Shang-Chi et la légende des dix anneaux : la critique du film (2021)

Action, Aventures, Arts Martiaux | 2h12min
Note de la rédaction :
7/10
7
Shang-Chi et la légende des dix anneaux

  • Réalisateur : Destin Daniel Cretton
  • Acteurs : Benedict Wong, Tim Roth, Ben Kingsley, Tony Leung Chiu-wai, Michelle Yeoh, Simu Liu, Awkwafina, Meng’er Zhang, Fala Chen
  • Date de sortie: 01 Sep 2021
  • Année de production : 2021
  • Nationalité : Américain, Australien
  • Titre original : Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings
  • Titres alternatifs : Shang-Chi e la Leggenda dei Dieci Anelli (Italie), Shang-Chi e a Lenda dos Dez Anéis (Brésil), Shang-Chi y la leyenda de los diez anillos (Espagne, Mexique, Argentine...), Shang-Chi e a Lenda dos Dez Anéis (Portugal), Shang-Chi és a Tíz Gyűrű legendája (Hongrie), Shang-Chi i legenda dziesięciu pierścieni (Pologne), Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings (Allemagne, Autriche), Shang-Chi și legenda celor zece inele (Roumanie), 尚氣與十環幫傳奇 (Chine, Taiwan, Hong Kong), Shang-Chi ve 10 Yüzük Efsanesi (Turquie)...
  • Scénaristes : Dave Callaham, Destin Daniel Cretton, Andrew Lanham
  • D'après le comics de : Steve Englehart, Jim Starlin
  • Directeur de la photographie : Bill Pope
  • Monteurs : Elísabet Ronaldsdóttir, Nat Sanders, Harry Yoon
  • Compositeur : Joel P West
  • Producteurs : Kevin Feige, Jonathan Schwartz, David J. Grant (coproducteur), Charles Newirth (Producteur exécutif), Louis D'Esposito (Producteur exécutif)
  • Sociétés de production : Marvel Studios, Walt Disney Pictures, Fox Studios Australia
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris-Périphérie : -
  • Box-office nord américain / monde : -
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.39 : 1, 1.90 : 1 (IMAX version) / Couleur / IMAX 6-Track, DTS (DTS: X), Dolby Digital, Dolby Atmos
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © 2021 Marvel Studios. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Franchise : 2e opus de la Phase IV de l'Univers Cinématographique Marvel (MCU), 25e film de l'Univers Cinématographique Marvel
  • Hashtag officiel : #ShangChi
Note des spectateurs :

Shang-Chi et la légende des dix anneaux marque un rebond de qualité dans l’univers cinématographique Marvel qui n’est jamais aussi bon que quand il se concentre sur un super-héros. D’ailleurs, Shang-Chi est-il un film de super-héros ? Rien de moins sûr. Étonnement, ce vingt-cinquième opus du MCU est surtout l’un des meilleurs.

Synopsis : Shang-Chi mène une existence sans histoire à San Francisco, où il travaille comme voiturier. Lorsque des tueurs l’attaquent et s’emparent du pendentif que lui avait laissé sa mère quand il était enfant, Shang-Chi se rend à Macao en compagnie de sa meilleure amie Katy afin d’avertir sa sœur, Xialing, du danger qui la guette elle aussi. Rattrapé par le passé qu’il espérait avoir laissé derrière lui, Shang-Chi va devoir affronter son père et sa mystérieuse organisation tentaculaire, les Dix Anneaux…

Simu Liu dans Shang-Chi et la légende des dix anneaux - photo

Shang-Chi (Simu Liu) in Marvel Studios’ SHANG-CHI AND THE LEGEND OF THE TEN RINGS. Photo courtesy of Marvel Studios. ©Marvel Studios 2021. All Rights Reserved.

Critique : Beaucoup se demandent pourquoi Disney a décidé de donner la vedette à l’un de ses personnages les moins iconiques au sein du bestiaire du géant du comics. La raison est davantage à chercher dans l’air du temps plutôt que dans l’intérêt réel que les lecteurs de la BD ont pu porter pour ce héros de bande dessinée des années 70.

Shang-Chi et la légende des dix anneaux relève moins d’une envie cinématographique que d’une stratégie interne au groupe Disney.  Tout d’abord, il s’agit pour le géant américain de poursuivre une politique gagnante : décliner un peu plus la diversité au sein de l’univers cinématographique Marvel et donc de façonner l’esprit du public vers une tolérance plus grande, mais aussi élargir le plus possible sa cible de spectateurs qui sera reconnaissante envers la multinationale. Black Panther qui éclatait lors du mouvement #BlackLivesMatter avait été à juste titre un triomphe, démontrant la capacité du public mainstream américain à voir un divertissement où les personnages étaient joués par des acteurs noirs. En ce sens, Shang-Chi est aussi une œuvre sociologiquement importante puisqu’elle colle avec le mouvement #StopAsianHate, conséquent à la recrudescence des crimes et des injures envers la population asiatique nord-américaine lors de l’épidémie de la Covid-19.

Simu Liu est Shang Chi (Marvel)

Photo by Jasin Boland. © Marvel Studios 2021. All Rights Reserved.

