The Amazing Spider-Man 2, le destin d’un héros : la critique du film (2014)

Action, Film de super-héros | 2h22min
Note de la rédaction :
4/10
4
The Amazing Spider-Man 2 affiche française officielleic

Note des spectateurs :

The Amazing Spider-Man 2 se décline en mode « mineur », destiné par conséquent « aux moins de 18 ans.

 

Synopsis : Ce n’est un secret pour personne que le combat le plus rude de Spider-Man est celui qu’il mène contre lui-même en tentant de concilier la vie quotidienne de Peter Parker et les lourdes responsabilités de Spider-Man. Mais Peter Parker va se rendre compte qu’il fait face à un conflit de bien plus grande ampleur. Être Spider-Man, quoi de plus grisant ? Peter Parker trouve son bonheur entre sa vie de héros, bondissant d’un gratte-ciel à l’autre, et les doux moments passés aux côtés de Gwen. Mais être Spider-Man a un prix : il est le seul à pouvoir protéger ses concitoyens new-yorkais des abominables méchants qui menacent la ville. Face à Electro, Peter devra affronter un ennemi nettement plus puissant que lui. Au retour de son vieil ami Harry Osborn, il se rend compte que tous ses ennemis ont un point commun : OsCorp.

The Amazing Spider Man 2 et son bad-guy

Copyrights : Sony Pictures / Marvel Studios

The Amazing Spider-Man 2, l’échec d’Andrew Garfield

Critique : Les Spider-Man s’enchaînent – on en est au 5e-, mais le héros demeure invariablement jeune. Arborant le hoodie quand il n’a pas revêtu sa tenue d’homme-araignée, instable sur ses gambettes (il faut toujours qu’il se contorsionne, qu’il s’amuse avec ses bras ballants), le môme Spider-Man, le bol de céréales jamais très loin quand il faut se ravitailler chez tante May, a tous les symptômes boutonneux de l’étudiant cool qui n’arrive pas à se jeter dans l’âge adulte, alors que son acteur principal, Andrew Garfield, désormais la trentaine, marque lui physiquement le coup avec un visage où apparaissent de vraies cernes et les autres effets du temps. Peu importe, Garfield surjoue le gamin, plus que jamais, le nez éternellement enrhumé… Celui qui nous avait épaté dans Boy A réduit Spider-man à un archétype figé dans le temps, suivant ainsi la volonté du studio Sony de transformer Spidey en une figure marketing faite pour vendre des figurines et des jouets, quitte à moins faire d’entrées en salle.

Une énième régression adulescente artistiquement létale

Exit la pertinence psychologique de la vision de Sam Raimi qui avait dérapé au 3e numéro, mais peut s’enorgueillir d’un sacré numéro 2. La décision de reboot de Sony nous avait laissé perplexes, avec un premier The Amazing Spider-Man, moins consensuel, qui n’a vraiment capté que le public ado, puisque les adultes, qui ont bonne mémoire, ont préféré partir découvrir l’univers de Marvel version Disney (les Avengers) ou les affres ténébreuses du Dark Knight, le DC Comics adoubé par Warner. Les chutes de recettes vertigineuses partout dans le monde, sauf dans les pays émergents, n’ont pas tué la poule aux œufs d’or, puisque fort des 752M$ générés dans le monde par le premier volet, The Amazing Spider-Man 2 repart sur les mêmes défauts, à savoir une régression adulescente qui commence à être artistiquement létale alors qu’on rêve de voir Parker endosser davantage de maturité, dans le ton ou dans ses préoccupations. Il n’en est rien ici.

Une romance fade et insipide

Dans cette très longue suite de 2h20, les enjeux sont principalement ceux d’une romance entretenue avec le personnage de Gwen Stacy, joué de façon factice par Emma Stone. L’actrice, sans grand charisme dans ce rôle fade, est incapable de faire la distinction entre la romcom roublarde à laquelle elle est habituée et le film de super-héros, comme le démontrent les nombreuses scènes romantiques, insipides, dont l’une au sommet du pont de Brooklyn, filmée sans vertige, sur fond de décors assez pauvres (la pire scène du film?). Les tiraillements amoureux qui préoccupent notre adolescent-araignée forment l’essentiel d’un blockbuster, où le héros fait également beaucoup de blagues de benêt et s’amuse énormément dans l’action, entre jongleur facétieux et farceur indécrottable exempté des limites de vitesse et des contingences liées à la gravité. La comédie espiègle l’emporte parfois sur le spectaculaire. Une volonté assumée par le réalisateur et les scénaristes qui aiment glisser des éléments de screwball comedy, alors qu’un élément dramatique va pourtant chercher à casser en toute fin cette dynamique comique.

