme people.
Héros malgré lui, un échec américain
Sans doute trop ambigu dans son propos par rapport aux attentes du grand public américain, Héros malgré lui a été un cuisant échec aux Etats-Unis, renvoyant pour un temps Stephen Frears en Irlande pour y tourner The Snapper (1993) et poussant Dustin Hoffman à une retraite de trois ans après plusieurs échecs consécutifs.
Etonnamment c’est la France qui a le mieux accueilli cette comédie apparemment plus américaine. Lors de sa semaine d’investiture le 3 février 1993, Héros malgré lui se classe numéro 2 du box-office parisien, juste derrière le phénomène Les visiteurs (Poiré) en deuxième semaine. Avec 131 91 entrées dans la capitale et 283 387 sur la France entière, le film de Stephen Frears a suscité la curiosité des Français. La semaine suivante, le métrage se porte bien et dépasse déjà les 500 000 entrées sur toute la France. La troisième septaine le voit encore progresser avec cette fois-ci un cumul au-delà des 750 000 entrées, preuve d’un bon bouche à oreille.
Héros malgré lui, un joli succès français
Particulièrement stable d’une semaine à l’autre, Héros malgré lui approche déjà du million en seulement un mois. Pour sa cinquième semaine parisienne, le film se classe encore à quelques encablures de la nouveauté de la semaine, à savoir le Body (Edel, 1993) avec Madonna. En sixième septaine, le film dépasse les 1,2 millions de spectateurs sur toute la France.
Pour finir, ils furent 1 703 339 Français (dont 618 299 Franciliens) à venir suivre les aventures de Dustin Hoffman au cœur de la presse à scandale. Un bien beau succès qui a permis au film d’être édité plusieurs fois en VHS et même en DVD dès 1999. Pourtant, la postérité semble bien avoir oublié cette charmante comédie qui n’a jamais été rééditée dans notre pays depuis plus de vingt ans. Certes, il ne s’agit aucunement d’un chef d’œuvre, mais son discours intéressant peut encore séduire à l’heure où nous sommes gavés d’images journalistiques à chaque minute.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 3 février 1993
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