L’autre justification pour une adaptation contemporaine de Shang-Chi est évidemment la sempiternelle volonté des Américains de courtiser un peu plus le marché chinois, essentiel pour Hollywood et le bon fonctionnement de son industrie. Un blockbuster ne peut plus désormais se rentabiliser sur le seul sol américain. Le marché chinois est immense et l’industrie cinématographique hollywoodienne a longuement anticipé son importance. Disney l’a fait deux fois avec Mulan et notamment dès la fin des années 90 avec sa version animée ; Dreamworks avait de son côté proposé plusieurs Kung Fu Panda, et bien des studios agissent identiquement. Commercialement, il en va aussi de l’étendard culturel américain qui dans un monde libéral où tout n’est que flux et échanges, en a besoin pour sa quête de croissance et sa conquête des puissances. Les studios américains s’hypertrophient tous jusque dans l’outrance (ce combat se menant aussi au niveau des plateformes de streaming), dévorant désormais leurs concurrents pour récupérer quelques pièces maîtresses et ainsi gagner la partie d’échecs. Ces stratégies forment un tout mondialiste dont Shang-Chi est le reflet.

Shang-Chi était finalement comme une évidence au vu de l’évolution de la jeunesse contemporaine. En 2021, les Coréens de BTS envahissent les charts américains jusqu’à devenir numéro un des ventes d’albums, et la lecture de mangas ne cesse de gagner du terrain. On peut aisément dire que le monde occidental est prêt à embrasser davantage la culture asiatique. Il n’y a plus de tabous à ce sujet. D’ailleurs, Shang-Chi est d’autant plus pertinent que, contrairement aux blockbusters chinois qui cartonnent notamment sur Netflix, il n’a pas l’ADN kitsch des films d’action locaux qui pourraient jouer contre lui. Le Disney Marvel offre une bonne palette de folklore asiatique (kung-fu, arts martiaux, dragons, couleurs…), mais avec les moyens et l’efficacité inhérents aux divertissements américains pour s’approprier les box-offices de la planète. En plus, Shang-Chi et la légende des dix anneaux a tout pour lui, puisque sur le plan artistique, c’est une vraie réussite.

Wenwu (Tony Leung) et Shang-Chi (Simu Liu)

Photo courtesy of Marvel Studios. ©Marvel Studios 2021.

En effet, dans un univers de films dans l’ensemble convenables mais qui ne ressortent guère du lot, notamment esthétiquement et sur le plan des effets spéciaux, Shang-Chi entre dans le trio de tête des meilleures productions de la MCU.

Pour mémoire, on considère, sur un plan psychologique, les états d’âme de Captain American : Civil War comme les plus passionnants, dramatiques et humains de la franchise. On mentionnera dans le top 3 Black Panther qui est éminemment le plus riche sur un plan sociologique. Son importance dans la normalisation de l’acteur noir à Hollywood a été historique et a profité à toutes les sociétés, y compris en France.

De son côté, Shang-Chi et la légende des dix anneaux est probablement l’un des meilleurs jalons du MCU en terme de divertissement. Contrairement aux orgies d’effets spéciaux à peine lisibles des Avengers dont le côté best of et pot-pourri des efforts collectifs des super-héros ruinaient toute tentative de développement dramatique, Shang-Chi possède en lui la fraîcheur de la découverte, la beauté de sa différence et surtout la singularité de personnages qui – bien que reliés ici-et-là à l’univers de Marvel – n’apparaissent pas vraiment comme des super-héros, mais comme des entités indépendantes du cinéma d’action. On oublie souvent les couleurs du film super-héroïque pour savourer les exploits physiques du pur film d’arts martiaux, où les exploits physiques volent la vedette à la réalité des CGIs pourtant omniprésents. Donc, Shang-Chi et la légende des dix anneaux est un formidable film d’action qui se pare de ce qu’il y a de mieux dans le cinéma américain et d’une certaine façon dans le cinéma asiatique (là, on reste toutefois loin des fleurons grandioses du cinéma hongkongais, mais on ne nage pas dans la même catégorie).

De plus, outre l’aspect conflit familial shakespearien que l’on connaît bien -et qui fonctionne ! -, l’intrigue agitée, les effets-spéciaux et les combats ne diminuent pas la qualité de la comédie. La fraîcheur de Shang-Chi vient aussi de ses interprètes, de leur humour naturel, de la forte complicité comique entre Simu Liu (Shang-Chi, donc) avec l’incroyable Awkwafina (rappeuse, blagueuse et actrice qui a déjà obtenu le Golden Globe pour son interprétation tout en nuance dans L’adieu), Shang-Chi et la légende des dix anneaux dépasse largement la qualité comique d’Ant-Man et ne se réduit pas aux blagues adolescentes des Spider-Man, même si ses deux personnages principaux sont des adulescents qui s’assument comme tels.

Simu Liu dans Shang-Chi et la légende des dix anneaux

Photo courtesy of Marvel Studios. ©Marvel Studios 2021. All Rights Reserved.

Enfin, finissons par le plaisir du casting Tony Leung (qui ressemble de plus en plus à Richard Berry en vieillissant !) est d’une élégance incroyable et donne l’étoffe nécessaire à son personnage de vilain. L’acteur d’In the Mood for Love, que l’on découvre curieusement ici dans son premier grand rôle américain, est une légende, et rien que sa présence requiert le détour. A la fois torturé et puissamment physique, l’acteur monumental explose le casting jeune incarné par Simu Liu qui, physiquement, est costaud, mais paraît un peu fade en dehors des scènes de combat.

Au final, Shang-Chi et la légende des dix anneaux est des spectacles inattendus qui redonnent foi en la grosse machine américaine quand elle parvient à singulariser et renouveler ses produits au point de les rendre impressionnants, loufoques et parfois même épatants. D’un bout à l’autre, Shang-Chi compose son univers par son caractère, son brio et, au vu de l’insipide Black Widow qui le précédait dans la franchise, sa réussite patente n’était pas gagnée d’avance.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 1er septembre 2021

Shang-Chi et la légende des dix anneaux

© Marvel Studios 2021. All Rights Reserved.

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