Emma Stone dans The Amazing Spider-Man 2

Copyrights : Sony Pictures / Marvel Studios

Spider-man est également préoccupé par la disparition de ses parents, en particulier celle de son père, sa mère étant curieusement le cadet des soucis du jeune homme (coq?) qui a besoin de se projeter dans la sempiternelle image paternelle qui lui fait défaut. Peter Parker paraît toujours aux balbutiements de sa vie d’adulte incapable de s’extirper de réflexes existentiels infantiles. Si de ses fêlures doivent naître des névroses, elles restent pour l’instant à l’état embryonnaire. Parker, l’enfant abandonné, exprime sa détresse dans le flou qui entoure la disparition sans explication de ses parents plus que par un mal-être réel, que l’on pouvait davantage ressentir chez Tobey Maguire ou James Franco dans la trilogie socle.

Bad guys, bad movie

Dans un contexte de psychologie au rabais, même les deux grands baddies du film (sont-ils vraiment si méchants que cela d’ailleurs ?) confirment l’absence d’empathie possible à l’égard des personnages. Electro (Jamie Foxx), caractère pathétique brossé de façon grossière (coupe de cheveux y compris !), variation sur le stéréotype du geek transparent, trouve sa revanche dans un accident électrique qui lui permet enfin d’absorber l’attention de toute la ville qui le piétinait, en s’appropriant le courant de la métropole. Créature de colère qui devient un pur effet spécial assez kitsch, Electro a du mal exister autrement que dans le lieu-commun et ne restera pas au panthéon des grands méchants de la saga au cinéma. Sa disparition précipitée en toute fin ne lui confère aucune singularité particulière.

Dane DeHaan en Harry Osborn / Green Goblin, garçon mal dans sa peau que l’on avait adoré dans Chronicles, futur Valérian pour Besson, voit également son personnage être bâclé. L’acteur pourtant très attractif quand il s’agit d’évoquer les déficiences psychologiques, se préoccupe ici surtout de sa survie, en raison d’une maladie génétique qui le voue à une mort prématurée. Autant Sam Raimi réussissait à faire du même personnage joué par James Franco dans la trilogie originelle, un être intrinsèquement torturé par sa relation au père et au destin, autant ici Harry Osborn n’a pas vraiment l’occasion de s’étendre sur ses traumas et doit plutôt assurer ses arrières en trouvant le stratagème biologique qui permet à Spider-man de se régénérer et de côtoyer une sorte d’invincibilité face à la mort (du moins la sienne !). Cela limite le potentiel de cet ancien ami de Peter Parker qui n’est que trop secondaire dans ce film-produit où tout semble trop vite torché, alors que parallèlement les dialogues ennuyeux rendent la projection interminable.

The Amazing Spider-Man 2 : le destin d’un héros confirme donc une stratégie de légèreté quant à l’approche du film de super-héros… Loin des noirceurs de Christopher Nolan et de ses trois Dark Knight, ou du sérieux de Zack Snyder sur Man of Steel, Marc Webb se contente de livrer un produit de marketing calibré pour un public jeune, avec une complicité totale de l’équipe artistique et du studio aux commandes.

Si sa réalisation est plutôt efficace, notamment dans ses recours spectaculaires au ralenti, à la façon des Wachowski de la grande époque, elle est aussi totalement artificielle, incapable de donner le grand frisson, même dans l’action où l’on ne retiendra que la très belle séquence d’introduction aérienne qui met à mort les parents de Spider-Man, et la scène de Time Square, où Electro court-circuite le quartier touristique ; un moment somme toute correct, mais là encore, dépassé par la plupart des carnages de destruction massive décrits dans les autres Marvel.

L’insolence d’un sale gosse puni au box-office

The Amazing Spider-man n’a donc pas mûri et, avec l’insolence d’un sale gosse, revendique son immaturité haut et fort comme un droit à l’éternelle adulescence. Les mineurs ont apprécié, les autres sont allé tisser leur toile ailleurs, notamment chez Marvel avec X-Men Days of Future Past, qui sortait peu de temps après, beaucoup plus proche des attentes de cinéphiles adultes.

Avec une baisse conséquente de l’attractivité du personnage aux USA (200 millions de dollars localement, à peine, et des recettes au plus bas pour la franchise sur les marchés historiques), Sony décida donc d’arrêter les frais, de changer de casting et de réalisateur, et de lâcher l’estampille Amazing Spider-Man, avant même qu’une trilogie puisse être réalisée. La suite, c’est Homecoming et Far From Home, des teen-movies purs, s’inscrivant dans la logique du collectif Disney des Avengers.

Critique : Frédéric Mignard

The Amazing Spider-Man 2 le destin d'un héros Affiche

Copyrights : Sony Pictures / Marvel Studios

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